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Borgne › I

cd • 10 titres • 44:32 min

  • 1Akt 1.12:42
  • 2Akt 2.13:38
  • 3Akt 3.12:56
  • 4Akt 4.13:38
  • 5Akt 5.15:02
  • 6Akt 6.14 :28
  • 7Transylvanian Hunger3:48 [reprise de Darkthrone]
  • Bonus CD
  • 8Akt 1.b5:24
  • 9Akt 2.b8:48
  • 10Akt 3.b7:14

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré en 1998, sorti à l’époque à 20 exemplaires sur cassettes, numérotées à la main et assorties d’un badge/pins en métal.

line up

Bornyhake

remarques

La version chroniquée est celle de l’édition CD Rotten Vomit de 2007, identique à celle qu’on peut écouter/télécharger sur le bandcamp de Borgne. La version Azif de 2018 présente un tracklisting différent, passé l’Akt 6.1 (absence de la reprise de Darkthrone et davantage de pistes bonus).

chronique

Le « Borgne » : ça pourrait être Odin (Wotan, Wōden…). Dieu central parmi les Ases. Patron des morts et de la victoire, du savoir et de la poésie… fils d’un autre Divin (Bor… un des « temps ancien ») et d’une Géante (Bestla). Même, la pochette semble souffler que oui, décidément peut-être bien : comme dans la sus citée mythologie nordique (ce qu’il en reste, ce qu’on en sait des siècles après) c’est bien cet œil-là qui lui manquait, le gauche, comme à cette figure en capuche à l'allure vieille, sise là, sous l’indéchiffrable logo.

Ou alors, tout simplement le mot, le son, l’image, avaient peut-être plu au type, fait résonner des trucs dans sa tronche – activé des connexions. Du coup ledit – du haut des dix-sept ans qu’il doit alors friser – se renomme Bornyhake et monte ça : Borgne. Tout seul pour le moment – et encore pour un moment. A la maison, vraisemblablement – avec le matos maigre que tout ça implique, âge, époque, inexpérience. Mais avec déjà des idées – de drôles, comme on dit. Le truc à la fois obstinément « trve » dans l’approche – le son qu’on sent salit à dessein encore plus, histoire de faire de ces conditions d’enregistrement probablement sommaires une manière d’esthétique totalement assumée, embrassée ; la reprise de Darkthrone, les riffs en trémolo sur fond de blasts tchktchkthcktchk « à l’ancienne » (à la norvégienne), avec la voix dégueuli-de-gargouille qui s’égosille devant… Et dans le même temps une autonomie déjà bien affirmée par rapport à cette « orthodoxie », à ce qu’elle est censé permettre ou pas. Dès cette première cassette, le mec fait ce que bon lui semble, joue avec ces supposées frontières – entre les clichés d’un genre qui ne se gênait déjà pas pour en aligner à longueur de discographie (… combien de groupes de « trve black » de par le monde, déjà, en 1998, à la jouer « authentique » pour, n’avoir pas à se fouiller un peu le bulbe avant de sortir sa démo/bientôt son album ? …) et le gré de d’une imagination manifestement pas tranquille, qui dépasse sans broncher les lignes de corpse-paints ; entre kitsch pété et juste accomplissement de l’intention derrière, du climat que ça rend (et… eh, « Les Enfers », pour vous, à dix-sept ans – ça avait déjà comme ça de la gueule, dans le rendu ?). Voilà : sur ce premier Borgne, l’indus n’est pas là pour sonner « métalindus » (à l’américaine, à la « metal alternatif » de là-bas) – mais parce que les bruits de l’industrie morte, mortifère, ça vous gèle comme il faut une ambiance, ça vous cristallise l’air, l’haleine de ces grondements et grognements d’entrailles … C’est du sound-design rouille, ronge, sous-bois contaminé. Les synthés pauvres ne sonnent pas pauvrement symphoniques, pas tentative de faire du Emperor qui s’égarerait dans l’Impasse du Faucheman – plutôt ambiance d’horreur cinéclub, ça d’accord, VHS sous le paletot, oui, dans leur échos de mirlitons décharnés qui jouent les parties des cors, des cornes, des trompes, façon vieux death, gore dégueulasse (à la Sadistik Exekution au moins autant qu’à la Morbid Angel, comme les plages-interludes sur les albums de ceux-là). Du death – et déclinaisons ; et du grind ; et du black sous bien d’autres angles – Bornyhake en fera aussi, d’ailleurs, plus tard. En tâte déjà par moments, là, question voix – ne renie pas le gras-caverneux quand l’histoire s’y prête, n’hésite pas à embourber sa chose dans des ralentissements poisseux quand ça lui semble l’heure. Même ces titres-index, titres-chapitres, dans ce contexte, ne donnent pas l’impression de tenir de la flemme conceptuelle – plutôt de cette même obstination à ne pas vouloir souffler d’indice tout en restant parfaitement explicite, « explicite en butée », même.

