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E.g Oblique Graph › Completely Oblique

cd1/lp1 • 10 titres • 65:52 min

  • Extended Play (1982)
  • 1Fall Into Glass2:23
  • 2Merge4:52
  • 3Murders Linked to Gaulist Clique9:02
  • Piano Room (1982)
  • 4Scar3:00
  • 5Affirm / Deny5:51
  • 6Choir-Screen3:41
  • 7Human Rights2:18
  • 8After Commentary2:46
  • 9Off Chance8:15
  • 10The Piano Room20:44

cd2/lp2 • 6 titres • 41:46 min

  • Triptych (1982)
  • 1Black Cloth Beyond De Gaulle’s Wax Head5:17
  • 2Triptych6:43
  • 3Study of Red Pope (Innocent X)8:00
  • 4Castro Regime3:06
  • Inhalt (1983)
  • 5Islamic Koran in Camera Dome8:49
  • 6Rapid White Flag In Snapshot Blur9:51

enregistrement

Cassettes (Extended Play, Piano Room et Inhalt, sorties toutes trois sur Kinematograph Tapes) et EP (Triptych, vinyle 7" sorti sur Recloose Organisation) enregistrés par Bryn Jones entre 1982 et 1983.

line up

Bryn Jones

remarques

chronique

Bryn Jones avant Muslimgauze. C’est encore assez, comment dire… Indéfinissable. Par stratégie ? Par tâtonnement ? Difficile à dire mais en tout cas : c’est encore bien loin de l’image qu’on se fera du type plus tard, qu’il se forgera. En son comme en image, j’entends. Une sorte de zone ouverte – comme une ville ouverte – où Jones triture bandes, synthés, delays… Des bouts de voix, de discours. Un « message » encore pas focalisé sur la Palestine et ses guérillas, ses guerres toujours remises. Somme toute une certaine abstraction dans les collages, sur les pochettes des cassettes et EP ici repris – jusqu’à cet Inhalt final, du moins, dont les silhouettes, sur le verso, semblent évoquer des prisonniers tenus en joue, mains levées et dos à la lentille. A vrai dire, plus qu’indéfinissables, ces quelques faces, qui constituent à priori tout l’ouvrage publié du gars sous ce pseudo-ci, semblent même délibérément – ou… pas, encore une fois ? … en tout cas obstinément "indéfinies" ; hors-cadre, genres, si possible même hors musique, ou quelque chose qui semble vouloir muter depuis ça, ou s’introduire déguisé en ça pour saloper le paysage, la perception, infiltrer l’humeur, la pensée.

Pour le dire simplement : E.g Oblique Graph est un projet très indus dans la démarche – ou post, c’est-à-dire traumatisé par, à la fois conscient qu’un truc était foutu dès le départ, que ça faisait partie presque des prérequis, cette course en zigzags (mais frontale) vers l’échec (de l’anti-musique, anti-art, du spectacle pour saboter le Spectacle) et tenaillé par l’idée de continuer à avancer derrière la ligne franchie, à contaminer, déprogrammer le plus, le plus loin possible dans les terres, avant d’exploser, de claquer, que ce soit fini pour de bon. D’où sans doute cette relative variété de formes. Des plages qui sabordent, flétrissent d’un gris pragmatiquement mélancolique les musiques de « l’école de Berlin », du krautrock le plus planant et synthétique (davantage Tangerine Dream ou Klaus Shultze voire Popol Vuh que Kraftwerk), en retire tout l’élégiaque hippie pour cantonner l’atmosphère à la contemplation des ruines, la faire émaner de là, de ces restes atones. D’autres d’une sorte de musique concrète aux sources appauvries, là encore vidée autant que possible de tout écho de joie, de jeu, d’émotion ou d'événement trop palpables, même. Petit à petit tout de même : des séquences de rythme sec et maigres « samples » (sans doute des bandes, plutôt) superposés, qui pourraient esquisser ce que fera Jones sous le nom de Muslimgauze ; mais cette fois encore avec cette « nuance » : qu’aucun « orientalisme » ne se dégage de cette musique, aucun climat, aucun paysage précis si ce n’est celui de la… désolation. Du vide, précisément – parcouru de signaux sinistres, bips de machines mornes (compteur Geiger ?) ou crépitement parasitaires, électromagnétiques.

Curieusement, aussi, pourtant : ce n’est pas le pur désespoir, façon de non-recevoir ou de plus-rien-à-quoi-bon – pour moi, en tout cas – qui sourd, à mesure qu’on s’arrête pour écouter, de ces titres sans structure apparente, sans voix autres que prises dans une lumière de limbes. Il y une basse-vie – oui, basse ; minimum, sourdine, à peine – qui semble s’accrocher à la limite du résiduel, passer en paires d’yeux furtivement balayées par le pinceau de la lampe, dans l’obscur des recoins. Une survivance organique dans ces débris, résistance sans objet mais pas purement théorique, inquantifiable mais indéniablement organique, animale autant que pensante – c’est-à-dire : une mince haleine d’humanité.

L’indus et sa fin, oui – parce que c’est conscient de marcher sur ces champs dévastés comme sur des œufs, à défaut de pouvoir les fuir à toute jambes (eh… salutation, Stalker). Pas la santé, pour ça. Alors autant devenir ce malaise, cette maladie – apprendre à retourner le symptôme, manière de profil-bas pour s’exfiltrer de la zone en continuant de donner l’impression de seulement errer. Aussi, certaines de ces pièces, sous leur abord d’informe – les vingt minutes de The Piano Room… – se mettent à dessiner, à mesure qu’on parcoure, comme une sorte de plan, de schémas d’évasion, lignes qui pointent un espace pas moins désert mais moins chargé, dé-saturé des fumerolles de désastres. Oh, guère plus qu’une place, un abris, un recoin où respirer. Se refaire un rythme cardiaque, laisser retomber le taux de gaz néfastes dans les tissus. Et après ?

Eh bien après, donc : Muzlimgauze, et ses guerres obsessivement nommées, il me semble, son camp ostensiblement choisi – mais je ne saurais en dire bien plus, le travail du type sous ce nom-là m’ayant jusque-là qu’à peine effleuré ou moi l’ayant seulement ainsi frôlé. Alors qu’ici – dans ces no-man’s land à peine augmentés, les barrières à peine transgressées – j’ai tendance à revenir. Quelque chose y passe par mes nerfs, active un secteur de mon attention, une impulsion de non-endormissement mais une écoute, une réceptivité pourtant très calme à tout, autour. Une sorte, disons, d’apaisement en alerte. Bizarre ? Oui. Ça doit être ça, allez, « l’Oblique », dans le nom… Cette espèce d’ambient faite pour qu’en se fondant, au contraire de « l’autres », dans l’environnement, il devienne impossible, cette fois, de ne plus l’entendre. (De là, aussi : chacun verra pour soi si ça contredit Eno, ses prolégomènes et ses définitions ; si ça l’embrasse avec ses buts à soi ; si ça s’en dédit ou si ça s’en empare – avec d’autres outils, instruments, bouts démantelés).

note       Publiée le vendredi 17 juillet 2020

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