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Dr. John › The Sun, Moon and Herbs

  • 1971 • Atco SD 33-362 • 1 LP 33 tours
  • 1993 • Atco AMCY-232 • 1 CD

lp/cd • 7 titres • 39:17 min

  • 1Black John the Conqueror6:20
  • 2Where Ya at Mule4:55
  • 3Craney Crow6:40
  • 4Familiar Reality-Opening5:25
  • 5Pots on Fiyo (Filé Gumbo) / Who I Got to Fall On (If the Pot Get Heavy)5:48
  • 6Zu Zu Mamou7:57
  • 7Familiar Reality-Reprise1:53

informations

Enregistré/mixé aux Trident Studios, Londres, et Dimension Recorders, Hollywood, Californie (Familiar Reality-Opening) par Judd Philips, Roy Baker, Albhy Galuten, Tom Dowd, Howie Albert, Karl Richardson, Ron Albert. Produit par Charles Greene et Malcolm Rebennack (Dr. John).

line up

P. P. Arnold (chœurs), Grahame Bond (saxophone alto), Victor Brox (trompette de poche, orgue), Eric Clapton (guitare slide), Dr. John (voix, piano, orgue, guitare, vibraphone, percussions, arrangements), Jim Gordon (congas), Wayne Jackson (The Memphis Horns ; leader, trompette), Chris Mercer (saxophone), Doris Troy (chœurs), Steve York (basse, basse acoustique), Freddie Staehle (batterie), Tommy Feronne (guitare rythmique), Ray Draper (tuba, percussions, chœurs), James Mitchell (The Memphis Horns ; saxophone baryton), Adrew Love (The Memphis Horns ; leader, saxophone ténor), Ed Loga (The Memphis Horns ; saxophone ténor), Jack Hale, (The Memphis Horns ; trombone), Roger Hopps (The Memphis Horns ; trompette), Joni Jonze (chœurs), Mick Jagger (chœurs), Shirley Goodman (chœurs), Tami Lynn (chœurs), Bobby Whitlock (chœurs), Keneth Terroade (flûte), Carl Radle (basse), Bobby Keys (saxophone ténor), Jesse Boyce (basse), Freeman Brown (percussions), Walter Davis (piano), Ron Johnson (basse), John Boudreaux (batterie), Ronnie Baron (orgue), Jerry Jumonville (saxophone), Ed Hoerner (trompette), Calvin « Fuzzy » Samuels (congas), Jim Price (trompette),

