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Borgne › IV

cd • 6 titres • 36:45 min

  • 1Ceres2:44
  • 2Sedna9:07
  • 3Orcus6:06
  • 4Eris9:29
  • 5Haumea7:00
  • 6Varuna2:19

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré, mixé et masterisé par Bornyhake.

line up

Bornyhake (voix, cordes, basse, électronique)

remarques

chronique

Ah tiens… Y’a des titres. Celui de l’album s’en tient encore aux chiffres romains – IV, donc ; après un single/EP qui lui s’affichait en chiffres arabes (3.5… la décimale transitionnelle ?) – mais chaque plage, elle, porte un nom en toutes lettres, ce ne sont plus les déclinaisons d’index, « d’actes » des précédents. La pochette, aussi, amorce autre chose – le style, l’idée graphique déjà proche, en version moins travaillée, de ce que creuseront les pochettes de « l’étape suivante » dans cette discographie – la trilogie Entraves de l’Âme/Royaume des Ombres/Règne des Morts. Les arbres, le clair-obscur, les formes noires en capuches… Des classiques du, des genres, certes – mais une esthétique, une manière, un rendu cohérent, entre toutes ces images. Bon.

Et la musique ? Eh bien : là aussi ça se précise. Et ça change – un peu, sans rien renier. C’est-à-dire : ça trouve une cohérence sur la longueur du disque qui va au-delà du « un album, une vitesse/un son » des précédents. Ça se développe, disons – ça file autrement son concept. Moins « d’un bloc » que les deux premiers ; en plages moins étirées que le troisième. Ici le son est plus spacieux, les mélodies souvent plus directement lisibles, audibles. L’impression se creuse d’une « majesté salie », d’un espace qui s’étend en bouffant la matière, recouvre de suies – organiques et pollutions, industrielles, vieille-ville (médiévale ?) le plan d’existence. Bornyhake touche cette fois pleinement cette dynamique amorcée sur le volume III – celle d’une élasticité relative des compositions, de l’agencement général des titres, qui laissent encore mieux sourdre l’atmosphère (délétère et belle) de sa chose. Les textures font poids, cinétique – ces nappes qui vrillent comme des forets au ralenti (à béton, plus qu'en bois) sur Orcus… Encore plus qu’avant, cette impression double peut frapper, à un moment de l’écoute : d’entendre « du black » au sens le plus fidèle du terme, totalement au fait des « codes », marqué par les groupes scandinaves (norvégiens en premier lieu, oui, sans doute) de la « deuxième vague black metal » des années 90 ; et d’une latitude que le mec se donne, envers cette orthodoxie, d’autres substances qu’il a dû ingérer, dont se nourrit sa musique, qui font forme et matière, ici. Une espèce de groove death, rock, voire (Entombed ?), qui vient désaxer la frappe sur Eris – avec pourtant ce riff, cette mélodie indubitablement « concentré d’épique black » qui continue de planer, de s’inscrire dans la tronche, de se glisser dans la mémoire de l’oreille. La voix, aussi – en parlant de death. Bornyhake sait encore mieux descendre – dans les octaves, ici. Alterner le perché-déchiré black et le grondement death, donc, versant pas propre, pas abyssal mais grogné, qui fait entendre les vibrations de la tripaille émettrice. Et puis l’électronique – ces surprenantes séquences, au début de Haumea, pas tellement « Berlin School », ambient, dont le black « atmosphérique » (spatial, contemplatif…) a fait depuis (était en train de faire déjà ?) son ordinaire, son cliché préféré, mais carrément techno, planquées dans le mix, même trance ou vraiment pas loin ! (Avant que – plus avant dans le morceau – ça ne tourne, sur ce plan-là de l’instrumentation, les synthés, davantage à la mélodie, au jeu façon Shultze ou Tangerine Dream, d’accord. Mais n’empêche… Elle m’a saisi, cette intro, quand j’ai fini par l’entendre, en identifier le pas-vraiment-commun-dans-le-contexte). Alors… Ça travaille ? Oui, encore. Comme toujours chez Borgne, depuis le début. Et ça prend – de plus en plus vite, de moins en moins « après le temps nécessaire d’adaptation ». Ça dérivera – Bornyhake laissera partir Borgne ailleurs encore, l’emmènera ou se fera emmener. (Et s’entourera, donc – certainement pas pour compenser un manque, cependant, une chute d’inspiration… je ne crois pas, vraiment).

Pour l’heure, fin d’une phase – celle des chapitres chiffrés, disais-je, comme les arrêts, les clauses d’un manifeste. Rien que le disque scellerait pour qu’ensuite on l’oublie, pourtant. Rien que l’auteur de ces disques donnera l’air de renier, ensuite. (Bornyhake reviendra d’ailleurs sur ce qui avait précédé celui-là, en 2015, via la compilation Return to the Past – d’un genre particulier, d’ailleurs les réinterprétations et versions remasterisées y côtoyant des inédits et quelques plages données telles-quelles, dans leurs versions originales). Non… Simplement une autre histoire allait se raconter, bientôt – ou toujours la même narrée autrement, la voix qui la dit changeant avec celui qui prononce, les années passant. « D’autres » – histoires, narrations… – même : la trilogie déjà citée ([…] de/des […]) ne mettra pas fin à la discographie de Borgne, ne figera pas la suite dans la répétition, la redite. Ici, disais-je : fin d’un souffle – et un autre s’esquisse dans le corps, le même instant de l’ouvrage.

note       Publiée le samedi 16 mai 2020

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Demonaz Vikernes › mercredi 20 mai 2020 - 00:02  message privé !

Plutôt réussi également, même si je préfère le précédent. Haumea est de loin ma piste favorite de l'album.

Note donnée au disque :