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Lingua Ignota › Caligula

cd 1 • 11 titres • 66:06 min

  • 1Faithful Servant Friend Of Christ
  • 2Do You Doubt Me Traitor
  • 3Butcher Of The World
  • 4May Failure Be Your Noose
  • 5Fragrant Is My Many Flower'd Crown
  • 6If The Poison Won't Take You My Dogs Will
  • 7Day Of Tears And Mourning
  • 8Sorrow! Sorrow! Sorrow!
  • 9Spite Alone Holds Me Aloft
  • 10Fucking Deathdealer
  • 11I Am The Beast

line up

Kristin Hayter

Musiciens additionnels : Emily Dix-Thomas (violoncelle), Lee Buford (batterie), Seth Manchester (batterie), Ted Byrnes (percussions), Sam McKinlay (sons), Laura Gulley (violon)

remarques

chronique

Ne faites pas comme le connard qui frappe ces lignes, et qui est resté à l'écart de cet album à cause de son arrogante façade façon Suicide Girl recalée aux Beaux-Arts : Kristin Hayter est bien plus singulière que l'emballage "attention whore" qu'elle se donne, et qui ne retranscrit que très approximativement la dualité profonde de sa musique (oh lala, on se croirait dans Apostrophes). Déchirée entre le beau et le laid. Entre le narcissisme et le sacrifice. Entre la Femen et la Sainte. J'en rajoute pas, je pense vous avez saisi l'idée. En plus elle dédouble ses voix, pour mieux s'imposer dans la stéréo et les boyaux. Caligula est ce qu'on appelle - de façon souvent galvaudée - une œuvre totale. Et en tant que tel, elle provoquera le dégoût et/ou l'agacement, autant que la fascination. Un magnétisme irrépressible en émane, une force émotionnelle brute de décoffrage. Une émotion mutante/hybride, toujours intense. Chant impérieux-mystique voire religieux à la Lisa Gerrard, puis hurlements Exorcisme / black-metal / The Body - compagnons de chambrée - et retour à un chant mélodieux. Et re-arrachage de cordes vocales. Invective directe et sans équivoque. Mais aussi vocalises orientalisantes (rassurez-vous, on est à un autre niveau que les dernières tapisseries de restau signées Dead Can Dance) avec la capacité métamorphe de Diamanda Galas pour les intonations malsaines, déjà pointée par un peu tout le monde, mais en beaucoup plus accessible tout de même. Je ne parle pas du sample copier-coller de Purcell - un p'tit coup de Purcell ça fait toujours son effet pour calmer l'ambiance, surtout cette marche-là pour qui a été traumatisé par un certain film culte - capté sans polissage du mp3 pour être recouvert par un déchaînement de douleur vengeresse straight from the guts. On se laisse emporter par la messe sans opposer de résistance, ses cantiques (cantates ?), ses déluges de furie enflammée ensanglantée à la Carrie... L'émotion déployée par cette choriste abîmée, frêle mais virulente, flamboyante, impérieuse, attaque les tympans et le cœur par saturation des baffles et sens autant que par approches plus rampantes et retorses... Mandale ou gnon ? Anorexie ou régime minceur ? Peu importe : ce disque n'est un présent brûlant. Son mode d'ordre est Catharsis. Vous avez déjà lu les backgrounds sensationnalistes de l'œuvre un peu partout, et si c'est pas le cas vous avez pas loupé l'essentiel. Ce qui compte ici c'est pas la violence reçue, mais la violence rendue. Et l'amertume omniprésente qui gangrène la musique, même dans sa beauté virginale. La saturation aveugle par endroits, certes, mais surtout au risque de se répéter : l'émotion. La musique de Lingua Ignota se prête autant à la nuance, qu'à la violence. Et appelle des réécoutes tout aussi figée que la première. J'oserais : subtile. Sous son acidité, son amertume qui jaillissent en geysers et chamboulent, elle a ses variations, ses jeux de lumière, ses montagnes russes pour le cœur, à la façon d'une vraie bonne tragédie, d'un grand péplum. Ou d'un rape'n'revenge fiévreux qui vous laisse les ongles dans les accoudoirs. Peu importe que Caligula ait été enregistré dans l'esprit "performance/manifeste" (comme le suggèrent les samples d'Aileen Wuornos) ou dans un état purement mystique détaché de tout concept artistoïde : les deux ne sont peut-être pas si antinomiques qu'on voudrait le croire, et ils se confondent. Et remuent pas mal.

Bien sûr que c'est un peu dégueulasse d'acheter ce disque, de l'écouter, de l'encenser comme un sale voyeur malsain... Et que ça laisse pas un arrière-goût agréable. Bien sûr, qu'il laisse à la fois lessivé, et merdeux. Mais on est consentant. Elle, n'a pas trop eu le choix manifestement. Fallait que ça sorte du torse, comme l'alien. Et faudra qu'on se débrouille avec.

note       Publiée le samedi 13 juin 2020

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Note moyenne        15 votes

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Raven › samedi 27 juin 2020 - 01:49  message privé !
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"Diane" ?

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(N°6) › samedi 27 juin 2020 - 01:19  message privé !
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Ah tiens. Ben en même temps je pense pas qu'on ait fait plus hardcore que "Me and a Gun" comme chanson sur le sujet, en fait.

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No background › vendredi 26 juin 2020 - 23:32  message privé !

J'ai écouté dans la semaine "Amanda Palmer talks to Lingua Ignota" (le titre est adapté ce n'est pas une interview vu qu'elle laisse très peu la parole à Kristin, enfin bref) et l'entourage d'Amanda n'arrêtait pas de lui dire d'écouter Tori Amos "Tu devrais aimer". En fait j'ai l'impression que dès qu'une nana parle de choses "dark" on la compare à Tori Amos.

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Klarinetthor › vendredi 26 juin 2020 - 16:36  message privé !

dans la force de la voix, elle peut se rapprocher de Tori Amos et de PJ Harvey; plus que de Marissa Nadler, pour caricaturer.

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(N°6) › vendredi 26 juin 2020 - 14:35  message privé !
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Drôle ça, moi qui suis un peu le fan officiel de Tori ici-bas, je n'ai jamais pensé à elle. Alors que sur le précédent, y a des moments qui m'évoquent le White Chalk de PJ Harvey (bien plus que Galas dans le fond, même si je vois bien pourquoi on la namedrop).

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