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OWUN › Cycle

téléchargement • 7 titres • 80:03 min

  • 1Brisure12:28
  • 2Juillet 927:40
  • 3L’âme courante11:53
  • 4Retrograde2:08
  • 5Cycle7:52
  • 6Esquive3:47
  • 7Recycle5:21

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enregistrement

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remarques

chronique

Owun existent depuis 1992/93, si j’ai bien compris. Owun ont été cinq, ont été deux ou trois, ont fait des pauses – sont désormais quatre. Enfin : sont quatre ici, pour ce que j’en ai saisi. Des Grenoblois – ou atterris là – il semble bien. Au vrai je ne sais pas grand-chose de plus : leurs noms, si on les retrouve dans d’autres groupes... J’ai chopé des bouts d’interviews ici et là, d'accord. Owun ont traversé les décennies, OK – 90, 2000, 2010 – sur scène et hors de scène, en studio. Ça s’entend – sans doute, bien sûr. A vrai dire on s’en fout un peu, de tout ça : états civils, relevé compulsif du parcours. C’est ailleurs que ça se passe – et que ça saute direct au sens, au colbac, que ça frappe et que ça sape ! Owun, sur ce Cycle, ne sonnent pas comme ils sonnaient sur Sillon (1998 ou 1996, selon les sources). Moins « noise et prog mais sans la technique », comme lu quelque part – moins noiserock joué par des mecs qui ne savent pas que si, ils savent jouer, j’aurais tendance à dire. Owun ont sans doute « vécu la musique » – ont dû naître à elle, grandir avec – en même temps que d’autres dont les noms ont continué de faire davantage écho dans nos parages (Deity Guns et Bästard, Heliogabale, Portobello Bones, Hint ou même Sister Iodine), certes. Mais Owun, entre temps, n’ont pas cherché – c’est comme ça que je l’entends en tout cas ici – à dupliquer non-plus les recettes (d’un relatif plus grand succès) de ces pairs. Owun ne sonnent pas non-plus sur Cycle comme sur 2.5 – l’album précédent, qui m’était tombé entre les mains par le hasard pondéré des connexions et relations, alors qu’avant je n’avais encore jamais entendu parler du groupe, de ces pourtant presque voisins (Grenoble-Lyon, ça se torche vite fait, même sans les payages…).

Cycle, donc : le bien nommé, parce que tout en orbites, en boucles sales, parasitées, oxydées – en ellipses voilées qui font voler les particules abrasives (comme cette espèce de rouille industrielle sur la pochette, de peinture portuaire attaquée, rongée/rongeuse). Des tournes toxiques qui chopent à la tête et font tanguer – en rotations qui s’élargissent parce que le crâne, donc, est alourdi. Des textures brumeuses, gazeuses, et des surfaces solides – du rythme claquant sec, chocs précis métal-métal. Des dissonances glissées, glissantes, dérapantes – comme si les pièces de l’assemblage, de la construction, sans perdre en synchronie, s’étaient à force subtilement faussées, déviant les trajectoires. L’électronique, là-dedans, dégueulasse ou fait jaillir une bizarre beauté dans la nudité des structures – des couleurs aux interstices ou sur les aplats, ou qui changent dans les matières mêmes, modifient la substance pendant que vice-versa. La voix – traitée ; légèrement ou ostensiblement – nous commente la visite en termes sibyllins et rares, économes – au sens de quoi, j’admets, j’ai du mal à prêter vraiment l’oreille, tant le son m’absorbe, m’avale, chaque fois. Rien de très joyeux sans doute. Rien de geignard pourtant, de plaintif. Il survient même de ces instants où quelque chose – pression, tension, mâchoires du ciel obscur et du sol imbibé, empoisonné – semble se relâcher, s’ouvrir. (La transition magnifique L’âme courante/Rétrogade/Cycle). Rien ne se joue bêtement sur un schéma binaire, attendu – pas de montée/explosion/retombée/amorce de la même succession avec d’autres accords. C’est bien plus fin que ça. C’est bien plus fort, aussi – parce que plages sans rythmes ou concassages acharnés de ceux-là, la consistance ne se délite pas, ne se dilue jamais dans l’interlude, les morceaux seulement là pour « aérer ». Cycle sait où il va – et nous y emmène sans nous l’expliciter. Owun – après autant de temps ou tout court ; qui sait, et encore une fois ça n’est pas vraiment la question – ont apparemment autre chose à foutre que d’articuler une musique qui ne serait qu’un commentaire d’elle-même (ou d’eux, les membres du truc), qui chercherait à s’insérer dans telle ou telle mouvance, faire du (x, y, ceci-cela) ou de la (etc.). Je n’ai pas l’impression du tout, non-plus, d’écouter « du concept » – d’une musique qui chercherait à illustrer ça, s’en servirait comme d’un manuel.

Non… Cycle, à mon oreille, sonne comme un moment singulier. Owun, comme un groupe de types qui le travaillerait, ce moment – ce bout d’eux, de leur idée, machin, musique, matière encore une fois (ou matières) – en toute conscience autant qu’instinctivement, en trouveraient les proportions et les reliefs, en ignorant sciemment ce qui ferait trop facile « étalon », les modèles d’une supposée perfection qui en rognerait les bords (alors qu’il est si beau d’en sentir la morsure, la trace non-ébarbée qu’ils écorchent à même l’écoute). Cycle me donne envie de danser, de retourner aux concerts (quand ça existera, à nouveau), de continuer à laisser marcher, courir, s’emballer ou bloquer ma tête, mes flux. Sans me demander – parce que ça, c’est une autre cuisine – si l’ouvrage, si tout ouvrage est autre chose qu’un montage d’expérience, de vécus, de procédés, de fantasmes, envies, frustrations, histoires qu’on rapporte et répète et varie parce que ça les fait vivre et continuer de grandir au-delà de l’instant de l’anecdote. Cycle – comme tout ouvrage qui n’est pas seulement son mode d’emploi mis en branle, j’insiste – est entier avec et en dehors de ça. Miroir ou pas, ou route – Cycle tourne trop vite, trop juste (selon son diapason – non-affiché) pour s’enliser dans ces métaphores-ci ou d’autres. Ce qui fait qu’on se sera pas à quel degré – d’ironie, d’humour, d’énigme ou d’indice ajouté – il faudrait lire ce titre, au bout de la liste : Recycle. … Drôle d’usine, oui. (Fabrique, centrale, relai, station…). Et puis allez « il faudrait », pourquoi, après tout, s’en retourner à cet impératif – alors qu’à cliquer « PLAY » (ou LECTURE, ou l’icône flèche sans mot de plus, ça dépend sur, sous quoi vous… tournez) – c’est tout de même autre chose qu’un vain exercice, qui se met à jaillir des membranes ?

note       Publiée le lundi 2 novembre 2020

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