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Fille Qui Mousse › Se taire pour une femme trop belle

cd • 11 titres • 35:18 min

  • 1Barbara Lowengreen Speedway5:46
  • 2Mirroir Nageant dans le Lac du Bois de Boulogne0:57
  • 3Princesse Nuage2:00
  • 4Amour-Gel2:28
  • 5Derrière le Paravent5:44
  • 6Bubble-Gun à Jacqueline Prothèse1:26
  • 7Tibohra/Parissalla1:06
  • 8Magic-Bag1:04
  • 93:06
  • 10Gibet-Jasmine Ordination3:07
  • 11Annal-Mandrake-Cool Non Imperial News8:30

enregistrement

Enregistré le 8 juillet 1971 au studio Europasonor (Charcot, Paris). Montage et transfert digital : Christophe Henault (Art & Son Studio, Paris). Produit par Gérard Terronès.

line up

Henri-Jean Enu (composition, direction : vielle hamfit sur 10 (?)), François Guildon (guitare solo sur 1, 11), Daniel Hoffmann (guitare sur 1, 11), Jean-Pierre Lentin (basse sur 1, 11), Dominique Lentin (percussions sur 1, 3, 8, 11), Léo Sab (violon sur 1, 11), Denis Gheerbrandt (composition sur 2, 5, 6, 7, 8 ; « Le Temps » sur 2, 6, 7, 8 ; voix sur 5), Benjamin Legrand (composition sur 2, 5, 6 , 7, 8; piano sur 2, 6, 7 ; instants sonores sur 4 ; voix sur 5 ; montage sonore sur 8), Barbara Lowengreen (composition sur 3 et 4, voix sur 4), Sylvie Peristeris (composition et « Le Temps » sur 5)

remarques

Cet album – qui devait sortir dans la foulée de son enregistrement (juillet 1971), sur le label Futura, de Gérard Terronès – s’est vue à l’époque différée par des aléas de production, pressé à quelques exemplaires (une dizaine) deux ans plus tard puis « privé » d’édition officielle pendant plus de vingt ans, jusqu’à sa sortie par le label Spalax, en 1998. Dans l’intervalle, de nombreuses versions « bootleg » sont apparues, avec des variations dans l’ordre des morceaux, leurs titres, et même celui du disque, qui a longtemps circulé sous le nom de Trixie Stapleton 291, en référence à la présence du groupe/collectif dans la fameuse « Nurse Wit Wound List » – liste de musiciens « fournie » sans commentaires avec les deux premiers disques du groupe Nurse with Wound, composé alors de Steven Stapleton, John Fothergill et Heman Pathak (Chance Meeting on a Dissecting Table of a Sewing Machine and an Umbrella, 1979 ; et To the Quiet Men from a Tiny Girl, 1980). L’édition ici chroniquée est la réédition CD (digipack) Futura de 2010.

chronique

Certes : cet album, unique ouvrage enregistré en un jour du groupe, du collectif, doit beaucoup de sa notoriété à la présence de ce curieux nom – Fille Qui Mousse – parmi la myriade d’autres curieux noms dans « la fameuse NWW List » (NWW pour Nurse With Wound donc – on se reportera aux « remarques » pour plus de précisions sur ladite liste ; on pourra également se pencher sur les chroniques de NWW sur le présent site, pour une histoire parcellaire et subjective dudit groupe, à ce jour rapportée par les collègues Progmonster et Wotzenknecht). « Notoriété »… C’est tout relatif, d’ailleurs. Fille Qui Mousse (comme Nurse With Wound soi-même ?), c’est un nom régulièrement cité, d’accord – mais toujours dans un cercle finalement assez restreint de musiciens, bidouilleurs, curieux, adeptes aux yeux (et aux oreilles) du « reste du monde » de paraphilies musicales jugées un peu spéciales, spécialisées… Pour ma part, c’est par Sonic Youth et non via Stapleton et compagnie, que j’ai lu ce nom pour la première fois. Un des Newyorkais devait le citer, il me semble, dans un dossier du magazine Vibrations, sur un certain underground musical français des années soixante-dix, son rayonnement souterrain mais mondial, dans les décennies qui avaient suivi – il était également question dans l’article, si j’ai bonne mémoire, de gens comme Heldon, Lard Free ou Red Noise. Il s’était d’ailleurs écoulé bien des années, ensuite, avant que j’ai pu mettre l’oreille, la main sur le disque – enfin officiellement édité, trente-neuf ans après son enregistrement, par le label qui devait le sortir initialement (le Futura du libertaire Terronès).

Bien. Et qu’en est-il, alors ?

