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The Incredible String Band › The 5000 Spirits Or The Layers Of The Onion

  • 1967 • Elektra EUK 257 • 1 LP 33 tours

lp vinyle • 13 titres • 50:10 min

  • face a
  • 1Chinese White 3:35
  • 2No Sleep Blues 3:50
  • 3Painting Box 4:00
  • 4The Mad Hatter's Song 5:35
  • 5Little Cloud 4:02
  • 6The Eyes Of Fate 4:57
  • face b
  • 7Blues For The Muse 2:43
  • 8The Hedgehog's Song 3:25
  • 9First Girl I Loved 4:50
  • 10You Know What You Could Be 2:45
  • 11My Name Is Death 2:42
  • 12Gently Tender 4:42
  • 13Way Back In The 1960s 3:07

enregistrement

Enregistré début 1967 sur un 4-pistes à Sound Techniques, Chelsea, London - Produit par Joe Boyd

line up

Robin Williamson (chant, guitare, mandoline, oud, guembri à archet, guembri basse, flûte, tambour, percussions à hochets), Mike Heron (chant, guitare, harmonica)

Musiciens additionnels : Danny Thompson (uk) (contrebasse), Licorice McKechnie(chant, percussions), John Hopkins (piano), Nazir 'Soma' Jairazbhoy (sitar, tanpura)

remarques

Pochette et arwork par Simon & Marijke - Photo de verso par Iain Skinner
Un mixage légèrement différent est sorti à l'époque en mono au Royaume-uni et aux USA, à relativement petit tirage. Toutes les autres éditions, LP et autres, sont en stéréo. Les deux versions sont excellentes et se valent, la stéréo ayant été très soignée aussi.

chronique

Styles
folk
psychédélique
world music
Styles personnels
acid folk

Où nos trois troubadours des rues, devenus deux aèdes des champs et des nuages, voient leurs rêves se réaliser à l’été de l’Amour. Et même plus que leurs rêves. L’inspiration les a rajeuni, comme une rosée qui viendrait étancher la soif du piteux aventurier qui s’était endormi la veille, la bouche ouverte et le palais astringent. Ce qui se donne ici, avec peu de cérémonie mais pourtant beaucoup d’atours, c’est la Grande Foire aux quatre vents d’orients soudain installée dans les rues pavées de la belle Albion, renaissant au printemps. Des multitudes de brahmanes rouges vifs, mages à chapeaux extravagants, fakirs aux barbes dorées et haschischins aux turbans en forme de serpents lovés se sont amassés autour des fontaines où jaillit l’eau claire des glaciers des highlands. L’opulence le dispute à la poésie, devenue reine invincible de ces rues d’ordinaires si sages le temps de ces quelques quarante minutes, par le truchement de cette histoire de l’humanité ici réécrite à quatre mains par deux chansonniers appelés Mike Heron et Robin Williamson. Le brun au faciès vaguement balkanique et enfantin, et le blond à la barbe réservée, à l’œil hiératique. Ces deux-là sont la première raison d’arrêter de perdre du temps à essayer de rejoindre la secte Dylan, pour ma part. Il y a une autre secte, en écosse, qui lui est mille fois supérieure, et qui n’a guère besoin de poser au plus malin pour tourner le dos au micmac de la politique. Cette secte c’est l’Incredible Sting Band, et ce disque est en général considéré comme leur Alpha et Omega. Vision bien réductrice, mais qui a le mérite de mettre en avant leur album le plus parlant, le plus complet, plus évident encore que leur Liquid Acrobat As Regards The Air, dont la pop électrique et mélodique est encore loin. On y fume de voluptueux calumets aux fumées azur, sous les blasons carmin de quelque légion de mystiques perdus, capturés avant que l’église ne leur fasse tous retourner à leur Dylan de maigre pitance et ne coupe la voix de ces trublions enfeuillés.


Ici la sagesse ne se définit qu’en terme de grâce et de magie. C’est une sorte de disque pour philosophes joyeux, mais bien accompagnés, et quand ils sont seuls, qui se savent bien accompagnés par les animaux et les plantes, et loués par tous les orchestres de sultans des empires Ottoman et Moghols (la folie luxuriante et luxueuse de Mad Hatter’s Song). Les versets de la sagesse sont ici constamment éclairés par les intonations malicieuses de la jeunesse, dans une liberté de ton et d’interprétation limpide, cristalline, à cœur ouvert… Ce groupe n’est qu’amour, et leur musique serait captivante même sans leur virtuosité acoustique. Mais bien entendu, ils sont virtuoses. Ce qui ne vous échappera pas au détour de No Sleep Blues par exemple, qui n’a presque rien d’un blues, et tout d’un folk du turfu, tombé dans on ne sait quelle potion secrète. Une guitare raconte l’exaspération, la démangeaison du sommeil qui fuit, et l’autre le mécontentement soupçonneux devant tout frémissement ennemi du repos, pensée, ombre fugace, la souris qui joue au foot, l’aube « qui passe sa tête quand elle croit que je la vois pas »… De la joie, jusque dans la résignation.


La palette sonore s’est bien étoffée, puisque Danny Thompson, de Pentangle, vient très discrètement poser sa basse sur une majorité de titres. Parfois, c’est une certaine Liquorice, voix transparente, qui se glisse au détour d’un refrain (extatique Painting Box). Là, Robin s’excite sur une théière en bois comme un Yogi du Népal sur des tablas (Little Cloud, qui rappelle que la musique est autant verbe et récitation que maths), plus loin, un instrument non-identifié, le gimbri, joué à l’archet mais évoquant un accordéon, vient bourdonner pour donner du grain à la plénitude de ces grands naïfs élégiaques (Gently Tender, l’ample Chinese White). Parfois, Mike Heron a la classe de laisser seul son ami Robin, pour deux titres qui lui sont personnels, l’un sur la mort qui devra advenir, l’autre sur son premier amour, où qu’elle soit maintenant.


Et The Hedgehog Song reste, pour ma part, la seule et unique fois où je puisse concevoir prendre plaisir à me faire doctement moraliser par une chanson, dans cette sorte de fable de Lafontaine où le refrain tombe comme un infiniment subtil décalage, injonction douce et légère à harmoniser avec Autrui avec plus de tact et de fraîcheur qu’avant, à ne pas se laisser définir par son éducation, son passé ou ses limitations diverses. Trois choses que cet album dépasse aisément, les doigts de pied en éventail, et avec entre chaque doigt une renoncule, un myosotis, un coquelicot, une bourrache, un dahlia, une fleur de chèvrefeuille, un souci, et une belle de jour. Voilà précisément comment cet album transcende toute chose qui alourdit.

note       Publiée le mercredi 17 février 2021

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Ellestin › lundi 22 février 2021 - 06:43  message privé !

Un sommet de la musique psychédélique. Belle chronique qui fait le boulot.

Dioneo › jeudi 18 février 2021 - 08:33  message privé !
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Ça fait longtemps que j'aurais du m'y attaquer, à ceux-là... Bah tu m'as devancé (et donc nulle raison de râler vu que j'ai lambiné, eh eh) ! Je vais lire ça - et sans doute pas les doubler parce que je doute que ce soit "utile"... (Idem pour les Pentangle, d'ailleurs). Mon préféré du groupe, en passant, ce 5000 Esprits ! Avec en apparents extrêmes opposés le terrible et baroque/renaissance My Name Is Death et la légère-sur-la-forme Chanson du Hérisson (qui en vrai raconte une histoire pas si marrante que ça, voire bien angoissé...). En tout as bien joué donc, ça manquait nettement ici, ce(s) groupe(s) !