Vous êtes ici › Les groupes / artistesMMount Eerie › A Crow Looked At Me

Mount Eerie › A Crow Looked At Me

cd 1 • 11 titres • 43:00 min

  • 1Real Death02:27
  • 2Seaweed03:01
  • 3Ravens06:39
  • 4Forest Fire04:15
  • 5Swims04:07
  • 6My Chasm02:22
  • 7When I Take Out The Garbage At Night02:25
  • 8Emptiness pt. 203:28
  • 9Toothbrush/Trash03:52
  • 10Soria Moria06:33
  • 11Crow02:21

enregistrement

"Écrit et enregistré entre le 31 août et le 6 décembre 2016 dans la chambre où Geneviève est morte, en grande partie joué avec ses instruments, sa guitare, sa basse, son médiator, son ampli, son vieil accordéon familial, textes écrits sur son papier, en regardant par la fenêtre où elle regardait"

line up

Phil Elverum (tout)

remarques

Phil, à propos du titre : "J'aurais pu intituler le disque 'Death Is Real'. Évoquer cette mécanique froide du mal-être et de la perte, qui est aussi réelle qu'inévitable, aurait laissé, par sa brutalité, un sentiment de détachement et d'aliénation. Mais ce n'est pas de ça que je voulais me souvenir. Une corneille m'a effectivement jeté un regard. Comme un écho de Geneviève qui résonne encore, comme si l'amour et l'infini se rappelaient à nous en-deçà de tout anéantissement. Voilà pourquoi ce titre." (traduction personnelle, cf. le Bandcamp de l'intéressé)

chronique

Styles
ambient
folk
spoken word / lecture / poésie
Styles personnels
doom folk ?

Il y a des cancers qui frappent, dit-on, comme un éclair dans un ciel serein. Geneviève Castrée est emportée en quelques mois, à l’âge de 35 ans, par un cancer du pancréas. Le crowdfunding lancé pour payer les traitements, malgré son succès dans la communauté « indie », n’y fera rien. C’est donc un mari zombifié, père d’un enfant orphelin, qui compose ce disque, machinalement, pour occuper le temps obsessionnel du deuil. Un disque hanté par la maladie, l’annonce du mauvais pronostic, le cortège des aller-retour à l’hôpital, les espoirs déçus, la vie qui s’éteint dans des hurlements de douleur, le silence sous opiacés, puis définitif. Est-ce bien sérieux, après avoir enduré cela, de faire de la « folk », de « sortir un disque », de livrer cette expérience à un public sous la forme d’un produit musical ? C’est ce problème que pose A Crow Looked At Me dès ses premiers mots : « La mort c’est réel. Quelqu’un est là, puis n’est plus là. Rien qui puisse être chanté ou transformé en art ». Et pourtant, ce disque est là, précisément parce qu’il s’installe dans cette contradiction vitale : on ne peut pas en faire de l’art, mais il le faut bien. Alors : faire de la non-musique, de la musique-réalité, dans tout ce que ça peut avoir de cru et d’obscène. Une guitare, une voix, le silence, le vide. S’abstenir de tout effet « artistique », réduire le son à de l’émotion pure. Refuser de reproduire les oeuvres précédentes, congédier le maximalisme lo-fi de The Glow part. 2, transformer les ballades déprimées de Dawn en des non-morceaux qui traînent la patte et qui puent le cadavre. Textes simples, directs, sans poésie, sans postures, sans métaphores : le vécu du deuil, semaine après semaine, dans toute sa brutalité anecdotique. Chanter faux et chanter à peine, à demi-voix. Dire, sans rien intellectualiser, « les jours d’après », les regards dans le vide, l’ennui, la salle maintenant vide au deuxième étage, les souvenirs qui remontent ou qui ne remontent pas, les forêts qui brûlent, le refus de la nature et de son absurdité, le colis commandé qui arrive post-mortem, le cauchemar d’un enfant qui rêve d’un oiseau de malheur. « Fuck the world ». Un disque qui s’autopose comme problème, disais-je, et on ne peut que grincer des dents en le voyant couvert d’éloges et de commentaires, apparaître dans toute sorte de classements stupides, ou sous des intitulés attrape-nigauds (« le disque le plus triste du monde »). Toute l’unanimité et la communication qu’il génère semble témoigner contre son authenticité. Comme Phil le confiait, manifestement mal à l'aise, en interview : « C'est pas un peu merdique tout ça ? Je crie, ‘la mort, c'est réel’ et vous, vous applaudissez ». Il y a là sans doute un signe de l'imperfection de ce disque : si l’unanimité était suscitée par la musique, on parlerait plus de musique, et moins de l’histoire qui entoure le disque. Bien sûr que ce disque est poignant, terrible et beau — c’est un bon disque, peut-être même un excellent disque. Mais peu de chroniqueurs osent le critiquer (car, sans doute, ce serait faire à ce disque-épitaphe l’insulte de le prendre pour une oeuvre d’art comme les autres — on met alors une bonne note comme on distribue les condoléances). Il faut bien dire cependant qu’il est parfois juste mou et déprimant ; un peu inégal entre des chefs d’oeuvre comme « Ravens », de belles pièces comme « Real Death », « Forest Fire » ou « Soria Moria » et des titres plus anecdotiques ; qu’en outre, il ne remplit pas tout à fait son propre programme, celui de se singulariser absolument dans la discographie de Phil Elverum, de ne pas sonner comme d’autres de ses disques, et de s’affranchir des codes, des facilités, de l’esthétique « indie » — bref, de tout ce qui pourrait faire écran à l’émotion brute, à la singularité de ce qui a été vécu alors. Mais enfin, il serait absurde de demander la perfection ou la cohérence à une oeuvre qui se situe à la limite entre des enjeux de musique et des enjeux de vie. Accablant comme un Bohren joué à la guitare, désolé comme un Earth tardif, triste comme une plante en pot abandonnée : c’est la bande-son du deuil en 11 étapes, sans bla-bla, sans sophistication, sans majesté. Et c’est ce qui fait son étrange charme!

note       Publiée le lundi 14 décembre 2020

réseaux sociaux

dernières écoutes

  • Connectez-vous pour signaler que vous écoutez "A Crow Looked At Me" en ce moment.

tags

Connectez-vous pour ajouter un tag sur "A Crow Looked At Me".

notes

Note moyenne        1 vote

Connectez-vous ajouter une note sur "A Crow Looked At Me".

commentaires

Connectez-vous pour ajouter un commentaire sur "A Crow Looked At Me".