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Spacemen 3 › Sound of Confusion

lp/cd • 7 titres • 39:49 min

  • 1Losing Touch with My Mind5:30
  • 2Hey Man4:49
  • 3Rollercoaster7:40
  • 4Mary Anne4:23
  • 5Little Doll5:25
  • 62.353:08
  • 7O.D. Catastrophe8:54

enregistrement

Enregistré en cinq jours, par Bob Lamb, à Birmingham.

line up

Bassman (Peter Man) (basse), N. Brooker (percussions), Jason Pierce (guitare, voix), Sonic Boom (Peter Gunn) (guitare, feedback)

remarques

La réédition CD Taang ! Records de 1995 contient en bonus les morceaux Walkin’ with Jesus et Feel So Good, extraits du premier EP du groupe, Walkin’ with Jesus (Glass Records, 1986, GLAPE 105), une version longue et apparemment live) de Rollercoaster et une version démo du morceau 2.35.

chronique

Le « son de la confusion » : syndrome. Les sujets – les quatre garçons dans le flou de Spacemen 3 (flou artistique, apesanteur engourdie…) – sont frappés d’un mal au double symptôme : la perte de tout contact direct avec leur conscience, l’appréhension directe et rationnelle du monde (« losing touch with my mind »…) d’une part ; la fixation sur des souvenirs fantomatiques, par ailleurs, fantasmés, « pseudo » ; orbitant en boucle autour des fragments d’une époque qu’ils n’avaient pas vraiment vécue… Pete « Sonic Boom » Kember et Jason Pierce, les deux « têtes » (cramées) de la bande, étaient nettement un peu jeunes pour avoir connu « en direct » l’âge supposé « d’or » sur quoi ils étaient restés bloqués – les yeux fixés sur la période 1965 (l’année de leur naissance à tous les deux)/1970 (… de justesse…), exorbités, catatoniques, hypnotisés par les posters fluo comme des équivalents perso, fétiches, des plafonds de la Sixtine ou de quelques fresques précolombiennes, envoûtés par la beauté soudain définitive, « insurpassable » de la chose, de l’épiphanie – ou sa laideur tout autant passionnante, suprêmement attirante, c’est selon voire tout un, dans ces cas (… Confusion…).

Trois des six morceaux sont des reprises déclarées. Rollercoaster, évidemment, du 13th Floor Elevator (tiré du premier album, The Psychedelic Sound of the… – 1966) ; Little Doll des Stooges (tiré de leur premier album, également – 1969) ; Mary Anne, qui est en fait Just One Time d’un groupe nommé Juicy Lucy (premier album aussi – 1969 également)… Hey Man quant à elle colle les paroles d’une chanson de Bukka White – bluesman plus ancien que les autres cités ; mais sorti en son temps (et temporairement) de l’oubli par le revival folk/blues du milieu des même sixties, quand Stones, Yardbirds et autres Canned Heat invitaient ces vieux là (John Lee Hooker, Muddy Waters…) sur les scènes des festivals, ou entonnaient (sans toujours les créditer) ces « maîtres » sous de nouveaux atours électrifiés – sur une immémoriale mélodie gospel. Et puis O.D. Catastrophe : très nettement repompée sur le T.V. Eye des Stooges – encore, version Fun House, cette fois (1970… de justesse, on vous dit). Fixation, donc. Oui. La drogue – pas trop de mystère là-dessus ; l’ennui qui abruti et illumine tout autant mais… Pareil qu’en ces jours invoqués à tout bout de plage, d’amplis vintage (alors les plus modernes, de fait) et de lunettes noires Wharoliennes/LouReedesques ? Eh bien… Non. Je ne crois pas.

