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Prince › Sign "O" the Times

cd1 • 9 titres • 40:25 min

  • 1Sign « O » the Times5:02
  • 2Play in the Sunshine5:05
  • 3Housequake4:38
  • 4The Ballad of Dorothy Parker4:04
  • 5It5:10
  • 6Starfish and Coffee2:51
  • 7Slow Love4:18
  • 8Hot Thing5:39
  • 9Forever in my Life3:38

cd2 • 7 titres • 39:51 min

  • 1U Got the Look3:58
  • 2If I Was Your Girlfriend4:54
  • 3Strange Relationship4:04
  • 4I Could Never Take the Place of Your Man6:31
  • 5The Cross4:46
  • 6It’s Gonna Be a Beautiful Night8:59
  • 7Adore6:29

enregistrement

Enregistré et mixé aux studios Paisley Park, Sunset Sound et Dierks Studio Mobile Trucks par Susan Rogers, Coke Johnson et Prince. Produit par Prince.

line up

Prince (composition, arrangements, chant, instruments, paroles), Eric Leeds (saxophone ; musique sur It’s Gonna Be a Beautiful Night), Atlanta Bliss (trompette)

Musiciens additionnels : Lisa Coleman (chœurs sur Slow Love, sitar et flûte sur Strange Relationship), Sheila E. (batterie et percussios sur U Got the Look, percussions et rap sur It’s Gonna Be a Beautiful Night), Wendy Melvoin (guitare et chœurs sur Slow Love, tambourin et congas sur Strange Relationship), Susannah (chœurs sur Play in the Sunshine, paroles et chœurs Starfish and Coffee, voix lead sur It’s Gonna Be a Beautiful Night), Clare Fischer (arrangements de cordes sur Slow Love), Carole Davis (paroles sur Slow Love), Camille (voix sur U Got the Look It’s Gonna Be a Beautiful Night), Sheena Easton (voix sur U Got the Look), Mico Weaver (guitare lead sur It’s Gonna Be a Beautiful Night), Dr. Fink (musique sur It’s Gonna Be a Beautiful Night), Greg Brooks (chœurs sur It’s Gonna Be a Beautiful Night), Jerome Benton (chœurs sur It’s Gonna Be a Beautiful Night), Wally Safford (chœurs sur It’s Gonna Be a Beautiful Night), Jill Jones (voix lead sur It’s Gonna Be a Beautiful Night)

remarques

Le titre est orthographié Sign "☮" The Times sur la tranche du disque. Parfois aussi donné comme Sign O' the Times.

chronique

Ce qui différencie Prince de tout le reste, des autres… Je pourrais dire : ce foutu, insolent talent – d’écriture, de jeu. Je pourrais pousser jusqu’à l’hyperbole : crier au Génie. Il en avait. Y’en a aussi. Mais voilà : il y a autre chose. Tout à fait évident, à l’écoute, parlant – naturel, frappant. Mais difficile, impossible à cerner, à réduire – pour la multiplicité des formes que ça prend, par tout ce que ça déploie et articule d’intelligence et d’impulsion. Cette espèce de mélange si rare parce que justement, il ne sonne pas comme un dosage, un cocktail trop équilibré, un concordat calculé. Non… Ce qu’il y a, aussi, chez Prince, c’est qu’il est HUMAIN. C’est que c’est du RÉEL. Qu’on m’entende bien... : oui, Prince, sa musique, c’est à l’occasion – c’est à dire à toutes les innombrables occasions qu’il attrape, à bras le corps – hautement, follement fantasmatique, en dimension polymorphique ! Et oui : jouée ou complètement sincère, la mégalo (la flamboyance extrême, le désir d’éblouir – derrière tous les instruments ou presque, dans l’architecture acrobatique, labyrinthique des disques, aux tournures du verbe crânement claqué ou coulé comme les soies…) fait partie du truc, de l’art du type, et de son personnage autant que de sa musique. Mais précisément : poussée si loin, lisible a tant de niveaux que ça n’en devient plus du tout "un truc". Que ça concrétise tout autre chose. Que cette chose, je répète, est une sorte particulière de RÉEL. Toute une... Dimension – une vie révélée, l’aspiration à ce qu’elle devienne pleine, cette existence, émerge, entière.