Eh bien : c’est en effet un bien étrange objet. Deux longs morceaux d’une espèce de krautrock qui digresse sur une rythmique obsessive (ici nommés Barbara Lowengreen Speedway et Annal-Mandrake-Cool Non Imperial News ; la guitare et le violon y tenant respectivement les rôles de solistes infinis mais pas démonstratifs, pas frimeurs), au début et à la fin ; et entre eux des… Fragments. Des plages qui ressemblent à des improvisations saisies sur le vif – souvent bien courtes. Un son brut de magnéto, de bandes. Des bourdonnements. Des bruitages, cris de chiens et autres, avec au-devant une voix (de femme) qui lit ou récite, d’un ton juvénile et désaffecté, un texte qui semble relever de l’écriture automatique. Des amorces de rythmiques par-dessus quoi une voix (d’homme) chante-parle d’un air absent et extatique de brefs mantras de défonce. (Passages qui me font penser à d’autres « sketches » – les espèces d’interludes, intégrés parfois au corps des morceaux, sur le Brouette des Tétines Noires…). Une atmosphère que je trouve toujours brumeuse, fraîche ou froide, pluvieuse – mais pas d’un froid qui mordrait, rien de gothique, d’outrancièrement noir. Un lieu sonore, plutôt, qui serait l’équivalent d’un jardin parisien – ou de toute autre grande, moyenne, petite ville – que le sus-cité brouillard envelopperait d’une proximité, d’une intimité, d’un isolement temporaire ; qui le déguiserait fugacement, le temps de la session, en coin de campagne humide mais calme, propice à ce que cette poignée d’artistes, artisans, copains-copines, se retrouvent pour poser, esquisser sons, idées… Paroles, moments, formes comme ça, sans objectif sans doute de vente, de provocation, de discours trop lisible peut-être – sans affectation de « mystère » cependant, du moins je n’ai jamais eu cette impression-là.

Et petit à petit je m’y suis senti bien, moi aussi, de plus en plus. Dans son gris, son flou, au fil de ses coq-à-l’âne. (Coqs-aux-ânes ? Ça fait un peu coq au vin bidouillé avant-garde ou plat sorti d’une scène de banquet du Satyricon… Bon, puis j’ai cessé de manger de ces chairs-là, entre-temps – alors que non, je n’ai jamais arrêté d’écouter de temps en temps ce disque. Alors…). J’y entends une mélancolie amicale, maintenant – qui plane, émane par-dessus ce qu’on pourrait prendre d’abord comme une espèce de dépouillement conceptuel. Une sorte de tristesse souriante – et que le sourire (doux, léger, discret) éparpille, dissipe par instants. J’ai fini par bien aimer Amour-Gel, même – la plage de spoken-word/hörspiel surréaliste avec chiens – qui m’horripilait quelque peu, au début. J’ai toujours l’impression que dans tout ce disparate, ça n’a rien d’un hasard, d’un simple accident de montage, si les deux plages de début/fin donnent à ce « tout » bizarre une allure de cycle à l’orbite pas droite, de circuit dérivatif mais qui sait toujours où rentrer. Mais qui sait comment faire pour « qu’on » ne l’y ait pas suivi – « on » : tel ou tel éminence du flicage culturel, venu là pour sanctionner ou décerner, tel ou tel initiateur de courant, de nouveau genre… Quelques archivistes, donc, sûrement - et merde, ça doit vouloir dire que j’en suis ! Mais des « amicaux », encore, et/ou des sibyllins – dont la voix, en lâchant le mot, le nom, le morceau, n’aura jamais l’air de dire plus qu’une espèce de « ah et sinon, au fait… mais c’est vous qui voyez ». Sans racolage, j’entends, sans malignité, sans vouloir faire promo – parce qu’on ne peut guère en parler qu’en ayant bien conscience que pour beaucoup, ce ne sera, à jamais, qu’une étrangeté de plus dans l’histoire des contingences et discontinuités, des essais sans lendemains et continuum sonores, musicaux, des choses faites par des gens.

Se taire, alors. D’accord. Et écouter. Trente-cinq minutes encore, après X années.

note       Publiée le jeudi 1 octobre 2020

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Dioneo › jeudi 1 octobre 2020 - 19:02  message privé !
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Oui, ça peut prendre pas mal de reviens-y... Comme je disais, pour ma part, ce disque et moi on s'est longtemps croisé/tourné dans les mêmes parages, fréquentés sans tout de suite devenir potes, même pendant des années, en fait. Maintenant on a nos jours, nos climats - et celui d'aujourd'hui, c'était tout à fait le bon.

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Twilight › jeudi 1 octobre 2020 - 18:55  message privé !
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Sacré bidule, je ne connaissais pas...Il y a des passages assez fous mais l'ensemble manque un peu de cohérence (contrairement aux Tétines Noires)...Je sens que je vais devoir y revenir plusieurs fois pour me faire une idée précise mais je colle 4 boules pour l'audace...

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Dioneo › jeudi 1 octobre 2020 - 18:31  message privé !
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Ah oui, Red Noise... Je voulais mettre Sarcelle-Lochères en reco, puis j'ai zappé. C'est fait, merci du rappelle involontaire.

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Coltranophile › jeudi 1 octobre 2020 - 18:28  message privé !

Pas écouté ça depuis des lustres. J'avais eu la chance de discuter quelques fois avec Terronès dans des festivals qu'il continuait à arpenter, malgré l'âge et la maladie, avec une assiduité étonnante. J'ai un vague souvenir qu'il n'avait pas vraiment grand chose à raconter sur ces disques "en marge": Barricade, Red Noise, La Horde Catalytique pour la Fin. Pourtant, je pense qu'il a eu un rôle non négligeable dans l'effacement des frontières entre les genres. Thollot ou "La Guêpe" de Vitet, ça échappe à quelque classification que ce soit. Mais surtout ça échappe à l'oreille à chaque fois. Des musiques après lesquels on court. Fin de l'aparté.

Dioneo › jeudi 1 octobre 2020 - 16:22  message privé !
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Ça nous rajeunit pas tant que ça, oui... (Et pareil pour la note, j'ai hésité - mais je reste à 4 sans convier Walter, cette fois. Puis bon... les notes, c'est toujours pas le tout, en tout cas vu d'ici).

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