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Queen › Innuendo

cd 1 • 12 titres • 53:46 min

  • 1Innuendo
  • 2I'm Going Slightly Mad
  • 3Headlong
  • 4I Can't Live With You
  • 5Don't Try So Hard
  • 6Ride The Wild Wind
  • 7All God's People
  • 8These Are The Days Of Our Lives
  • 9Delilah
  • 10The Hitman
  • 11Bijou
  • 12The Show Must Go On

enregistrement

Londres et Montreux, de mars 1989 à novembre 1990.

line up

Freddie Mercury (chant, chœurs, claviers, programmation), Brian May (guitares, claviers, chœurs, chant, programation), Roger Taylor (baterie, chœurs, percussions, programmation, voix), John Deacon (basse, claviers)

Musiciens additionnels : Steve Howe (guitare espagnole sur "Innuendo"), Mike Moran (claviers sur "All God's People"), David Richards (claviers sur "I can't live with you" et "These are the days of our lives")

remarques

chronique

Styles
pop
rock
hard rock
Styles personnels
dame de cœur

Innuendo... J'ai toujours trouvé ce titre magnifique. Presque un deuxième nom pour Queen. Et pas leur disque le moins singulier pour le passage à l'au-delà... Oh, pas un chef d'œuvre j'imagine, si on l'examine sous toutes ses coutures comme un antiquaire méticuleux, non... Il a, objectivement, plus de parenté avec leurs albums des années 80 qu'avec un soit-disant retour aux sources prog-théâtrales des années 70, comme j'ai pu le voir formulé ici ou là. Non : aussi arlequin soit-il, Innuendo n'a pas la densité de Queen II, Sheer Heart Attack ou A Night/A Day, et je ne prétendrais pas le contraire pour mieux lui tresser des lauriers... Ses charmes sont ailleurs, à dire vrai. Ailleurs que dans des histoires d'avant-gardisme ou de performance artistique - même si Le Spectacle doit continuer. Ils tiennent dans trois syllabes : É-MO-TION. Et dans la puissance fragile d'Innuendo, son ampleur nimbée et familière, ses mélodies-enluminures qui à la fois nous rassurent et nous désarment. Ses chansons vivent comme des animaux sensibles, dans un arc-en-ciel où semblent se confondre automne et printemps, matin et nuit, peur et euphorie... Non : Innuendo n'est comparable à aucun autre Queen. Il est céleste.

Et s'il me touche autant, ce n'est pas que pour des raisons charognardes malgré mon avatar, loin s'en faut. La note du cœur qui a ses raisons, tout ça... Rien que son ouverture au pas solennel de templier sur le cachemire, et son glissement onirique dans des paysages latins à une époque incertaine, me procure autant de joie qu'une nuit entière à l'opéra. Pourquoi je reviens encore à ce Queen-là après toutes ces années ? Parce qu'il fût mon tout premier d'eux. Et longtemps, le seul dans mes rayons. Parce que, en plongeant encore plus profond dans les poussières du passé, sa musique reste intimement liée à ces illustrations de Grandville, qui enfant me fascinaient et m'inquiétaient, sur ces 45 tours déjà vestiges... Et qui, sûrement plus que ces obscures histoires de maladie en phase terminale, ont forgé une bonne part de ma perception d'Innuendo, bien avant que je ne découvre ce qui entourait ses singles... Ces dessins m'ont semblé s'animer devant moi à l'époque où Freddie s'en est allé, alors que je tenais le disque corné de "Show must go on" en fixant cet orchestre d'hommes-instruments d'une tristesse inexplicable... Ce n'était pas un rêve, non : l'étrangeté magnétique de ces graphismes s'était infiltrée par je ne sais quelle craquelure de l'espace-temps dans les guitares du magicien May, dans le son Queen-FM. Jusque dans ces synthétiseurs ondulant avec aisance entre kitsch et paradisiaque, parfois les deux en même temps. Que dire de la chose "I'm going slightly mad", extirpée d'on ne sait quelle dimension entre comédie et cauchemar, avec son burlesque en décomposition et ses quatres notes aussi dérangeantes qu'une gamme de Shepard ? Son pouvoir magnétique ne s'est pas émoussé après toutes ces écoutes. Combien de frissons promettent encore ces "Oh Dear !" et ses éclats de rires lointains mais proches qui coulent comme une suée froide, à jamais figés dans le miroir déformant des limbes ?