Ce qui sépare Prince de Michael Jackson, "par exemple" (pas pris au hasard, évidemment ; mais ensuite n’en parlons plus), ce qui en fait en un sens le parfait inverse, ce n’est seulement cette polyvalence derrière tous les instruments ou presque, cette maîtrise de toutes les phases de l’écriture, de la réalisation de ses chansons, de ses idées, de ses disques… C’est qu’avec ça – cette parfaite connaissance de tous les aspects de sa chose – la musique de Prince, même quand elle s’incarne en funk sur-efficace, machine à danser, ne sombre jamais dans l’Industrie – la perfection sans âme. Elle n’est pas – au contraire de celle de l’autre sur Thriller ou sur Bad – "une proposition que vous ne pouvez refuser". Prince, ça peut CHOQUER par son esthétique maximaliste, du sans-limite (et surtout pas celle d'un supposé bon goût). Ça PEUT se refuser – rebuter par ce parti-pris d’une "universalité non-verrouillée", l'amour des singularités, des liens parfois fugaces, parfois accidentels, qui tient "tout ça" ensemble... A vrai dire – et particulièrement ici – Prince est à mon sens l’un des rares "descendants", et en tout cas un avatar unique, de toute une lignée, toute une croisée, un foisonnement de courants des musiques américaines, qu’on aurait pu croire éteints, balayés, au sortir des années soixante-dix – musiques noires, oui ! Mais… Pas uniquement. Encore une fois : avec cette conscience qu’un séparatisme de forme, quelque-soit le propos, n'était plus pertinent, déjà, à ce stade des choses, aux époques où lesdits artistes créaient, œuvraient. Et que rien n'allait se perdre du "combat", pourtant, à ouvrir l'écriture, multiplier les langages, fusionner les traits de formes aux origines de toute façon disparates. Prince – je l’ai toujours entendu comme ça, en tout cas, pour ma part, depuis que j’ai rencontré sa musique – c’est l’étape suivante de Parliament/Funkadelic, de toutes les phases du collectif Clinton & Co. : le psychédélisme super-intense, ultra-dense et débordant des débuts ; le funk hydraulique d’ensuite ; l’humour et le sexe dans tout ça, qui propulsent aux cieux autant qu’ils ancrent. Prince, c’est aussi ce que le funk, un peu partout ailleurs, avait après ceux-là largement échoué à devenir, en se perfectionnant en genre, en imparable machinerie (décidément) ; c’est la finesse jazz des Ohio Players qui ne s’enclot pas dans la pose huile-de-massage-menottes-et-ronce-de-noyer ; c’est l’exubérance de Johnny Guitar Watson qui ne se fige pas dans son rôle de Pimp d’abord soul-blues puis tourné disco selon l’air ambiant ; c’est Rick James qui reste sincère et debout, n’abîme, n'anéantit pas son immense ambition dans la coke et les affaires de mœurs sordides. Non… Prince, sa musique, pour moi, ont toujours continué, je le répète, tout ça – mais surtout, ont parfaitement RÉALISÉ tout ça. Et Sign "O" The Time, non-seulement y parvient complètement mais en plus : pousse plus loin. Décloisonne. Bouffe de tout – de la pop à synthés, du rock psyché, donc, du funk bien évidemment. Et transforme tout – parfaitement dans le son de son époque ET parfaitement exempt de tout suivisme éphémère. Prince ASSUME TOUT. Qui d’autre ouvrirait un tel disque – ou n’importe quel disque – par une telle ligne, sur un tel ostinato de basse, à la fois immédiatement imprimé dans la mémoire et si étrangement foutu. ("In France a skinny man died of a Big Disease with a little name/By chance her girlfriend came across a needle and she did the same". Les seringues et le SIDA d'entrée de jeu… Ambiance). Qui d’autre, après une telle ouverture – tranchante dans les mots, dans le dur-de-l’existence sur quoi ils passent leur faisceau – enchaînerait par Play in the Sunshine, manifeste d’aspiration à la vie heureuse, libre, libérée des addictions, à une vie… D’amour, sans pour autant que ça sonne le moins du monde utopie hippie, déconnecté du fil des jours, de l’époque froide et grise (et qu’au contraire, se détachant sur ce fond morne, ça sonne VRAI – et désirable) ? Qui d'autre balancerait au détour d'un bout d'électro-funk (façon Black Album) du jazz-rock à la Zappa période One Size Fits All ou pas loin sur la forme – sans gommer la brillance, la fluidité complexe du jeu ; en escamotant toute ironie, sans que pourtant, quoi qu'on y reconnaisse, rien n'y vienne à manquer (la fin de Play in the Sunshine, encore – avant que ça ne tourne, sur les ultimes mesures, en une sorte de matrice de la "nu soul" des années 90, des secteurs où celle-là et le hip-hop le plus dénué d’œillères iront alors frayer) ? Qui, hors Prince, dans ces musiques là – pas souterraines, pas niche, pas destiné à combler le "kink" de telle ou telle secte d’adorateurs cantonnés dans deux-trois caves – oserait If I Was Your Gilfriend, tellement au-delà du simple fantasme d’androgynie, de jeu d’échange de rôles à quoi pourrait faire croire le titre ; tellement intimement touchant dans ce que ça livre, avoue, demande ? Qui d'autre oserait It’s Gonna Be a Beautiful Night – capté en concert, et qui ranime les BONS esprits de Sly and the Family Stone sans les empoisser dans un passé glorieux mais mort, un "revival", sans que le rap (forcément bien "old school") de Sheila Escovedo, là-dessus, ne désamorce quoi que ce soit, aussi, la chose écoutée plus de trente ans après ? … Tout attrape et demeure, sur ce disque. La légèreté autant que les accès de pessimisme visionnaire ; l’exaltation charnelle comme les "flashs spirituels" – et il en fallait, pour qu’un truc si messianique au premier degrés que The Cross me touche à ce point. Mais c’est que The Cross est magnifique – sa limpidité, son épaisseur, sa guitare et son espèce de sitar… Sa foi tellement incarnée, tellement pas curée, tellement solide et pieds-sur-terre, son désire énorme d’une paix qui n’anesthésierait rien – et oui, je sais : Prince était témoin de Jéhovah… Je dois dire que là, je m’en fous bien, athée ou pas, outre-agnostique ou ce qu’on voudra – comme je me fous de savoir si à ce moment-là il l’était ou pas, lui, converti. Peu importe : par ce que The Cross est BELLE, et qu’elle ouvre chaque fois ce puits de chaleur sensible sans jamais, JAMAIS me pousser à quelque culte. Lui l’utilise comme il veut – l’image, la métaphore. Je ne doute pas qu’il y croit. Je ne doute de rien de ce qui est dit, joué, sur ce disque – finesses, subtilités incluses, doubles-sens possibles. Je sais que Prince, oui, c’est connu, est Camille – et que rôle, alter ego ou pas, ça n’a rien d’une simple défroque, d’une couverture. Je crois que Prince nous dit qu’il pourrait être n’importe lequel, laquelle d’entre elles, eux, nous, dans tout ce qui se raconte là : le couple annihilé du début, de l’entame du morceau-titre, dans son insoutenable banalité ; la blonde et drôle et entreprenante Dorothy Parker – et là encore, qu’elle est touchante, cette chanson, là où elle pourrait n’être qu’une tranche de grivoiserie ; n’importe lequel des morts ordinaires ou des partenaires de l’orgie, à l’un ou l’autre des moments, des instants des frasques ou des malheurs ; n’importe lequel de ceux, de celles qui auront vécu, qui vivent, qui vivront, dans le bout de monde, d’espace-temps qu’est ce disque – et autour, et bien au-delà, et connecté ou même peut-être encontre.

