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The Incredible String Band › S/t

  • 1966 • Elektra EUK 254 • 1 LP 33 tours

lp • 16 titres • 45:07 min

  • 1Maybe Someday
  • 2October Song
  • 3When The Music Starts To Play
  • 4Schaeffer's Jig
  • 5Womankind
  • 6The Tree
  • 7Whistle Tune
  • 8Dandelion Blues
  • 9How Happy I Am
  • 10Empty Pocket Blues
  • 11Smoke Shovelling Song
  • 12Can't Keep Me Here
  • 13Good As Gone
  • 14Footsteps Of The Heron
  • 15Niggertown
  • 16Everything's Fine Right Now

enregistrement

Enregistré le 22 mai 1966 par John Wood à Sound Techniques, Chelsea, London

line up

Mike Heron (chant, guitare), Clive Palmer (chant, guitare, banjo, kazoo), Robin Williamson (chant, sifflet, guitare, violon sur la 1, fiddle sur la 4)

remarques

Photo de pochette par Joe Boyd
Le disque est au départ sorti seulement en mono au Royaume Uni, et en stéréo aux USA, avec la pochette au logo rouge. Toutes les rééditions à partir de 1968 sont stéréo, lp ou cd.

chronique

Styles
folk

Simple, naïf, disponible, gaëlique… Cet album réconfortant est votre ami. Il fut enregistré à toute vitesse par un Joe Boyd qui avait eu le temps de découvrir et enregistrer ces 3-écossais-là tout en produisant, en 66-67, une myriade de disques qui posèrent tout simplement les jalons du psychédélisme anglais… Autant dire que ces chansons étaient maîtrisées du bout des doigts par leurs auteurs. Boyd les fait signer chez Elektra, compagnie – comme lui – américaine venue flairer l’underground anglais tant apprécié des étudiants ricains. Pourtant, pas de psychédélisme ici. Il faut une fois pour toutes démentir une vieille lune : Incredible String Band a peu à voir avec le psyché, et le décalage avec les autres productions Boyd le montre. Leur association au genre tient surtout à leur statut culte, entre Donovan et Tyrannosaurus Rex, à leurs pochettes et à leur mysticisme qui fleure bon le haschisch. Mais pas d’électricité, d’effets ou d’arrangements altérés ici.

En revanche, il y a encore le banjo de Clive Palmer, et Robin Williamson insiste pour régulièrement revenir jouer du « whistle » (flûtiau, je dirai, à l’écoute) dans notre oreille. Ce qui non seulement donne un petit côté feu de camp urbain à la Pogues à ce premier album, mais trahit aussi les origines trottoiresques de cet incroyable orchestre à cordes : tout ça fleure bon le « busking », la misère des musiciens de rue, la dèche dans un Edimburgh glacial, transfigurée par une bonne humeur qui tient quasiment de la méthode Coué (au moins 3 chansons ont pour thème principal « c’est la galère et ça manque de présence féminine, mais hey on boit du whiskey et quel pied »). Et de cette bonhomie inhérente aux voix, on glisse, en fin de disque, vers des accès d’inquiétude étonnée, dans ces arpèges et accords, soudains d’une sophistication venue d’ailleurs. L’acid folk – en bien des points une lignée parallèle ayant peu croisé le psyché – frappe à la porte.

Oh certes, la pochette fait sérieux ; ils posent dans une bibliothèque tout de bois lustré et de grimoires serrés, en archéologues du folk, excavateurs de partitions de trouvères oubliés et ressuciteurs de lutheries antiques… Mais plus prosaïquement, tous ceux qui n’ont pas les moyens de vivre dans un lieu chauffé savent bien que se découvrir une vocation d’étudiant archiviste est une bonne façon de passer l’hiver sans choper la pneumonie.

A ce stade, nos trois saltimbanques portent encore le cheveu court et n’ont pas encore voyagé en orient, contrairement au héros du folk anglais Davy Graham. Ce sera chose-faite juste après la sortie de cet album, Robin Williamson allant au Maroc et Clive Palmer en Afghanistan. Ce-dernier, pas rentré à temps pour le 2ème album, quitte alors le groupe (qu’il avait fondé avec Williamson, formant avec lui un duo des années avant l’arrivée de Mike Heron, qui marque la naissance de l’ISB), et se lancera en solo, puis avec C.O.B. Sa sensibilité n’est pas étrangère à la variété d’ambiances médiévales, ici encore purement moyenâgeuses au sens occidental, de ce premier opus, comme sur le rugueux mais délicat « Empty Pocket Blues ».

