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Sparks › Kimono My House

  • 1974 • Island ILPS 9272 • 1 LP 33 tours

lp • 10 titres • 36:19 min

  • 1This Town Ain't Big Enough For Both Of Us
  • 2Amateur Hour
  • 3Falling In Love With Myself Again
  • 4Here In Heaven
  • 5Thank God It's Not Christmas
  • 6Hasta Mañana, Monsieur
  • 7Talent Is An Asset
  • 8Complaints
  • 9In My Family
  • 10Equator

enregistrement

Enregistré de décembre 1973 à février 1974 aux studios Basing Street,AIR ,Wessex Sound, et Ramport (Londres) - Produit par Muff Winwood – Ingés-son : Richard Digby-Smith, Tony Platt – Ingénieur mixage : Bill Price

line up

Russell Mael (chant), Ron Mael (claviers), Dinky Diamond (batterie), Martin Gordon (basse), Adrian Fisher (guitare).

remarques

Photo de pochette par Karl Stoeker - Réalisation de la pochette par CCS et Bob Bowkett - Direction artistique : Nicholas De Ville - Concept de la pochette : Ron Mael

chronique

Styles
pop
ovni inclassable
rock
Styles personnels
glam rock / zolo

Les vrais anglophiles, durables, ne sont pas légion aux USA. Ceux qui, passé le tournant des 70’s, continuent à ressasser leurs obsessions, à malaxer les allusions cabaret et l’ingénuité Beatles dans une sorte de cocon prépubère et volontiers déjanté. Encore plus rares sont ceux qui franchirent l’Atlantique pour tenter leur chance sur la notoirement impitoyable scène Londonienne (à l’époque, l’Europe pop c’est Londres, peut-être à tort, si l’on considère l’Italie…). Les Sparks sont de ceux-là, et ils sont, je crois, les seuls. Arrivés en 1972 par vol charter, inconnus au bataillon, privés de producteurs surdoués comme Todd Rundgren (autre anglophile, qui à cette époque commence pile à se trouver, mais aux USA), ils mettent le paquet pour séduire le public glam, qui apprécie leur côté toc et anti-hippie à sa juste valeur – là où les américains ne ressentaient que le côté peu pratique pour frimer en cabriolet de leur musique.
à Londres, il a fallu pas mal de temps aux deux Sparks, pour recruter 3 musiciens avant de pondre ce troisième album, parfois présenté comme leur premier, mais quelle bombe ! Ces musiciens hard-glam, ne lésinant pas sur les embardées démonstratives, étaient juste ce dont ils avaient besoin pour accompagner dignement leurs hymnes tubesques et cylindriques. Du hard-pop qui fulmine pendant que le clavier et le chant déroule ces mélodies-haribo tels des rouleaux de réglisse-fraise – mais COMBIEN en ont-ils en stock ? Kimono My House (jeu de mots ramuntcho que j’ai mis 15 ans à capter sur « come on-a my house”, vieux tube pré-rock’n’roll coquin de Rosemary Clooney) est unaniment vu comme leur absolu sommet, et autant être clair : ça sera dur de contredire.

Bon évidemment, ça commence par leur unique gros tube quasi-mondial, le surréaliste et dément « This Town Ain’t Big Enough For Both Of Us », grand huit musical au crescendo fou qui défie la logique et qu’aujourd’hui encore la science peine à expliquer. Je ne m’étendrai pas sur ce titre, indescriptible et indispensable, tuerie sauvage et pépite sucrée du paradis à la fois, véritable machine à relativiser le reste de la planète pop (surtout vous, Queen), énigme et pure farce jouissive, et fastoche l’un des 5 meilleurs titres des 70’s et DONC de tous les temps toutes catégories fondues savoyarde. Garçon, la suite !!

Et la suite ne se fait pas prier pour arriver… On savait, dès ce coup de feu introductif, suivi des pétarades des guitares glitter aigues, que ça irait très vite, dans ce disque. « Amateur Hour » fonce sans freins, géniale et hyper-pop mais tellement de crans en dessous de l’ouverture, bien forcément. Russell Mael prend des affects et des accents parodiques dans la voix comme Mr Loyal attirant les enfants avec son écharpe à bonbons au milieu d’un circuit d’auto-tamponneuses : “she can show you what you must do, to be more like people better than you”. Pas le temps de respirer que déboule le frappadingue « Falling In Love With Myself Again », et là normalement, vous commencez à vous inquiéter de la santé mentale de nos deux escogriffes en redingote. Surtout lors du break à trois temps, là, vieil artifice psyché avant que ne reprenne le festival de basses grondantes comme des otaries et de guitares geignant comme des perruches hirsutes. Ce qui me fait penser que cette pochette, qui exprime bien le double effet « bouh / winkwink-nudge » (et précipité, mal maquillé, vulgos façon british, mais mignon quand même) de la musique, mérite d’être appelée « vert perruche ».

