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Heilung › Lifa (Live At Castlefest)

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Wotzenknecht      lundi 20 juillet 2020 - 10:12
Dead26      lundi 20 juillet 2020 - 11:56
Dun23      lundi 20 juillet 2020 - 12:16
SEN      mercredi 22 juillet 2020 - 19:33

cd • 9 titres

  • 1Opening Ceremony 0:56
  • 2In Maidjan 12:38
  • 3Alfadhirhaiti 7:16
  • 4Carpathian Forest 4:36
  • 5Krigsgaldr 9:48
  • 6Hakkerskaldyr 2:50
  • 7Fylgija Ear / Futhorck 12:45
  • 8Othan 10:34
  • 9Hamrer Hippyer 14:08

enregistrement

Live au Castlefest de 2017. Enregistré et mixé par Lava Studio.

line up

Christopher Juul, Kai Uwe Faust, Maria Franz

Musiciens additionnels : Alex Opazo, Jacob Lund, Jonas Lorentzen, Juan Pino (musiciens), Eigen Leon Remie, Faber Horbach, Gwydion Zomer, Jens de Vries, Marijn Sies, Pan Bartowiak, Ruben Terlouw (soldats)

remarques

chronique

Styles
folk
indus
dark folk
spoken word / lecture / poésie
Styles personnels
pacifisme belliqueux

L'ascension de Heilung aura été fulgurante et ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre. Inconnus au bataillon il y a seulement cinq ans de cela, le trio germanico-scandinave est d'abord passé pour un énième avatar ethno-tribalo-folk de Wardruna, tous grimés de runes et à l'esthétique cajolant le black metal. Le premier album a vite fait le tour de Youtube -élément central de leur succès, qu'ils naviguent avec aisance- attirant l'oreille par ses textes traditionnels et son orchestration riche, même si les compositions s'enlisaient parfois dans leur répétition, récitation oblige. Mais tout cela, c'était avant leurs premiers spectacles, au Castlefest puis à Midgardsblot en 2017. S'ils avaient déjà l'attention du milieu néopaïen, ils ont raflé là les goths et les métalleux dans la foulée. L'intégralité du premier concert est diffusé sur Youtube depuis lors, et l'évidence a fait le reste : Heilung n'est pas un groupe comme les autres.

J'ai bien écrit spectacle, et non concert ; même un coup d'oeil superficiel sur leur performance suffira à comprendre. Pour trois musiciens permanents, il y a le double de musiciens de session, et autant de “soldats” formant les choeurs. Les costumes quant à eux s'inspirent du shamanisme boréal et scandinave. Squelettes d'animaux (et quelques humains) s'entassent, servent de porte-micros, porte-percussions voire percussions tout court (la bise à Zero Kama). Rien à dire, ils sont beaux. Mais ce ne serait qu'un spectacle s'il n'y avait pas les voix. Gutturale, mélange de chant de gorge et black metal pour les hommes ; aérienne, céleste et animale pour Maria Franz, chanteuse extraordinaire dont les capacités vocales sont utilisées avec parcimonie le long des titres, mais qui s'imposent d'elles-même sitôt la pétrifiante partie centrale de 'In Maidjan' commence.

Mais ce ne serait qu'un spectacle sans les percussions. La répétition, qui peut user sur leurs albums studio, gagne ici la dimension qu'elle mérite : un live de Heilung, c'est un marathon. 'Krigsgaldr', dont la partie centrale manquait un peu d'intensité sur le premier album, se voit ici décuplé. Le rythme belliqueux de 'Hakkerskaldyr' n'est que coups de lance sur le sol. Tout cela pour nous préparer au trio final 'Futhork' / 'Othan' / 'Hamrer Hippyer', tous trois longs de plus de dix minutes : on s'accroche. Si 'In Maidjan' était une démonstration de force pour Maria, dont la voix monte à des notes laissant bien des chanteuses sur le carreau, 'Othan' est l'occasion de l'entendre se déployer plus émotionnellement, insufflant une jeunesse bienvenue dans un monde dont on a trop mesuré l'étendue en fonction de Lisa Gerrard. Le dernier titre, le plus long et le plus rentre-dedans, relève les esprits et s'assure que l'on repart défoulé et en sueur.

Mais ce ne serait qu'un spectacle sans leur message. Heilung a l'intention brave de soigner les maux du monde moderne. Si vis pacem, para bellum : la guerre intérieure pour la paix intérieure. Leur méthode initiale, récitations du Futhark ou des incantations de l'age de bronze n'auront pas manqué d'attirer l'oeil des identitaires européens qui ont vu là une nouvelle validation de leur impossible projection mentale ; ils se sont fait rabrouer sans ménagement par le groupe dont le motto est « rappelez-vous que nous sommes tous frères », insistant sur le TOUS sans exception. Ils n'ont laissé aucune ambiguïté planer, invitant plutôt tous les gens à retrouver leur propre paix intérieure en évacuant leurs réécritures politiques de l'histoire à des fins tristement modernes une bonne fois pour toutes. Un peu l'inverse de certains groupes qui sous couvert de musique hippie font discrètement passer leurs messages misanthropes à qui veut bien l'entendre.

Heilung, ce n'est peut-être qu'un spectacle. Ils sont si beaux, si habités qu'on aimerait presque qu'ils descendent de la scène pour nous emmener avec eux. Mais l'ère de Crash Worship est révolue ; difficile pour un groupe de vraiment crever le quatrième mur s'il veut survivre à moyen terme. Ils ont suffisamment de soucis à promener quinze personnes et leur collection d'ossements à travers l'Europe – et c'était avant la pandémie – pour ne pas vouloir tout foutre en l'air dans des performances dionysiaques. On regarde sans toucher, comme Geralt de Rivia fait musique.

Heilung, ce n'est qu'un spectacle. Mais c'est le plus beau des spectacles.

note       Publiée le lundi 20 juillet 2020

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Scardanelli › vendredi 24 juillet 2020 - 16:23  message privé !

"Mais ce ne serait qu'un spectacle sans leur message. Heilung a l'intention brave de soigner les maux du monde moderne."

A défaut de guérir d'un coup de couteau dans le bide, c'est toujours ça de pris je suppose.

SEN › mercredi 22 juillet 2020 - 19:33  message privé !

Et ben, ça critique le dernier DCD mais dans le genre World Music ethno/vikingo/tribal à 2 balles c'est bien fendard aussi ! C'est même assez risible de les voir jouer en live avec toute la panoplie, ça me fait penser aux mecs qui jouent de la flûte et du tambour dans la rue sapés en indien !

Note donnée au disque :       
Demonaz Vikernes › mardi 21 juillet 2020 - 23:09  message privé !

Vu en live au Brutal Assault, j'ai trouvé ça globalement assez ennuyeux malgré quelques passages plus réussis. Alors c'est surement bien mieux que la soupe affligeante qu'est devenu Wardruna, mais j'ai quand même l'impression que ça s'adresse au même public qui passe le gros de son temps libre sur Netflix.

Twilight › lundi 20 juillet 2020 - 14:56  message privé !
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Chronique à pic qui m'aidera du coup à balayer mes préjugés clone de Wardruna...

nicola › lundi 20 juillet 2020 - 13:29  message privé !

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