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Sunn O))) › ØØ Void

cd 1 • 4 titres • 58:35 min

  • 1Richard14:32
  • 2NN O)))15:15
  • 3Rabbits' Revenge14:01
  • 4Ra At Dusk14:43

enregistrement

Enregistré au Grandmaster Studio/Hollywood en janvier 2000. Produit par Sunn O))) et Scott Reeder.

line up

Greg Anderson (guitare, basse), Stephen O'malley (guitare, basse)

Musiciens additionnels : Pete Stahl (voix), Petra Haden (violon), Scott Reeder (basse)

remarques

Pochette originale (Everything & Nothing) de Stephen Kasner.

chronique

Il n’en faut pas beaucoup pour faire un monde : deux gars, deux guitares, deux amplis, deux notes. Ça sert à quoi d’écouter Sunn O))) si on croit que la musique c’est forcément plus que deux notes ? Il serait stupide de nier que le groupe livre, prosaïquement, « une suite d’accords chiante à 10BPM », « la longue complainte nocturne du frigo qui bug ». Mais peut-être que l’on a rien compris si on « écoute » Sunn O))) de cette manière. Il ne s’agit pas d’écouter : il faut rentrer dans un monde — un monde entièrement dévoué à l’amour de la distorsion. Un monde auquel vous appartenez déjà sans le savoir si vous aimez la musique rock & assimilés, puisque c’est l’un de ses éléments fondamentaux. Sunn O))) demande une prise de conscience, il exige de l’auditeur embrouillé l’eurêka de celui qui reconnaît, sous le vernis populaire et accessible de la musique rock (ses refrains, ses chanteurs, son riffing, ses rythmiques), cette couche primordiale, ce fond toujours-déjà-là, ce grain abrasif, ce grésillement omniprésent qui grimpe rarement au cortex et reste souvent inaperçu : la distorsion. Sunn O))) c’est certes un tribute-band en hommage à Earth et aux poids lourds du stoner/doom, mais c’est surtout « La Distorsion : sa vie, son oeuvre ». Ils l’ont isolée en laboratoire pour la travailler et la trifouiller à l’envi, comme un forgeron bat inlassablement sa matière première. Et justement, la particularité de ce ØØ Void qui nous occupe ici, c’est que Sunn O))) y mène cette démarche sous une forme qui n’aura plus jamais ce caractère brut et primitif par la suite. Qusiement sans batterie, chanteur, groupe, orchestre, invités, vocalises, arrangements (tout ça viendra plus tard, pour le meilleur et pour le pire), les deux branleurs de manche qui composent le groupe peuvent ici laisser libre cours à leur autisme électrique. Il n’y aurait même pas besoin d’instruments à cordes si les amplis pouvaient parler tout seul. Hélas ces tas de ferrailles ne livrent pas si facilement leurs secrets, à moins qu’on ne s’ingénie à torturer devant eux leurs camarades de toujours. Ainsi Greg et Stephen pincent-ils, secouent-ils, grattent-ils, chatouillent-ils guitares et basses pendant de longues longues longues minutes pour éveiller l’humanité de leurs machines à distordre. « Richard » file le vertige dès l’intro, avec son lent bending de corde cyclique qui fait chavirer l’univers. Ce titre est mon petit personal favorite, avec sa tension qui s’installe sans jamais virer à l’explosion ; Sunn ne veut pas faire jouir, headbanguer, taper du pied : il vous vibromasse le tympan. « NN O))) », avec ses choeurs et son tempo plus « upbeat », comme disent les rigolos, est le plus proche de ce qu’on pourrait appeler un doom sans batterie. « Rabbit’s Revenge », hommage aux Melvins, vient venger à grands coups de power chords et de feedback le jeune lapin pendu en ouverture de Lysol (« Hung Bunny », dont le live samplé ici serait, selon la rumeur, un précurseur). En fin de disque, « Ra at Dusk » sonne comme l’avènement d’une ère post-riff : après quelques accords noyés sous une onde chaude et omniprésente, tout riff disparaît pour laisser la place aux pures ondulations sans cesse relancées. A vrai dire, c’est à peine si Greg et Stephen daignent riffer, sur ce disque. Le riff est une échelle inadaptée pour aborder leur musique : il faut se situer plus bas, dans la granularité microscopique des vibrations. Ce disque progresse dans le sens du non-riff. Encore aujourd’hui, le dénuement et le jusqu’au-boutisme d’ØØ Void effraient, ennuient, et on trouve généralement plus fréquentable le Sunn de Monoliths & Dimensions, celui qui parle un langage humain, qui garnit ses acrobaties vibromassantes d’orgues, de vocalises, d’arrangements orchestraux. Je ne suis pas de cet avis là, je vois dans ØØ Void l’aboutissement d’une démarche commencée avec les Grimmrobes Demo, avec un son mieux produit et plus maîtrisé, parmi les plus lourds de l'histoire du metal, qui marque déjà un pas de côté avec Earth2 par sa lenteur, sa massivité, son étouffante noirceur et l'effacement de tout riff au profit de la pure vibration. Et puis, c’est plus méchant - les mecs d’Earth, au fond, sont des countrymen du désert, pas des mystiques blackeux de cave mortuaire comme Greg et Stephen. Enfin, ØØ Void est aussi un début pour Sunn O))) : il fixe la formule fondamentale de toutes leurs synthèses chimiques à venir, la base sur laquelle s’ajouteront toutes les collaborations et expérimentations — mais ici, elle est à l’état pur. Déroutant si on y cherche des chansons, passionnant si on le considère comme une anatomie poétique de la distorsion.

note       Publiée le vendredi 12 février 2021

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Note moyenne        6 votes

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Demonaz Vikernes › lundi 15 février 2021 - 14:49 Envoyez un message privé àDemonaz Vikernes

La base du schéma Sunn O))). Le deuxième disque n'est pas indispensable et semble assez peu lié au premier.

Note donnée au disque :       
Cinabre › samedi 13 février 2021 - 09:34 Envoyez un message privé àCinabre

Bah je le connais pas celui-là tiens! Je m’en vais corriger ça tantôt! Merci pour la chro!

sergent_BUCK › vendredi 12 février 2021 - 22:06 Envoyez un message privé àsergent_BUCK
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Oh tiens j'en avais commencé une chronique de celui là y'a longtemps... cool, j'aurai pas besoin de me décarcasser à la finir, surtout que je suis tout à fait d'accord avec toi. Finalement c'est le seul Sunn O))) que j'aime vraiment et qui revient de temps en temps sur la platine. Pour sa pureté basique, le coté 'la matrice' du groupe, pour les riffs qui bougent juste ce qu'il faut pour faire headbanguer au ralenti, et puis le Son quoi, le SONNNNNNN !

Note donnée au disque :       
nicola › vendredi 12 février 2021 - 17:21 Envoyez un message privé ànicola

Dans les recommandations, Le bruit du frigo de Mano negra (boule bite).