Les textes sont tous géniaux, plein d’esprits et surtout d’autodérision, dénués de toute prétention arty contrairement à ce qu’on pourrait penser (et contrairement à tout le courant décadentiste dans le glam, les Roxy, Bowie et Cockney Rebel). Parfois, on sourit voire se marre, à lecture de celui de « Hasta Manãna Monsieur » par exemple, qui allie riff rock FM avant l’heure et orgue de foire dopé au gaz hilarant. Juste après, « Talent Is An Asset », c’est bien simple, semble directement tombée d’un album du XTC des débuts : c’est du post-punk zolo, pas à tortiller. Ça saute, rebondit, cogne quand il faut, la basse est une teigne, la guitare assène son unique note avec insistance… Quant au texte, il semble annoncer les parents control-freak de « Making Plans For Nigel »… Sauf qu’ici, le Nigel en question est remplacé par le surprotégé petit Albert… Einstein ! « Leave Albert’s study room » finit par lancer Russell Mael, avant de finir, au bout d’un enchaînement gigogne, par « Leave Albert’s Universe ». Il y a bien quelques solos de guitare par-ci par-là qui rappellent qu’on est en 74, mais sinon, on jurerait que ce disque a été largué en pleine première vague post-punk, très logiquement coincé entre Devo et Lene Lovitch, avec une grosse, une énorme sensibilité cabaret en plus… Et toujours cet orgue usinant ses motifs triangulaires ou losange au milieu, comme une machine de bonne humeur.

Si tout tombe en place ici, de façon magique, nerveuse et très « british », les Mael n’ont pas pour autant abandonné les vicieuses circonvolutions de leurs deux premiers albums-ovnis. Kimono My House reste un disque-piège, pop et évident, mais à plusieurs niveaux d’écoute. Distraitement, on dodeline de la tête non-stop. En écoutant de près, on réalise que le niveau de densité frise l’hystérie. En laissant infuser longuement, une mélancolie sourde nous atteint, au pic du grower qu’est l’album. Cette fin de face A, par exemple, avec le rancunier « Up Here In Heaven » et le troublant « Thank God It’s Not Christmas » (titre qui semble répondre à la fadasse chanson de noël de Queen 10 ans en avance) et ses refrains à tiroirs. Même malaise, encore plus poussé, sur le cauchemardesque « Equator », qui termine l’album sur une gigue crispante et dont on craint ne jamais voir le bout, prisonnier dans la loge cet acteur histrionique qui hulule ses notes aigues jusqu’à rupture définitive de nos nerfs, jusqu’à ce qu’on devienne complètement coucou comme eux… Il ne restera alors plus qu’à remettre ce disque au début, jusqu’à l’infini. Indice quand même, pour vous les profanes : ce disque passe incroyablement bien lors de la deuxième écoute d’affilée.

note       Publiée le dimanche 10 janvier 2021

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Richard › lundi 11 janvier 2021 - 19:09  message privé !

Oui, Zugal21, on retrouve bien Michi Hirota sur l'introductif et énervé "It's No Game" de Bowie.

zugal21 › lundi 11 janvier 2021 - 18:38  message privé !

A noter qu'une des deux Japonaises cause au début de Scary Monsters. Je cite pas mes sources parce que j'ai oublié, mais c'est la Vérité.

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Aladdin_Sane › lundi 11 janvier 2021 - 15:42  message privé !

J'ai également une préférence pour Propaganda mais quel album quand même !

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Coltranophile › lundi 11 janvier 2021 - 15:31  message privé !

Placer cette chro juste après celle de "Sheer Heart Attack", c'est le vice parfait. Si j'écoute les deux à la suite, je vais me sentir obliger de m'habiller en velours fuschia pendant une semaine. Ils peuvent bien agacer par moments les frangins tant ils sont précieux, avec leur pop à tiroirs, mise en abime et trompe l'oeil. Mais vu la précision diabolique du truc, c'est dur de rester insensible.

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Raven › lundi 11 janvier 2021 - 14:54  message privé !
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Equateur...placement ultravicelard en fin d'album ouais...Une vraie chanson neuneu-addictive qui colle encore et encore aux neurones pendant des jours, pire que Comic strip de Gainsbardot ou les tubes de Gotainer...

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