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DJ Screw › 3 'N The Mornin' (Part Two)

cd • 14 titres • 59:15 min

  • 1E.S.G. - Watch Yo Screw1:56
  • 2E.S.G. - Sailin Da South3:24
  • 3Botany Boys - Smokin' And Leanin'6:36
  • 4Al D - No Way Out6:10
  • 5Mack 10- Foe Life1:54
  • 620-2-Life - Servin A Duce5:24
  • 7Big Moe - Sippin Codine1:17
  • 8.380 - Elbows Swangin4:51
  • 9Point Blank & PSK-13 - High With The Blanksta6:11
  • 10E.S.G. - G Ride4:07
  • 11Al D - Why You Hatin Me2:55
  • 12Botany Boys - Cloverland4:16
  • 13Lil' Keke - Pimp Tha Pen3:13
  • 14Mass 187 - South Side7:03

enregistrement

Enregistré au studio Samplified Digital à Houston

line up

DJ Screw (mix, chopping & screwing)

remarques

Il s'agit de la version originale du mix, surnommée "blue version". Il existe également une version "remixée" de 3 'N The Mornin' Part 2, surnommée "red version", une version alternative du mix chroniqué ici, avec seulement une partie de sa tracklist en commun...

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
chopped & screwed

Trois heures du matin, deuxième partie. Ce deuxième mix de DJ Screw sorti en CD en 1995 est principalement composé de remixes de morceaux de la scène de Houston, ce qui laisse à voir l'incroyable capacité du DJ texan à transformer la merde en or... Le dirty south versant Houston de l'époque n'a en effet rien de recommandable, entre beats cheaps et mélodies douteuses. Je ne me risquerais pas à contester son influence sur l'histoire du hip-hop, mais cette musique sonne absolument dépassée 25 ans plus tard.

Ce qui n'est pas le cas une seconde en ce qui concerne 3 N The Mornin' Part 2, qui semble disposer de tout ce qui manquait au volume 1. Il se montre tout aussi chatoyant en matière de sons mélangés et hallucinogènes, mais la sélection y est plus mélancolique, moins fanfaronne ; il y a fort à parier que DJ Screw y a inclus des morceaux pour lesquels il avait bien plus d'affect, ayant été produits par des collègues et amis. Après une courte intro, le mix commence par un tube chopped & screwed, si une telle abomination est seulement possible : le « Sailin' the South » d'ESG, inécoutable à la base, incroyable de groove rampant une fois ralentie et triturée. Après la perturbante invitation à se défoncer la gueule de « Smokin' and Leanin' », se succèdent deux morceaux qui n'en font qu'un : « No way out » et « Foe life », mélangées jusqu'à être indiscernables et parcourues par une sirène proto-vaporwave aussi psychoactive que mélancolique, comme un rêve d'ailleurs au milieu de tout ce marasme toxique. Il s'agit du premier cœur du mix, qui ne se limitera pas, comme son prédécesseur, à alimenter la confusion de l'auditeur, puisque se multiplient alors les perles déprimantes. « Servin' a Deuce », à l'origine simple hagiographie de la vie de dealer, semble détournée de son but originel et n'évoquer que tristesse et ennui. « High with the blanksta » pue quant à elle l'abandon coupable d'une réalité trop cruelle au profit des paradis artificiels, construite entre couplets agressifs et glaçants et refrain à la dérive. Il s'agit d'un exemple parfait de morceau « corrigé » par DJ Screw, son traitement chopped & screwed transformant un (pour le coup) sympathique morceau de rap sudiste en drame poignant. Et que dire de « Why you hatin' me » ? Il ne reste alors plus que l'agressivité, le réflexe pavlovien de violence pour faire face au désespoir, tandis que Robert Earl Davis Jr. Applique à l'instru un traitement jouissif, quasi-dub. Le tout succédant brutalement à la fausse accalmie G-Ride, comme un immédiat retour à la réalité. Après cela, le mix se montrera plus détendu, mais toujours inquiet, comme si après de telles mauvaises rencontres, l'auditeur ne pouvait s'empêcher de regarder derrière son épaule... Jusqu'à l'incroyable « Southside », qui voit ce voyage éprouvant se terminer dans des limbes cotonneuses.

3 'N The Mornin' Part 2 ne lâche que rarement l'attention de l'auditeur, ayant même tendance à le placer dans un état second de par ses vertues enveloppantes et hypnotiques. Il s'agit d'une frontière possible entre ses bons et ses grands mixes : les premiers donnent envie de se défoncer, quand les deuxièmes rendent cela inutile. DJ Screw se montre ici maître de ses moyens, de ses techniques de DJ à un répertoire intériorisé puisque reflet de son entourage musical. Ce faisant, il transfigure et rend intemporelle une scène entière. Bien sûr, il a fait encore plus psychoactif, en particulier sur certains de ses mixes cassettes, qui lui permettent de s'affranchir totalement des limites temporelles. Mais jamais il ne se montrera à nouveau aussi prenant et percutant, ce qui fait de 3 'N The Mornin' Part 2 un aboutissement et une porte d'entrée idéale vers une discographie mythique mais parfois inextricable.

note       Publiée le lundi 10 août 2020

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
chopped & screwed

Salut Sound,
J'ai écouté ta dernière mixtape. Tu as encore du boulot mais tu fais des progrès, cette direction boueuse me parle. J'ai moi-même beaucoup bossé, je dois en être à 40 mixes depuis notre dernier échange, je sais pas, je compte plus... Mais celui que je t'envoie avec cette lettre est peut-être celui dont je suis le plus fier, je vais en faire la suite de 3 'N The Mornin'.

