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Spacemen 3 › The Perfect Prescription

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Dioneo      lundi 15 février 2021 - 11:37
Dariev Stands      lundi 15 février 2021 - 13:48
Seijitsu      lundi 15 février 2021 - 14:13
Klarinetthor      lundi 15 février 2021 - 13:05

lp/cd • 9 titres • 45:58 min

  • 1Take Me to the Other Side4:28
  • 2Walkin’ with Jesus3:43
  • 3Ode to Street Hassle4:01
  • 4Ecstasy Symphony1:54
  • 5Transparent Radiation (Flashback)9:03
  • 6Feel So Good5:16
  • 7Thing’ll Never Be the Same6:05
  • 8Come Down Easy6:46
  • 9Call the Doctor3:52

enregistrement

Enregistré par Graham Walker au studio VHF, Rugby.

line up

Bassman (basse), Jason Pierce (guitare, farfisa, voix), Sonic Boom (guitare, trémolo, orgue, voix), Rosco (percussions), Alex Green (saxophone), Mick Manning (trompette), Owen John (violon)

remarques

La réédition CD Taang ! Records de 1996 contient en bonus les morceaux Soul 1, That’s Just Fine, Starship (reprise de Sun Ra/MC5) et Live Intro Theme (Xtacy).

chronique

Sortis des brumes du « son de la confusion » – titre du précédent (et premier) album, paru l’année d’avant – Spacemen 3, curieusement semblent échapper par miracle à l’effet descente/gueule de bois… Le secret ? Eh bien : remettre ça autrement, s’attaquer à coup d’autre chose, affiner les dosages… « La parfaite ordonnance », clament-ils cette fois – l’équilibre chimique idéal, qui tient le sujet en flottaison, les risques de nausées, vertiges, crises (temporairement ?) hors-sujet, hors de portée. Bon… On se doute bien que le « docteur » qui a signé le papelard, doit être d’un genre un peu spécial, pas trop regardant sur l’éthique du moment qu’on allonge le cash. (Pas de chèque, que du liquide… Transaction sans trace. Discret, pratique, sans danger de fâcheux retour si jamais des on-dit filtraient… « Mais n’hésitez pas à me recommander vos amis, jeunes gens, je suis pour le bien-être du peuple, et puis pour l’hédonisme, allez… Il faut bien s’amuser, à vos âges »).

The Perfect Prescription est curieusement serein, lumineux – à le comparer à son prédécesseur. Ses lignes nettes, les formes découpées. Sans batterie, l’élément percussif en tout cas plutôt discret, presque tout au long, passé le Take Me to the Other Side d’ouverture – rock à la coupe impeccable, aux lignes tranchantes, d’essence nerveuse mais joué à la coule, une sorte de cool (ça veut dire « froid » aussi, on se rappellera – « frais » au sens thermique du terme). Enrichi, en revanche, d'arrangements : violon, trompette, saxophone, orgue… Des guitares acoustiques, aussi, ou branchées mais en son clair, delay et autres reverb réglés au petit poil. Une seule reprise, cette fois – de Red Krayola (Transparent Radiation), au lieu des Stooges et autres 13th Floor Elevator. L’Esprit du Passé (celui précisément délimité, d’entre 1966 et 1970 – peut-être qu’eux auraient pu vous préciser ça au mois, à la semaine près…) pourtant pas oublié, certes encore invoqué ! Cette fois franchement bloqué sur une seule figure tutélaire, on dirait bien – le Velvet, comme de juste ; celui de White Light/White Heat ET celui de l’album au canapé ; simultanément, oui… Et là-dedans, évidemment : Loulou (Reed), sans doute, avant les autres. (Il y a même une « Ode à Street Hassle » – 1978 tiens, ce disque-là de Reed, ça fait une exception, dans leur fixation… On va dire que ça reste un écho du même fétichisme). Et pourtant… Et pourtant voilà : j’ai beau tomber globalement d’accord avec Simon Reynolds – l’écrivain, essayiste, critique musical – quand il souligne, dans son Retromania* le caractère revivaliste, conservateur (au sens musée), « curateur » du groupe, d’autres de cette « scène » (The Jesus and Mary Chain, en premier)… Je ne pense pas, comme lui semble le faire, que ces gens n’aient été que des embaumeurs. Je ne sens rien qui soit trop prudemment impersonnel, copie sage et conforme, dans leurs travaux. D’accord : la modernité qu’ils embrassent – technologique (les effets), « littéraire » (ce dont ça parle et comment : l’ennui, la drogue, la dérive, la lose et la fierté d’en être, plutôt qu’au turbin, mariés et le nombre d’enfant requis…) – serait plutôt celle de leurs modèles, de leurs héros de vingt ans avants que celle de leur décennie (pas de synthés mais un orgue farfisa, pas de tissus synthétiques mais de la fringue vintage et des coupes de cheveux « Warhol Factroy 1968 » sur les photos..). Pour autant, je crois, j’entends qu’ils portent tout-ça ailleurs. Et là, sur ce disque : à un détachement qui leur est propre, qui ne fait plat reflet d’aucune légende passée. Oui – comme le souligne aussi Reynolds – les termes choisis, le point de vue, ne semblent jamais vraiment « individualisés », ne nomment jamais d’émotion, de sentiment, seulement des sensations, des états d’esprit et de perception (fussent-ils « limite »). Mais justement : il me semble que c’est ça, le point de vue, précisément, le parti-pris… L’angle de vision. (La vision ?).

