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Pentangle › Basket Of Light

lp • 9 titres • 40:07 min

  • 1Light Flight (Theme From "Take Three Girls")
  • 2Once I Had A Sweethearttraditionnel
  • 3Springtime Promises traditionnel
  • 4Lyke-Wake Dirge
  • 5Train Song
  • 6Hunting Song
  • 7Sally Go Round The Roses [reprise des Jaynetts]
  • 8The Cuckoo traditionnel
  • 9House Carpentertraditionnel

enregistrement

Produit par Shel Talmy aux IBC Studios, Marylebone, London

line up

Terry Cox (batterie, glockenspiel, tambourin, chant, chœurs), Bert Jansch (chant, chœurs guitare acoustique, banjo sur House Carpenter), Danny Thompson (uk) (contrebasse), Jacqui McShee (chant, chœurs), John Renbourn (chant, chœurs, guitare acoustique, sitar)

remarques

chronique

Styles
folk
jazz
baroque
pop
Styles personnels
prière en mouvement

Quatre types, une fille, des instruments acoustiques, zéro esbrouffe. Basket Of Light a la fraîcheur et l’enthousiasme d’un premier album, encore plein de cette sève montante des 60’s, pas encore complètement arrivée à maturité, mais paradoxalement bouleversante de spontanéité et éclatante de sensualité et d’espoir, pour cette raison-même.

Entre tous les groupes qu’on ne pense jamais à classer en jazz, Pentangle est peut-être le plus riche. Et Basket Of Light, album d’une densité et d’une profusion inouïe, est leur plus jazz de tous… C’est le jazz, et certainement pas le folk-rock, qui est à l’œuvre sur le noueux et bluffant Train Song, un sommet absolu, où l’on sent les musiciens, enfin sûrs d’eux, se délier en commentant le paysage par la fenêtre d’un (en)train qui les fait traverser leur petite île. De quai froid en rivages venteux, c’est bien l’énergie de ces péninsules de l’Ouest du monde qui souffle-là, dans cette danse endiablée, qui captive notre attention par une succession alchimique de vitesses jamais entendue dans du folk. Dans tout ça, s’imposent (le mot n’est pas assez léger) comme une évidence les impressions fugaces de déchirure, de solitude, la voix amère du type seul et en chien qui aimerait se lover contre la mélopée blonde entendue en arrière-plan, plus seule encore, idéalisée dans une orgie de guitares pinçantes et hirsutes comme des nuages après l’orage, sur lesquels souffle un vent de tous les diables. Suprême vertige des sens, clarté germanique, morgue britannique, raffinement japonais, sans-gêne sud-américain, au final, plénitude de ce que on aura vraiment le droit d’appeler « musique du monde », tant le mariage entre swing du sud et mélancolie du nord est ici d’amour et d’utilité publique, et jamais un vœu pieu.

Même noces idylliques sur Hunting Song, entre sacré et profane cette fois, entre la rudesse de la contrebasse et la douceur du glockenspiel, fragile comme du vitrail. Et lire, dans les notes de pochette, qu’un tel titre, qu’on jurerait imprégné de plain-chant grégorien, est dédié à une corne à boire magique envoyée par la fée Morgane à la cour du roi Arthur – un souverain qui a le dos large pour tout ce qui peut froisser les susceptibilités ecclésiastiques. Bien sûr, tout ceci peut vous passer au-dessus, ça ne fait rien, la chanson est si splendide et rêveuse que vous vous y perdrez avant d’avoir le temps d’avaler votre thé du matin. S’agit-il de la grâce divine, ou du sortilège de jouvence de quelque sorcière ? Tout l’album est hanté par la figure du Diable, ou si l’on veut, de Lucifer, ou si l’on veut, tout simplement hanté par un sens du sacré païen et courant la plaine comme un feu follet. Ce qui n’exclut pas, bien au contraire, un sentiment de familiarité campagnarde à chaque coin de mélodie. Comme dans Light Flight, qui accueille dans l’album avec la cordialité des matins enthousiastes, déployant son tableau de bocages à flancs de vallée, de fermes laitières, de grands espaces surplombés depuis une pente raide…

De l’évidence de l’hospitalité, on passe – comme si cela allait de soi, et en effet, ça a bien longtemps été de soi – à l’évidence de la liturgie, avec Once I Had A Sweetheart. Où la complainte de la jouvencelle a juste ce qu’il faut de reverb pour sonner comme expédié d’un ailleurs féérique et hanté, et le moins que l’on puisse dire, en écoutant les étranges cliquetis mécaniques des instruments, c’est qu’on aimerait s’y baigner, se perdre dans ses ruelles entre deux maisons à colombages, ressentir le vent humide et montagneux qui souffle inexplicablement ici. C’est la voix de bon compère, humble et légèrement dépenaillée de Bert Jansch qui prend le relai sur Springtime Promises, dont la batterie au balai semble raconter une partie de chasse dans les herbes hautes, tout en évoquant à la fois les serpentins jazzy de certains virtuoses de la guitare brésilienne, et la plus prosaïque réalité campagnarde nord-européenne : travail au champ, courbé dans la boue, mais avec la foi dans la promesse du feu de joie du soir. Logiquement, Lyke-Wake Dirge, qui suit, est un chant de sommeil de plomb suivant la journée de turbin, cantique qui résonne comme depuis l’œil bienveillant d’un clocher, d’une façon qui épouse la ferveur adolescente de « Still I’m Sad » des Yardbirds (qui essaimera dans toute la pop anglaise, et puis chez les Electric Prunes, etc…).

Même quand ils reprennent Sally Go Round The Roses (perle pop vaguement folky de 63, 45-tours isolé comme l’Amérique en pondait alors des cuvées chaque mois) – qui fut pourtant déjà assez majestueusement transcendée par Great Society – on est bien profond en Angleterre, dissimulés dans le chaos gracieux d’un jardin à l’anglaise. De l’Amérique, il ne reste que ce groove, toujours ce groove… Sally, comme dans d’autres standards pop, va pleurer plus tard, mais pas sans avoir appris à bien danser le twist sur des rimshots de jazzman. Ceci est comme il se doit contrebalancé dès le titre suivant, le solide folk The Cuckoo (chanson par laquelle Robin Williamson avait charmé ses compères au moment de fonder Incredible String Band), édénique, et charmeur par sa distance même. Anglais.

Basket Of Light est tout entier porté et soulevé par l’intrication nerveuse et harmonieuse (pas de heurts, ici tout coule façon torrent), charnelle et spirituelle, des guitares dissemblables de Jansch et Renbourn, aux visages si différents. Leur tendresse échevelée ne fait que couronner l’orgueil et la dignité hiératique de l’interprétation de Jacqui Mc Shee (qu’on a envie d’appeler Jacqui Banshee), à la fois lointaine et d’une sobriété et d’une présence qui vient directement parler au cœur… Et aux jambes, oui. Et ce disque donne envie se déclarer officiellement en Brexit du reste du monde, sur l’heure. Le Marquee Moon du folk ?

note       Publiée le mercredi 17 février 2021

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