Sign "O" the Times, en fait – sous ce titre de prophétie – est un disque encore vivant. Il est l’un de ces rares, disais-je, qui, reprenant les choses où d’autres, tout aussi rares, avaient abouti, à un moment de leur parcours. Et je le répète : sans rien copier, sans faire chapelle, sans singer une parole reprise. C’est l’un de ces ouvrages parfaitement autonomes et plein de liaisons internes/externes, d’ouvertures vers des mondes tout aussi autonomes et percés de passages – celui-là, ceux-ci, uniques, indépendants PARCE QUE nourris de mille substances, forés de mille couloirs, traverses, coursives et scènes sculptées. Et cette voix, à la fin (sur Adore), qui chante comme Aretha Franklin… Et qui s’adresse à nous plutôt qu’à quelque divinité. Ou bien peut-être que si. Ou bien à la femme de sa vie – ou peut-être à son "crush" d’alors. C’est tout un… "I’ll give U my heart/I’ll give U my mind/I’ll give U my time"… Combien peuvent faire ce serment sans que ce soit un mensonge ? Combien, concluant et précisant – "4 all the time I am with U/U are with me" – ne désamorcent ainsi rien… Ne ramènent rien à cette part de l’évidence qui ne serait qu’une question de convenance ?

note       Publiée le dimanche 18 octobre 2020

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Note moyenne        8 votes

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Aladdin_Sane › dimanche 8 novembre 2020 - 19:38  message privé !