Parce que, parlant d’ennui : ce boucan-là ne le détruit pas. De ça comme des substances il se délecte – il s’y exalte, se contente de fondre dans leurs essences mêlées. Bien-sûr : ça vibre fort, ça jouit, ça déborde, éclabousse, ça gicle et ça gronde et ça siffle… Mais ça ne démolit rien. Ça baigne, ça marine – mais tout ce qui trempe là-dedans y bouillonne sans fin, sans jamais complètement se dissoudre. C’est la splendeur de la chose : cet état d’étirement sans fin, de stase en remuement, cette ascension-à-jamais vers un but sciemment absent, escamoté, vers le Grand Vide Grondant de l’univers. C'est sa limite, aussi. Du Modèle-Stooges, Spacemen 3 duplique bien le fuzz déchiré, les maltraitances de bobinages et circuits qui font brailler le feedback – mais pas l’exaltation de faire craquer et choir, en arrachant ces bruits, la croûte figée des jours, de consumer enfin la chape ; du Grand Huit du 13th Floor, ils enflent, dilatent certes, ils gorgent comme jamais les cycles… mais l’excitation, là, n’y fait pas les vives étincelles – de longues flammes rampantes, à la place, autour de la coque, de la cabine… Et c’est bon, oui, très – c’en est de la bonne comme on dit, on y revient. Simplement : rien là-dedans d’une violence qui libèrerait – c’est brut et rugueux, houleux peut-être mais jamais secousse brutale, qui vous sortirait de la torpeur où vous aura plongé la vague… « La Confusion – rien de plus, rien de moins » ? Il faut croire. Il faut l’entendre pour y croire – et dès la première fois, pour peu que le volume y soit, c’est sûr : ça attrape, ça happe, ça efface à l’acétone les lignes d’horizons. Après ça ?

Après ça on verra. Pour l’instant on profite. « Turn [off], tune [out], drop [in] »… Et dans quarante minutes, en gros, on verra bien ce qui se passe quand le silence revient.

note       Publiée le dimanche 14 février 2021

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Dioneo › mardi 16 février 2021 - 09:22  message privé !
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@Rikkit : ben Spiritualized je ne rejette pas, je précise, c'est simplement que je n'ai pour l'instant pas écouté ! Mais du coup, revenant donc en ce moment massivement sur les Spacemen, c'est prévu que je m'y colle bientôt, à écouter ces autres trucs de Pierce... Sans doute aussi à creuser la disco de Loop - qui si je ne me trompe pas n'avaient pas de membres communs avec les ci-présents mais n'empêche que musicalement, dans l'approche et en son, ça ne me paraît pas du tout sans rapport... Bref, encore une boîte de Pandore, cette "scène" space/drug !/fuzz'n roll !

(Ils y étaient déjà - courtesy of Dariev - avec leur fameux premier single, hein, en passant, les Zom'delespace !)

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Rikkit › lundi 15 février 2021 - 23:47  message privé !

@:Dinoeo, me concernant c'est vraiment Spiritualized qui me fait vriller, à tel point que quand j'écoute Spacemen 3 je ne peux m'empêcher de voir les disques des deux lascars comme n'étant que des brouillons/balbutiements que ce que Pierce fera dans le futur. C'est l'alliage baroque pop mignonnet et Space Rock bien électrique (électrifiant) qui me plait vraiment. Après dans une logique Gutsienne je suis pas certain que ces derniers (Spiritualized) fassent bien vibrer la gente du zine, j'ai bien peur que beaucoup y voit quelque chose de trop gnan-gnan/gentillet, comme je verrais mal Belle and Sebastian et les Verve (encore que ? les premiers ?) dans vos lignes.

Un plaisir par contre de voir Spacemen 3 véritablement pointer son naseau sur Guts !

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Dioneo › lundi 15 février 2021 - 13:40  message privé !
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Eh eh... Ça ne m'étonne pas trop ! C'est vrai que sur les deux premiers Spacemen 3, on a quand-même l'impression qu'ils tournent à des trucs plus corsés mais dès Playing With Fire, je trouve que le côté "planouille senteur verte" devient bien plus sensible, au moins sur ses compos à lui oui - ça réchauffe d'ailleurs singulièrement l'atmosphère, je trouve.

(Et quant à moi ce sont les trucs hors Spacemen 3 des deux gars, que je connais très mal ! Jamais vraiment écouté Spiritualized, même - le groupe de Jason Pierce après Spacemen 3... Et encore moins Spectrum, oui, le truc de Sonic Boom donc. Faudra aussi que je jette un jour une oreille à l'Experimental Audio Research avec le même Sonic, Kevin Shields de My Bloody Valentine, Kevin Martin de Techo Animal, un mec de God, entre autres... Mais j'avoue que ce côté "allstar band" me fait au moins autant craindre le truc décevant que soupçonner le possible machin bien cool...).

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Shelleyan aka Twilight › lundi 15 février 2021 - 13:02  message privé !
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Je n'avais jamais capté que Sonic Boom avait fait partie des Spacemen 3, on ne cesse de s'instruire. Je me souviens d'un article sur son album 'Spectrum' en 89 ou 90 où on lui demandait un classement de ses dopes préférées ^^. La gagnante demeurait la Marijuana ^^

Rikkit › dimanche 14 février 2021 - 22:44  message privé !

Enfin 😌

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