Dès ce retour en Angleterre, les incursions d’instruments orientaux, quasi-inexistantes sur ce 1er LP, deviendront monnaie courante dans la musique du désormais duo, qui garde le nom « band ». Heron, auréolé de son voyage au Maroc avant Brian Jones (ce qui est bien entendu immensément important), passe de barde celtique à hippie du dernier chic – où plutôt cumule les deux – dans le Londres de l’époque, qui adopte immédiatement l’ISB. Même si cela ne concerne que quelques centaines de gros fans de musique, ceux-là leur feront un tel triomphe, que à peine 4 ans plus tard, en formation élargie et après quelques chefs d’œuvres, ils seront invités à Woodstock, et en bien meilleure position que l’outsider Richie Havens, par exemple ! Ce qui ne les empêchera pas d’y faire un fiasco absolu que l’histoire a oublié. Et l’ISB de rester un secret chéri des initiés. On les comprend, tant il est doux de se réchauffer, seul, aux braises de ces seize chansons, crépitant sur la platine.

Ma note peut donc paraître assez dure, voire cruelle, face aux contradictions fécondes de cet album, qui accomplit ici déjà l’essentiel du chemin qui mènera l’Incredible String Band à devenir LE groupe culte anglais (culte ET vendeur, mais médiatiquement souterrain). C’est parce que ce qui va venir sera tellement plus merveilleux… Si le solide artisanat de ces chansons et instrumentaux touchait déjà à une certaine perfection intimiste, il n’y avait encore presque rien ici de ces illuminations inexplicables qui allaient faire des deux albums suivants des sommets de la poésie musicale, ou de la musique poétique, bien plus que de cette tradition appelée « folk ». Venu d’un autre groupe, on parlerait volontiers de miracle, et d’un coup de cœur. Venant d’eux, il s’agit du socle posé et scuplté dans le chêne pour la fantaisie et l’ingénuité ultime, l’aristocratie de l’imaginaire, qu’allaient incarner The 5000 Layers Of The Onion, The Hangman’s Beautiful Daughter, dans une moindre mesure leurs nombreuses suites folâtres et parfois désuètes.

note       Publiée le mercredi 17 février 2021

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Dioneo › jeudi 18 février 2021 - 08:57 Envoyez un message privé àDioneo
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Ah je ne trouve pas ta note "dure", moi ! Je l'ai toujours entendu comme un peu "théorique", un peu exercices préparatoires brillants et bien documentés (archivistes dans la caillance en bois, en effet) mais à quoi manque encore la personnalité des suivants... J'aurais même tendance à lui mettre un peu moins de 4, à considérer les deux suivants, oui - voire pour ma part Wee Tam and the Big Huge, qui m'a décliqué plus tard que les autres mais que j'ai fini par "entendre" fort aussi.

En revanche je le trouve assez psyché à sa façon moi, ce groupe ! En version débranchée oui (littéralement, sans amplis) mais indubitablement dans l'imaginaire. Un psychédélisme encore un cran plus insulaire que "celui de la Grande Bretagne en général" parce que l'Écosse, avec un substrat de légendes et quelque chose d'excentré par rapport aux natifs de Londres (logique) et leur "modernité"... Ça plane et "recombine le réel" autrement mais pas moins pour autant, je dirais. (Et l'aspect "voyage marocain et changements qui s'ensuivirent" me fait penser davantage à Paul Bowles qu'à Brian Jones, perso... Quelque chose dans l'approche littéraire et la "compréhension qu'on ne peut pas comprendre tout à fait les autres mondes" qui les en rapproche, je trouve - même si je sais bien que tout ça est lié... Il me semble que Bowles, peut-être via Burroughs était de toute façon le "lien", le passeur entre le Maroc et nombre de ces artistes, Jones et d'autres, qui étaient partis tripper là-bas et en avaient ramenée leur version du "voyage mystique" ou autre, non ?)