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Terrence Dixon › From The Far Future Pt. 2

  • 2012 • Tresor Tresor 256 • 1 CD

cd • 15 titres • 81:04 min

  • 1Self Centered5:31
  • 2Dark City Of Hope (Main Mix)7:34
  • 3Fountains Of Life5:52
  • 4My Journey Here4:04
  • 5Path To Mystery3:59
  • 6The Switch4:08
  • 7Horizon4:37
  • 8Vision Blurry6:16
  • 9The Auto Factory4:25
  • 10Lead By Example6:14
  • 11Navigate4:55
  • 12Tone7:33
  • 13Blinking & Flashing4:09
  • 14The Study6:51
  • 15State Of The City5:13 [Bonus track digitale]

enregistrement

Enregistré et mixé à Detroit entre 2011 et 2012

line up

Terrence Dixon (production)

remarques

Il existe une version entièrement digitale avec deux bonus tracks supplémentaires : Intermission (5:12) et Life Events (4:55).

chronique

Styles
techno
Styles personnels
detroit techno minimale et alien

Dans les arts populaires traitant de la question de l'altérité et de la science-fiction, on a tendance à réserver le terme « d'alien » à des créatures et des concepts trop lointains dans l'espace pour être compréhensibles. Terrence Dixon, producteur techno de Detroit et outsider parmi les outsiders, s'intéresse quant à lui à un futur si lointain qu'aucun paradigme actuel n'y a plus cours. C'est en tout cas son ambition avec ce « From The Far Future Part 2 », assez mal nommé puisque 12 ans et une façon très différente de penser la musique électronique le séparent du volume 1.

Ici, Terrence Dixon sonne avant tout comme une altération de ce qui est devenu en 2012 un dogme : la Detroit techno en son versant mélodique, riche en pads et synthétiseurs régulièrement lumineux, empreinte d'un imaginaire SF optimiste. Si ce style est Spiderman, cela fait de Terrence Dixon Venom, cette créature extraterrestre qui infecte le sang du super-héros jusqu'à le transformer en négatif de lui-même. Ainsi, « From the Far Future Part 2 » est sombre, oppressant et souvent illisible dans ses structures, comme s'il manquait à l'auditeur une grille de lecture pour les comprendre. La logique dansante de la techno y est presque systématiquement remplacée par une approche qui se rapproche plutôt de l'induction de transes : l'ensemble kick/snare est d'une raideur abrutissante et hypnotique sur une bonne partie du disque.

Très expérimental, Terrence Dixon se comporte ici comme un savant fou qui ferait subir à ses tracks un vieillissement accéléré, une évolution autarcique. Il le fait avec toute la virtuosité d'un producteur techno aguerri : le son est dingue, le sound design acéré et superbement ciselé, le mixage impeccable et hautement immersif. « From the Far Future Part 2 » est un objet compliqué d'accès, pour lequel le producteur a choisi de s'affranchir des limitations de temps communément admises, au risque de parfois trop engloutir l'auditeur. Enrichi de sa bonus track digitale le disque dépasse tout juste les proverbiales 1 heure 20 que peuvent contenir un CD...
Evoquons quelques cobayes parmi les plus marquants du laborantin Terrence Dixon : Self Centered, qui ouvre l'album, est une promenade vertigineuse dans ce lointain futur qui prend immédiatement à rebours l'auditeur par ses mutations imprévisibles : une ligne de basse en embuscade et des détails subtils qui sonnent comme autant de réminiscences de la musique électronique actuelle, dont il ne resterait qu'une empreinte déconnectée de l'utilisation qui en traditionnellement faite. The Auto Factory ressemble à de la techno industrielle en voie de dégénérescence avancée ; Tone s'essaye à la pure variation rythmique minimaliste et est incroyablement prenante malgré sa répétitivité et son manque d'éléments ; Lead by Example est quant à elle la track la plus fascinante à mes yeux, de par sa structure quasi mathématique, qui oscille en dépit de toute logique humaine entre une boucle extrêmement courte et hypnotique et une glaçante agression de pads dis-harmoniques. On pourrait penser à un morceau formé avec des algorithmes, ou à une voie de train envahie en quelques uns de ses fragments par de la pourriture pétrochimique. Et même quand il se fait mélodique, Terrence Dixon est menaçant : Fountain of Life est calme mais angoissante, Horizon est étrangement désincarnée malgré ses accords majeurs.

Les autres morceaux oscillent entre indescriptible (Path to Mystery, The Switch) et pure injection de poison (l'innommable dernier tiers, de Navigate à The Study). Ce sont ces dernières tracks qui rendent l'écoute de « From The Far Future Part 2 » particulièrement compliquée, et l'éloignent d'un 6/6 qui aurait pu être mérité pour son inventivité musicale absolue. Il s'agit d'un disque à découvrir en plusieurs fois, selon les explorations de l'auditeur lui-même.

Et la ville de Detroit dans tout ça ? State of the City, bonus track digitale, clôt l'album et comme son nom l'indique, semble évoquer l'état de Motor City en ce futur dystopique : « Detroit City is out of control ». Elle constitue à sa manière insidieuse le morceau le plus tubesque du disque, reprenant la tendance de Terrence Dixon à pervertir des éléments de l'histoire de la musique électronique, ici des drones de cordes qu'on a plutôt l'habitude d'entendre dans la garage house. Il s'agit d'une indispensable bouffée d'air pour l'auditeur, certes viciée ; elle clôt parfaitement la visite de la collection d'expérimentations de Terrence Dixon, qui est imparfaite mais l'établit dans un plan rien qu'à lui, uniquement en parallèle avec quelques autres producteurs-scientifiques.

note       Publiée le dimanche 2 août 2020

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