Ce mix, tu sais, c'est un peu une gigantesque boule de chewingum qui ravagerait un coin de Houston (forcément limité, je sais pas si tu as idée d'à quel point ce chancre brûlant est immense). Elle boufferait tout, les caisses des pimps, les tarés qui jouent des mécaniques, ces connards de flics... Et évidemment toute la drogue qu'on s'enfile pour oublier qu'on est né au mauvais endroit, dans ce cled qui est un Texas au carré (qui est lui-même les Etats-Unis au carré). Au bout de deux trois quartiers ravagés, elle serait forcément brûlante, cette boule de chewingum ; constellée de bitume fondu, criblée de balles tirées par des fous de la gâchette pour l'arrêter. Mais rien ne l'arrêterait, car cette boule, ce serait mon cerveau ramolli et perclus d'une nostalgie insondable.

Ouais, la nostalgie mec... Je ne sais même pas laquelle, rien n'a jamais changé ici, mais je ne peux pas m'empêcher de me dire que c'était mieux avant, quand il y avait plus de copains en vie et sains d'esprit. J'ai fait comme d'habitude : j'ai pris les sons des potes qui sont encore là, je les ai ralentis et j'ai bidouillé les beats pour qu'ils ressemblent à la mélasse sonore qu'on entend quand on a pris trop de lean. Ils ont de la prestance, les copains, avec cette voix ultra grave, pour peu on croirait qu'ils nous parlent d'outre-tombe.

J'espère que c'est moins flingué, Memphis. Que vous écoutez encore un peu de soul, c'est peut-être le dernier truc qui nous sauve mec. Je ne sais pas pour encore combien de temps j'en ai avant de rejoindre les meilleurs, ceux qui ne sont plus là depuis longtemps, mon médecin essaye de me faire arrêter le sizzurp mais comment je suis censé faire sans cette merde moi ? Je vais continuer dans cette voie sans issue, continuer à sortir tellement de mixes que personne ne pourra jamais tous les écouter, c'est ma seule stratégie pour avoir une chance de capturer la vibe d'ici, cet ennui brûlant et angoissé, altéré parce qu'insupportable. J'ai peut-être réussi sur celui-là, tu me diras ce que tu en penses. Il y aura encore des connards pour trouver les beats trop longs, mais c'est ça le propos. Il paraît que l'autre jour, Mack 10 a passé tellement de temps à bédaver sur un banc que tous ses cheveux sont tombés.

Fais quand même gaffe avec mon remix de "Why You Hatin Me", je suis arrivé à un tel mélange de tristesse et de colère froide desus que ça aurait quoi faire passer à l'acte un frère un peu trop à bout. Lâche rien mec, et regardez moins de films d'horreur, vous commencez à me faire flipper.

Ton confrère, Screw

note       Publiée le dimanche 7 août 2022

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Rastignac Envoyez un message privé àRastignac
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Gluant. Permet de perdre 40 points de vie, d'endurance et de charisme en une soirée. Parfait pour... je sais pas. Mais génial.

Message édité le 11-08-2022 à 11:52 par Rastignac

Note donnée au disque :       
Copacab Envoyez un message privé àCopacab

Désolé pour le double 6 boules, mais je l'avais vraiment chroniqué trop tôt celui-ci, et le concept me permet de débloquer l'arlésienne qu'était devenue ma chronique de Broken Halo.

Note donnée au disque :       
brianm Envoyez un message privé àbrianm

Ah du coup je comprends mieux, le Houston de l'époque est effectivement plus dur à défendre, hormis quelques gros (et très rares) classiques ! S'agissant de Southern(…), il est vrai qu'il est assez mineur dans la discographie monumentale d'Outkast car encore trop marqué par le G-Funk du Docteur André, et sans que la personnalité exceptionnelle du duo ne se soit encore révélée.

Bref, merci de l'écoute et pour cette chronique, absolument nécessaire sur le site.

Copacab Envoyez un message privé àCopacab

J'ai hésité à laisser cette mention, il est vrai un peu à l'emporte-pièce. Le dirty south, c'est aussi Atlanta il est vrai, des trucs qui se tiennent encore très bien (pas fan du 1er Outkast mais j'adore les deux suivants, et je ne me risquerais pas à dézinguer UGK même s'ils m'ennuient un peu). J'ai édité pour faire la précision, merci de m'avoir tempéré ;)

Note donnée au disque :       
brianm Envoyez un message privé àbrianm

Clairement la porte d'entrée au Chopped and Screwed, style aussi influent que parfois ésotérique, il faut bien l'admettre. Son impact sur certaines des plus grosses stars de notre époque (Asap Rocky, Drake, Travis Scott, Future pour ne citer que les plus récents et évidents) et la culture rap actuelle (quel artiste ne parle pas de syrup ?) est franchement impressionnant. Surtout à l'écoute de la musique elle-même qui, encore une fois, n'est franchement pas pop. Il y a peu d'albums qui suffisent à eux-seuls à définir un style entier, mais 3 'N The Mornin' (Part Two) y parvient, tant il est l'aboutissement et la définition du Chopped & Screwed.

Par contre je suis obligé d'hurler en lisant dans la chro que le dirty South de 1995 serait cheap et dépassé ! Southernplayalisticadillacmuzik date de 1994 (premier éclat flamboyant d'Outkast), Soul Food et On Top of the World de 1995. Même The Diary qui pourrait sonner un peu plus vétuste reste une baffe monumentale ; la production très organique y est pour beaucoup. Quant aux sorties de 1996 qui allaient débarquer (Atliens et Ridin' Dirty), j'en parle même pas.