Tout ou presque sonne déjà "fabriqué au Paradis" dans Innuendo, si on y croit un peu. Et plusieurs chansons y sont, réellement cette fois, miraculeuses... "Don't try so hard" notamment, peut-être encore plus triste que le feu d'artifice final. Comme un regard aussi cruel que bienveillant sur soi-même et ses frasques, chanté avec une sensibilité inouïe. Innuendo, délicat Innuendo... Et sa lueur surnaturelle, comme sur "Ride the wild wind" et sa comète électrique traînant des dragsters et des onomatopées dans son sillage, de part en part de la stéréo... On aimerait parfois, quand on est pas d'humeur à en accueillir la lumière, voir comme purs accessoires les morceaux les plus joviaux, comme le dégourdissant "Headlong" ou la mielleusement pompière "I can't live with you" (qui pourrait être sur The Miracle), voire le gospel gargantuesque "All God's People" (réminiscence "queenstian rock" du lointain "Jesus" ?) Même le hard rock à très gros souliers "The Hitman", nous paraîtra parfois un peu forcé en ces circonstances. Nous nous assoupirons volontiers sur la variété diaphane de "These are the days of our lives", sa mélancolie tiède et quasi fantomatique, à dessein... Pourtant à bien les connaître, toutes ces garnitures aux parfums divers, j'imagine mal l'album sans une seule d'elles. Innuendo est beau, à sa façon, même quand il est laid. Il s'y faufile toujours un bout de magie, par Mercury et par May le plus souvent... Même dans ses ritournelles les plus légères - du moins en apparence - comme "Delilah", adieux de Freddie à sa chatte adorée (avec Brian à la traduction en miaous). Et comment ne pas aimer ce bien-nommé "Bijou", tissé avec amour au creux de l'alcôve par un Brian semblant pleurer avec ses cordes et qui, avec l'infinie délicatesse d'une rosée perlant aux aurores, souffle tous les onanismes des guitar-heroes aussi proprement qu'un vent nucléaire... Avant que tout ne s'évanouisse dans une apothéose éclaboussée de sang et de larmes (j'en fais des tonnes ? On parle de Queen, non ?)

"The Show must go on" restera à jamais la plus poignante chanson de Queen. Ce qui s'appelle rendre l'âme par la grande porte. Ou comment pompeux et sublime opèrent de concert. Le clavier hanté impose son austérité et son feutre, plus funèbre que tout orgue, May est étincelant, Taylor fracassant, et la brève illumination de Freddie chavire le cœur. "My soul is painted like the wings of butterflies..." C'est pas d'la fresque de Michel-Ange mais pas loin. Queen en communion dans un même élan psychopompe, une dernière éruption d'hybris à vous éclipser tous les escaliers au Paradis. La Tragédie, blottie comme un phœnix tremblant dans mes souvenirs de mélo-minot... Et son écho de la splendeur qui fut, en persistance rétinienne dans ma mémoire, comme ce sinistre bégaiement de sillon. Les lions s'étreignent autour du crabe et le cygne les enlace, alors que fanent les fées. Mercure monte... Et dans le brasier du Soleil couchant jaillit un hurlement surhumain, ultime faisceau aveuglant, avant que ne tombe le rideau. La Reine est morte.

note       Publiée le samedi 16 janvier 2021

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Note moyenne        11 votes

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zugal21 › dimanche 17 janvier 2021 - 11:17  message privé !

J'aime ce que je lui trouve , une sorte d'homogénéité baroque tous azimuts ; néanmoins partagé entre la note de 5 et la note de 6.

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Aladdin_Sane › samedi 16 janvier 2021 - 23:51  message privé !

6 boules pour le morceau qui ouvre et celui qui ferme cet album magistral

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GrahamBondSwing › samedi 16 janvier 2021 - 22:21  message privé !

Ce dernier album comporte quelques très grands morceaux mais aussi d'énormes trous d'air, passé l'envoutant Innuendo, je me réveille seulement pour "Hitman", "Bijou" fait l'unanimité je pense, et je n'ai pas besoin d'en rajouter sur le niveau stratosphérique de "Show Must Go On". Jolie chronique, au fait.

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Klarinetthor › samedi 16 janvier 2021 - 16:51  message privé !

merde je suis très désolé de faire tomber les boules des mains des jongleurs mais je suis pas assez jouasse sur ceux-là. J'hésite même entre 2 et 3, pour dire.

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saïmone › samedi 16 janvier 2021 - 12:57  message privé !
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Le clip de "I'm Going Slightly Mad" est presque irregardable tellement il sent la fin... mais quelle fin !