Quel album ! Un disque Monde que l'on peut rapprocher peut-être du "Something/Anything" de Todd Rundgren qui date de la décennie précédente. Et quand on découvre, au travers de l'édition super deluxe qui vient de sortir, tout ce qu'il a pu sortir à l'époque, on croit rêver...

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Dioneo › samedi 24 octobre 2020 - 18:33  message privé !
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Ouep, il en "ramène" quelque chose, du Black Album - sur des trucs comme Housequake - mais en effet, je trouve qu'il "fond" bien ça dans une euh, esthétique d'ensemble moins "radicaliste fonk".

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vigilante › samedi 24 octobre 2020 - 18:29  message privé !

Entièrement d'accord, c'est justement le génie de Prince d'avoir réussi à explorer ces directions sans forcément se sentir obligé de les synthétiser. Et puis il est nettement moins brut de fonderie que le Black Album, qui lui peut être considéré comme un durcissement de son approche Funk, donc un outsider dans cette disco foisonnante. Il est cohérent. Mes pref: Hot Thing et If I was your Girlfriend, avec leur feeling vicelard. Le Prince que j'aime, prêt à dégainer. Le Rude Boy pas encore assagi.

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Dioneo › samedi 24 octobre 2020 - 17:21  message privé !
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Ben question de perception, je le trouve spécialement pas "froid", moi ! Comme je dis dans la chro, je trouve même que c'est un de ceux où on sent le plus l'humanité du gars - au-delà du côté "prodige" du musicien. Les paroles oui (Sign, The Cross, Dorothy...) mais aussi cette "mobilité", cette fluidité entre tous les styles, les genres musicaux - cette propension à ne pas choisir "un style pour un style" mais à composer la chanson en fonction de ce qu'elle a à dire. Après je comprends qu'on puisse être "bloqué" par la prod - qui es très nette, dans l'ensemble, en quelque sorte "pas rock", et même pas seulement, loin de là, parfois pas "classiquement funk", aussi, mais bon... Pour ma part ça ne me rebute pas, et je la trouve chaleureuse. (Et j'aime bien, perso "l’ambiguïté émotionnelle" du truc parfois - les détails d'arrière-plan sinistres dans des trucs à priori très sunshine, la lumière bizarrement filtrée. Ça fait partie de la richesse du truc - du gars, de l'album, quoi).

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GrahamBondSwing › samedi 24 octobre 2020 - 15:52  message privé !

Si je voulais troller, je dirai que c'est l'album laidback d'un Prince un peu dépressif... Plus sérieusement, je l'avais trouvé assez froid (à cause des arrangements principalement) et c'est encore l'impression qu'il me donne à la réécoute. A sa sortie, je n'ai aucun souvenirs (mais j'étais gosse) et quelques années plus tard, j'avais cet album dans ma wantlist car j'avais fait un petit classement perso à partir d'un numéro anniversaire de Rock&Folk (pour les 25 ans du mag, en 1991 donc) dans lequel des rock-critiques historiques du mag avaient chacun donné leur 10 albums pour l'île déserte et Sign'O arrivait dans les deux premiers (l'autre étant London Calling). Et donc, le coup classique : un peu déçu à la première écoute... et peu écouté en fin de compte, même si je m'aperçois que je le connais assez bien : "Sign" (un petite révélation à partir du moment où je me suis intéressé aux paroles), "Dorothy Parker" (ma préférée initialement), "It", "Slow Love", "I could" (mélodie un peu simpliste), ils fonctionnent assez bien mais il y a souvent un élément qui me fait tiquer comme par exemple ce backing track sinistre sur "Forever in my life" (alors que le chant de Prince est parfait, c'est peut-être le point fort de l'album : sa voix), des morceaux comme "Housequake" trop décalé par rapport au reste. "The Cross", je l'avais oublié injustement, par contre : assez originale (même pour du Prince) avec ce son de guitare très sale à un moment... Sinon, c'est plutôt le Prince des 6 albums précédents que je préfère. Bref, je vais lui mettre un 4 seulement.

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