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Omar S › Just ask the lonely

cd • 10 titres • 70:04 min

  • 1Intro0:59
  • 2Jit10:17
  • 3I Love U Alex5:50
  • 4Strider's World8:32
  • 5Congaless7:32
  • 6Just Ask The Lonely10:26
  • 7100% House6:17
  • 8Track #88:23
  • 9A Victim4:00
  • 10Out Of Control7:48

enregistrement

Produit, enregistré, Mixé par Alex.O.Smith @ FXHE Studios, Detroit

line up

Alex. O. Smith

remarques

"You can not copy Omar-S. style. You can only copy a song that has already been produced by Omar-S." -- "Omar-S would like to thank my mixing skills, my recording skills, and my ancestors that were in southern slavery! THAT'S WHY MY MUSIC SOUNDS LIKE THIS!! ... And of course my true fans!"

chronique

« Just ask the lonely »... Demandez-lui juste, au solitaire, à l'aliéné des grandes villes ; d'autant qu'on parle ici de Detroit, véritable verrue sur la gueule du capitalisme américain. Alex Omar Smith, dit Omar-S, est un producteur et un pur produit de cet environnement déjà passablement dégradé à l'époque des heures de gloire de la contre-aristocratie Detroit Techno - les Jeff Mills, Carl Craig, tous ces innovateurs déjà évoqués en ces pages. Les choses ne sont pas améliorées en 2005, loin de là, et Omar-S sort de nulle part, bosse chez Ford au début de sa carrière musicale, n'a pas de réseau et emmerde tout le monde. Il a déjà sorti un album sous le nom d'Oasis (avec un certain Shadow Ray, dont l'existence me semble sujette à caution...) et quelques 12'', dès le départ sur son label, et initialement sans le moindre visuel, seulement des numéros de série écrits manuellement avec des marqueurs que, selon la légende, il aurait volé pendant ses heures de travail à la chaîne... « Just ask the lonely » est son premier travail ambitieux en « solo », pensé comme album, et s'il laisse déjà entrevoir les senteurs de ses sorties plus récentes et connues, il exsude comme jamais après la solitude et la souffrance qui vont avec. Jamais Alex Smith ne sera aussi mélancolique à nouveau, même s'il ne cessera jamais de faire ce qu'il veut, quand il le veut. C'est que si un style Omar-S est déjà perceptible, le producteur se contrefout des genres, des modes et de l'opposition parfois stérile entre techno et house ; s'il produit un morceau, c'est qu'il a une idée, tout simplement. Le début de cet album est particulièrement déroutant, et moins dancefloor que jamais : Jit ressemble à une impossible tentative de techno hardcore éthérée, au BPM très élevé mais nimbé de synthés mélancoliques, quand I Love U Alex prend à rebours l'auditeur avec ses rythmiques torves et sa voix soul féminine lointaine, comme venue de rêves de l'artiste. Ces deux morceaux ne sont pas les plus mémorables, et pourtant ils instaurent d'ores et déjà une ambiance, brute et intime. Alex Smith est seul avec ses machines, et dès Strider's World, elles se mettent à lui parler le langage le plus extraterrestre, inhumain qui soit. Il s'agit d'abord d'un kick, à la fois complètement aléatoire et imparable ; puis d'une ligne de basse aussi simple que désespérée ; et enfin, de véritables cris de la machine, comme si cette dernière se rebellait après avoir été martyrisée dans les usines de Detroit puis laissée à l'abandon. Le producteur n'a derrière plus qu'à mettre en place une progression, le type de montée en puissance infinie dont les vrais bons artisans de la techno ont le secret... Je n'ai jamais rien entendu de tel que Strider's World, ni avant, ni après, il s'agit du genre de boucle que je pourrais laisser tourner indéfiniment et je ne parviens toujours pas à comprendre comment elle a pu sortir d'un cerveau humain, ce qui laisse penser à une démarche véritablement expérimentale de la part d'Omar-S, laissant libre court au hasard et aux essais infructueux. Le reste du disque ? Le morceau titre est un autre chef-d'oeuvre et peut-être le point névralgique du disque, une longue digression house à la mélancolie plus frontale que jamais, d'une simplicité hallucinante mais pourtant imparable. Il est basé sur un beat rebondissant assez étrange et un piano éthéré qu'Omar-S laisse se réverbérer pendant 10 minutes, qui auront rarement semblé aussi courtes pour ce qui reste une simple boucle. On y retrouve la même maestria que sur Strider's World pour bâtir une progression sur des éléments très simples, en alternant apparition et disparition des différents éléments percussifs. Et les 5 morceaux que je n'ai pas encore cités, même s'ils sont un peu en retrait, partagent avec les deux déjà évoqués une tendance au son brut qui tache, mais sans aller jusqu'aux excès de la future outsider house des années 2010. Tout cela pue simplement l'analogique, et cela rend des trucs comme l'acid Congaless, qui aurait pu être insignifiante, éminemment sympathique. J'ai par contre toujours trouvé que 100% House et Out of Control tournaient un peu à vide, en tout cas dans le cadre d'une écoute à la maison. La tradition du genre est de laisser les boucles s'étirer pour permettre aux DJs de les utiliser comme ils le souhaitent, ce qui a longtemps rendu l'objet album dance impossible, une sorte d'oxymore... Track #8 est un bel essai de techno abrasive et mélancolique mais encore une fois un peu trop longue, quand A Victim ressemble plus à une track garage house complètement unique de par ses paysages désolés et sa boucle vocale qui rend fou. Un classique qu'on retrouvera dans les mixes ultérieurs d'Omar-S, ce qui n'est jamais anodin, personne n'utilisant mieux ses morceaux que lui-même. Globalement, le disque est trop long et un peu fastidieux à écouter en-dehors de ses sommets, qui sont par contre aussi uniques qu'addictifs pour peu qu'on accroche au genre et qu'on ait mis le doigt dans l'engrenage. Alex Smith saura résoudre un petit peu ce problème dans ses albums ultérieurs, en sachant réduire la durée de ses morceaux quand cela est nécessaire. Reste que Just ask the lonely est un classique et que son parfum de solitude et d'huile de vidange n'a pas vraiment d'équivalent.

note       Publiée le jeudi 23 juillet 2020

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Dun23 › vendredi 24 juillet 2020 - 12:10  message privé !

Bienvenue itou

Wotzenknecht › vendredi 24 juillet 2020 - 11:13  message privé !  Wotzenknecht est en ligne !
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Mais !.. Un presque nouveau ! Bonjour et bienvenue ! Pour la peine je m'en vais écouter cela.