Et là, donc, sur ce deuxième album, Kember (Sonic Boom) et Pierce (Jason) – et leurs assistants – raffinent cette approche, ce propos, l’énoncent d’une voix exceptionnellement claire, précise, multiplient les détails de l'histoire contée. Celle d’un trip et de ses phases – Pierce et Kember ont toujours fait preuve sur ce chapitre d’une non-ambigüité qui confine à la pure candeur – raconté dans toutes ses phases. Versant médicamenteux et mélangé, sans doute – si on se réfère au titre, à la limpidité-amphétamine du flash déjà cité (Take Me), à l’euphorie « planée » du reste, en suspension mais jamais hallucinée, couleur coton plutôt que psychotropes… Même la descente et le moment où, apparemment, ça pourrait bien tourner mal (Call the Doctor…) sont racontés avec ce calme olympien du ton, cette lucidité qui ne sait pas s’affoler. Tout semble doux – et frais, éternellement, encore une fois. Les surfaces de tout, du monde – l’inorganique, ici, ne paraît pas plus mort que le reste, que les êtres ; et moins compliqué – caressent au passage, au contact, douces comme du latex, les bois subtilement vernis des manches et des tables des instruments électriques, franches et satinées comme l’inox des clés, des micros et des caches, des mécaniques… L’ataraxie embrasse la fluidité, les flots se confondent – hormones, pensées, plaisir, vague conscience qu’autour, d’autres s’agitent… La mer de la tranquillité est un flot, une rivière circulaire. Kember et Pierce, ici, composent (à l’exception, comme déjà dit, de Transparent Radiation) une face chacun du disque, mais on ne sent pas encore de coupure, la tension de deux égos qui scindent le disque en camps respectifs A/B, retranchés, comme sur d’autres disques, plus tard. Ils ont pris, cette fois, le temps d’écrire, d’affiner – là où The Sound Confusion sonnait comme une jam pressée (l’album avait d’ailleurs été enregistré en seulement cinq jours, et manifestement produit dans le même « rush »). Ici, Spacemen 3 semblent encore – plus que jamais avant, après – une entité pleine, unie ; une sorte de « corps sans organes » mais à la pulsation étrangement harmonieuse, pourtant, sans effusion mais certainement pas déserté par son esprit, son rythme, sa substance singulière. C’est un disque qui file, aussi – en dépit, en faisant une ruse de cette impression première de bouffée lâchée où rien ne bouge. On passe l’écran (… the other side… décidément) et si, voilà : on saisit tout de suite, et parfaitement, les formes qui se meuvent, on entend par leurs bouches s’écouler le flot des consciences rendues neutres à elles-mêmes).

Mais minute : redescente ! « Pas déjà », se récrient-elles, s’interrogent-ils toujours indolents mais soudain sourdement contrariés… « Anticipons, avant que ça cloche vraiment ». Et d’appeler, disait-on, concluent-ils, le toubib… « Call the Doctor ». Et si, plutôt que par crainte de l’overdose, c’était tout simplement pour la renouveler, la fameuse « prescription ». Afin de n’avoir plus, jamais, à se coltiner de plates réalités, autres que celle « altérée » ?