Certes… Ce Borgne-là est encore très brut – très vrac – mais, par ce parti-pris de tel-quel, de mener jusqu’au bout cet avec-ce-qu’on-a et cet avec-ce-que-je veux, déjà bien cohérent, malgré tout, d’un point de vue si on veut « narratif », sur la longueur du disque. Bornyhake, à ce point, n’a pas encore trouvé tous ses noms – innombrables (comme ceux d’Odin, tiens, justement… pratique pour marquer les esprits et échapper en même temps à la scrutation). Il n’a sans doute pas encore commencé ses voyages et collaborations divers, gageons – aujourd’hui ou entre temps, sous ses divers alias, il joue ou jouait semble-t-il avec des Italiens (Darvaza), des Grecs (Diurnal), des Espagnols (Cryfemal) aussi bien qu’avec des « compatriotes » (suisses, donc… mais dans des projets à vrai dire eux-mêmes nettement pas braqués sur l’intra-frontalier – Astral Silence et son black-doom-death de l’Espace, par exemple). Et toutes sortes de formes de metal dit extrême, donc. Bornyhake, toutefois, semble déjà bien savoir ce qu’il fait. Et se foutre qu’on puisse trouver ça d’un goût particulier, que ça sonne pas assez ou excessivement trop arty pour donner dans le « méta », dans l’ironique ou la bête application de style… « Artistique » serait peut-être un meilleur terme, d’ailleurs, plutôt qu’arty, et justement parce ce qu’il désamorce tout soupçon de snobisme quinzième degrés, pris dans cette acception, en même temps qu’il laisse planer le sentiment de certaines aspirations démesurées, de trait consciemment mégalomaniaques, décochés comme tels – au sublime sale, à une poésie brutale mais précieuse, à la grandeur dévastée… C’est déjà désarmant – et comment un mec qui jouera plus tard dans un truc appelé « Ass of Spades » peut-il afficher ici et ailleurs un tel sérieux, manifestement pas pour la galerie ? C’est déjà surprenant – que ça prenne aussi bien, aussi vite, passée la première surprise, l’effet « c’est quoi ce bordel baroque ?? » presque tout de suite dissipé.

Eh… C’est une manière – les proportions déformées, la taille en angles bizarre, en grain irrégulier. Et puis ce nom… Un seul œil, il paraît, ça nique la perspective. Il faut bien chercher autre chose, ailleurs, pour retrouver les plans de profondeur. Et puis Odin, on vous dit (si c’est lui) : on s’y perd – dans ses buts, son destin, le fil de ses apparitions. Alors dès là, dès lors : n’essayons pas de saisir avant qu’il en dise plus. (Et méfions-nous, alors, de ce qu'on croit comprendre).

note       Publiée le mercredi 13 mai 2020

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Note moyenne        3 votes

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Dioneo › lundi 18 mai 2020 - 14:45  message privé !
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La suite est prévue - la trilogie puis les deux derniers, au moins... Pour les compiles (Titania, oui, et la somme/refonte Return to the Past), et les EP, on verra plus tard, si j'en cause .

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Demonaz Vikernes › dimanche 17 mai 2020 - 21:52  message privé !

pendant une (courte) période ce projet m'a pas mal branché. Mais pas les vieux trucs, comme ce I ou le Titiana qui contient des morceaux de la même époque si mes souvenirs sont bons.

Dioneo › jeudi 14 mai 2020 - 14:17  message privé !
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Alors attention : oui et non ! Return to the Past, ce sont les morceaux des deux premiers albums (celui-là et le nommé II, donc), présentés dans l'ordre des disques d'origines mais réenregistrés + 5 morceaux pris tesls quels sur l'EP 3.5 (sorti entre le III et le IV, donc... oui, après il s'est mis à faire des disques avec ds "vrais" titres), sur le CD1. Et le CD2, ce sont : 4 morceaux tirés du III, pas réenregistrés mais remasterisés + un inédit + 2 morceaux tirés de l'EP Titiana (à priori sans changements). Il dit, lui que c'est plus "une réinterprétation" qu'une "compile classique".

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Klarinetthor › jeudi 14 mai 2020 - 14:05  message privé !

Plus proche de walter ben pour la note, ça me transporte dès le premier album (c'est bien le même que le début de Return to the past, hein?)

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