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Blackout › Dreamworld

face a • 5 titres • 20:26 min

  • 1Intro4:05
  • 2Smokin Treez4:00
  • 3Mission Of A Murda4:47
  • 4Kronik City3:28
  • 5No Witnesses4:06

face b • 5 titres • 20:34 min

  • 1Dim Da Lights5:12
  • 2Murda Mix4:06
  • 3Midnight Murda4:56
  • 4Syko Soundz2:16
  • 5Body Bagz4:04

enregistrement

Non renseigné

line up

Blackout (production, MC)

Musiciens additionnels : Lil E (MC), Playa Posse (MCs) (dont Lil E et Lil Coop)

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
horrorcore / memphis rap

Triple Six Mafia n'est que la face émergée de l'iceberg qu'est la scène rap de Memphis... Un style de hip-hop dont le particularisme se sera montré éphémère et n'aura pas (presque) résisté à l'avènement de ces maudites années 2000, mais dont l'influence souterraine sur le hip-hop est incalculable, de la trap music d'Atlanta aux revivals du Raider Klan et de Lil Ugly Mane, en passant par le cloud rap. En-dehors de ces gènes disséminés un peu partout, subsiste une véritable jungle de sorties, souvent sur cassette et traquées par les geeks en quête d'ambiances poisseuses. A partir de 1993-1994, toute une ville s'est mise à être obsédée par les slashers et Halloween, inondant le marché underground de tapes remplies de beats menaçants et ultra créatifs et de flows repoussant les limites de la vulgarité et de la violence. Nombre d'entre elles sont le fruit de seconds couteaux, parfois glaçants dans leur sincérité mais producteurs d'une musique indigente.

Ce n'est pas le cas de Blackout, producteur-rappeur et archétype de l'outsider ultime. Le genre de musicien qui serait sûrement considéré comme l'égal de DJ Paul, s'il avait disposé des mêmes structures et réuni des talents dans la même proportion … Au lieu de cela, on devra se contenter da la production d'une vingtaine de tapes inégales, et d'un unique projet « solo » digne de ce nom, ce Dreamworld initialement sorti sur cassette. Cette release, à classer dans les street tapes de courte durée (40 minutes), avait tout pour devenir sa carte de visite, tant il y montre l'étendue de ses talents. Elle s'apparente à un thriller glauque, plein de petites frappes magnétiques et de beats parfois venus d'un autre monde, parfois incroyablement visionnaires eu égard à leur année de sortie. Une release particulièrement structurée pour la scène de Memphis puisqu'elle s'assimile à une crescendo vers le sordide... Après une intro nocturne et inquiétante et l'inévitable morceau sur la weed, « Smoking Treez », étrange mais peu transcendante, l'étreinte n'est plus relâchée. Les morceaux rappés par les copains du Playa Posse et Blackout lui-même alternent avec de purs morceaux de DJ hip-hop typiques de Memphis, dans lesquels le producteur sample des bouts de lyrics d'autres morceaux pour en faire des collages hypnotiques. Un art dans lequel DJ Paul est passé maître, a priori conçus pour faire danser, mais qui se montrent cauchemardesques quand Blackout s'y colle, le producteur utilisant des répétitions de courts morceaux de phrase jusqu'à l'écoeurement... C'est le cas sur « Kronik City », et surtout sur l'ignoble « Murda Mix », à vomir de noirceur comme rarement dans le hip-hop. Entre temps, de l'espace a été laissé au Playa Posse, en particulier Lil E et Lil Coop, pas les plus fines gâchettes qu'on a pu croiser outre-Atlantique, mais qui ne font rien pour rassurer un auditeur déjà assailli par les beats, tant ils usent de lyrics dégueulasses et semblent rapper comme si leur vie en dépendait. Des flows parfois patauds et mal réglés rythmiquement, mais d'une efficacité certaine dans ce contexte : on finit par perdre de vue si cette saloperie de disque de rap est bien le fait d'une bande de potes qui s'amusent à faire peur, ou si l'on assiste réellement aux confessions de meurtriers... Dans un style grossier qui plus est, donc plutôt des cambrioleurs dépassés qui commettraient un massacre à l'arme blanche que des tueurs à gages efficaces et discrets. « No Witnesses » est déjà une boucherie, pourvue d'un beat démoniaque et hallucinant (personne à Memphis ne sample et déforme des vocaux dans des buts horrifiques comme Blackout), mais alors quand vient « Dim Da Lights » climax de la tape avec la déjà citée « Murda Mix »... Le genre de track au beat en avance de 20 ans, une boucle complexe et classieuse, surplombée par les flows de Blackout, Lil Coop et un Lil E d'un autre monde, ahurissant d'implication et de présence, dont le couplet bouffe la moitié du morceau comme un trou noir. Mazette, le niveau de venin de ces couplets... Un aperçu des paroles ? « Separate yo legs from yo body, make you ho throw up, then make her suck my dick before I put some holes in her guts ». Une façon particulière de s'amuser, vous en conviendrez.

La tension retombe sur les derniers morceaux, plus convenus, jusqu'à l'outro « Body Bagz », décontractée du slip parce qu'il n'y avait rien de personnel, finalement. A ce stade, l'auditeur aura de toute façon déjà contacté le centre anti-poison le plus proche... Dreamworld est l'une des tapes les plus consistantes, brillantes et uniques de cette scène rap de Memphis, un projet qui peut cliver de par sa radicalité mais qui laissera les amateurs de hip-hop et/ou de fictions glaçantes comme des junkies en manque, rien ne lui arrivant à la cheville dans le discographie d'aucun de ses protagonistes.

note       Publiée le mardi 1 décembre 2020

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dimegoat › mardi 1 décembre 2020 - 18:49  message privé !

Mission of a Murda m'avait bien traumatisé et c'est vrai que c'est bien extrême, dans le fond et la forme. Punaise, ces phrases scandées comme des mantra, jusqu'à l’écœurement, comme tu le dis bien. Les Cannibal Corpse du rap, peut-être ?