(*Simon Reynolds : Retromania : Pop Culture's Addiction to Its Own Past, 2011 ; Retromania : Comment la culture pop recycle son passé pour s’inventer un futur, Le Mot et le Reste, 2012, pour l’édition française)

note       Publiée le lundi 15 février 2021

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Dioneo › jeudi 18 février 2021 - 08:24  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Bah je le dis dans la chro... Et j'hésite - justement parce que je ne veux pas appuyer le côté "archiviste" du groupe, que je trouve en effet tout relatif parce que oui, c'est évident pour moi aussi qu'ils font partie de ceux qu'on ne pourrait pas franchement confondre avec leurs modèles - à le préciser dans les tracklists ("les" parce que si je faisait ça, ce serait logique aussi de détailler les titres/reprises dans la tracklist de Sound of Confusion... Bref, en vrai je ne trouve pas ça si important. En revanche je l'ajoute direct en reco, le Crayon Rouge, en précisant que ouais, pas du tout pareille, la version).

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dariev stands › mercredi 17 février 2021 - 14:01  message privé !
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Bon, mais cela dit je suis assez d'accord avec Simon Reynolds, et avec une grande partie des thèses de Rétromania (l'histoire récente ne fait que lui donner raison). C'est juste que Spacemen 3 et Jesus & Mary Chain sont presque l'exception qui confirme la règle dans le monde (désormais très très vaste) des groupes revivalistes des 60's. Ce sont, avec peut-être Kramer et quelques iconoclastes, ceux qui s'écartent le plus de leurs "modèles". Et à l'époque, faut il le préciser, c'était tout sauf cool d'être bloqué sur les 60's versant "loser" (et non pas les Byrds, redécouverts dès la fin 70's). Au passage, tu pourrais rajouter dans la tracklist que Transparent Radiation est une reprise de Red Crayola (méconnaissable, hein ?).

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Dioneo › lundi 15 février 2021 - 14:17  message privé !  Dioneo est en ligne !
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En fait il parle moins d'une duplication sur les reprises, genre copie-carbone des originaux, que d'un esprit général "coincé vingt ans avants comme si les mecs avaient alors 18/20 ans" (alors qu'ils étaient en fait tout juste en âge de faire leurs premiers pas et/ou de balbutier GRRRaBEUarRRREUaREUUUU plutôt que "Transparent radiation My liquid head open to the rain"... Même si en poussant un peu le vice on peut avoir l'impression que ça traduit possiblement des états mentaux comparables !)

Après voilà : un des trucs que j'aime bien avec Simon Reynolds c'est que je peux trouver ses bouquins/écrits/hypothèses intéressants sans me sentir forcé, incité comme avec d'autres à adhérer sans réserve à sa vision de ce dont ça cause - pas "d'effet prophète" comme avec Greil Marcus parfois, voire Nick Cohn, sans parler du notoirement péremptoire Lester B. (qui d'ailleurs me donne parfois l'impression à le lire, justement, qu'il n'a pas toujours écouté les disques/groupes sur quoi il écrivait... Except Loulou/Velvet bis ?). Pour préciser, dans le Retromania en question, Reynolds avance lui-même l'hypothèse que sa perception de tout ça est nettement orientée par le fait qu'il a "accroché" à la musique d'abord avec le post-punk, non-genre où la plupart des groupes s'escrimaient à ne surtout pas reprendre (sans les défigurer/reconfigurer radicalement) des styles/Esthétiques des années/décennies avant, qu'ensuite il s'est plongé dans la "culture rave", coupure d'avec le "Dieu Rock"... Et que du coup toute cette scène "rétro" et même "rétrofuturist(iqu)e" lui avait fait à lui, littéralement l'effet d'un truc "réactionnaire"... Il se pose même à un moment franchement la question : "mais peut-être est-ce moi qui suis obsédé par la 'nostalgie du futur' contre celle du passé...", pas en ces termes exactement mais c'est une partie du propos/

Ceci-dit ce n'est qu'un passage du bouquin, le chapitre où il évoque cette scène, et je trouve ses développements sur des scènes/époques plus récentes plus intéressants, là-dedans, à vrai dire - les chapitres sur la "musique hypnagogique", "l'hantologie", les phénomènes de reformations de groupes, concerts "un album en entier (parfois un par soir sur tout la disco) joué dans l'ordre du disque", les entreprises de rééditions/réhabilitations de groupes passés complètement inaperçus sur le coup et vendus comme "pépites cachées"... Y'a de la substance - même si donc je ne prends pas la parole du mec comme évangile ou quoi, encore une fois... Ça "donne à réfléchir", des bouts de peut-être-que souvent assez intéressants, quoi.

Ah ! Et sinon : SPACEMEN 3 C'EST BON MANGEZ-EN (pour la posologie, à vous de voir si vous la respectez, up to eleven etc. ou pas).

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dariev stands › lundi 15 février 2021 - 13:49  message privé !
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Simon Reynolds n'a pas du écouter les originaux pour trouver que ça ressemble (except the Velvet, as usual).

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