chronique

Les « réalités familières » (citée à deux titres, comme titres, ici), soyons clairs : pour ce type-là, ce ne sont pas, ce n’étaient pas à cette époque celles de tout le monde. Et celles de sa Nouvelle Orléans, de sa Louisiane – nocturne, vaudou, enivrée, intoxiquée, marécages, cul-de-sac/coupe-gorge – ce n’est pas tout à fait celle d’autres mondes urbains, des hippies, babos déjà post-hippies, encore psychédéliques. Londres, même San Francisco, c’est ailleurs – ça paraît loin. Beaucoup, de ces autres là-bas, pourtant, sont venus s’abreuver ici – source chaude et/ou fraîche selon, bouillonnante... vivifiante et dangereuse. Certains y sont littéralement, d’ailleurs, cette fois – Eric Clapton, Mick Jagger (l’année où lui et les Stones avaient sorti Sticky Fingers… ben tiens). Mais à vrai dire : ce ne sont pas ceux qu’on entend vraiment, qui pavoisent, là (Clapton est à la slide, à la bonne place dans le mix ; Jagger est aux choeurs). Sans doute, ils sont les bienvenus mais… C’en sont d’autres, c’est autre chose qui SONNE. Le Dr, bien-sûr – John, Malcolm, Mac Rebennack, The Night Tripper… – qui écrit, qui combine, qui arrange, qui guide la parade, le rite. Et puis d’autres Locaux, de l’état dans les bayous – du sud cramé, plus largement, touffu, Amérique avec une autre histoire qu’au nord, en creux, de celle-là, souvent, opaque pour l’impétrant. The Memphis Horns et leurs lignes d'ors et d’argent magnifiques, souples, drive glissant ; les chorales gospel qui allument la tête et enflamment le sang… Le piano de John et des autres – plein d’ancêtres particuliers (Prof Longhair, Huey Smith, Louis Jordan…), groove dérivé du vieux stride, qui l’emmène dans un autre corps – corps électrique, corps chatoyant, corps… Collectif. Ce qui les réunit, tiens – les Louisianais, ceux d’Albion, les gobeurs d’acide et fumeur de buissons vert-ardent (il y en aura, il y en a certainement pléthore, dans ceux qui aimaient ça, à l’époque – au même niveau, sans soupçonner qu’il se passait peut-être autre chose, là, que les sorties pop, rock, « pour les jeunes de l’époque » ; il en reste encore sans doute encore pléthore qui l’écoutent ainsi – et je ne dis pas que ce serait une erreur, un mauvais angle, hein) – c’est bien cette transe d’ensemble, le pas apparemment indolent mais la substance brûlante, les circulations intenses, l’énergie qui déborde et saisit. La recherche de la Vision. La différence, disais-je, c’est que pour le Doc et ses compagnies, tout ça tenait du quotidien (un quotidien d’initiés, oui), là où pour les chevelus psyché, il avait fallu creuser, ramener des bribes, dans cet argot de confrérie, ces traces enregistrées, chez ces vieux de passage sur leurs scènes… Des signes à déchiffrer – de ces cultes qui rongent l’autre, le grand-reconnu (l’Église, oui – enfin, toutes celles à peu près « officiellement », canoniquement chrétiennes – déjà pas toujours simple à déterminer, ça, au pays des Pères Pèlerins) ; des chapelles louches aux yeux de l’orthodoxie ; des comptines qui voyagent, où ça cause, partout où ça se pose, d’aller au puits et qu’au retour, une poule est crevée (Craney Crow). D’un type qui voulait épouser Eulalie, la fille du diable – son nom devenu celui d’une plante, d’une racine, ingrédient et aliment de magie, qui se mange et dont on fait des bougies (John the Conqueror – alias la racine de Jalap, semble-t-il ; et quelle foutue brillante entrée en matière, pour un tel disque !). Ici encore – c’est très fréquent sur ses disques de cette époque – Dr. John convoque grelots et légendes, chuchotements, égrène ces histoires comme une langue naturelle, en toute fluidité. Comme rarement ailleurs on se croit en terre simplement arpentable – et au revers de notre attention, de l’enchantement (eh…) l’atmosphère fantastique (littéralement, là aussi) s’épaissit, déboussole, illumine ; Rebennack et sa congrégation nous coule ses métaphores et mots de passe à sens multiples, profitent de ce qu’on se croit venus seulement au bal rhythm’n blues pour nous faire basculer dans cette nuit pleine de feu révélateur et vorace – qu’on se rappelle aussi, au passage, que le « seulement » a toujours été une affaire embrouillée, riche de contradictions et de nœuds électifs, en ses terres (rhythm’n blues donc, blues, jazz, jive…). De cette époque où rien de ce qu’il sortait ne sonnait faux, ne sonne terni, entendu d’ici – dont il dira plus tard, aussi, avoir oublié des pans entiers, complètement, tant l’état second ou plus encore y tenait pour lui du fait constant (l’usage intensif des substances combinées n’y étant évidemment pas pour rien, ne pas se leurrer) – The Sun Moon and Herbs (et non pas « and Earth »… les décoctions, concoctions, fumigations placés dans le tire à la place du sol ferme – c’est un autre soc, oui, une autre base) brille d’un éclat particulièrement attirant, vif et sourd tout autant, émane des sucs spécialement entêtants. Il nous happe en pleine Dimension – une qu’on effleure normalement pas, où les voix d’une rigide raison clament qu’on ne doit pas cheminer, qu’on ne peut que s’y perdre. Une autre qui nous souffle : « Allez vas-y, qu’est-ce que tu risques, c’est juste un disque de rock, c’est rien d’autre que bonnard ». Et le Dr., impassible, chante encore en dodelinant. (« There's an old man who lives down on Decatur Street/He's got a little word of wisdom for every single soul that he meets/Every time he get next to me he try to tell me that I really can be/Be one with everything free living in eternity/Lord and I'll never forget him because I tell it… ». Et les filles de l’Ethiopian Church et le Lippu d’en face sur l’Océan partent en réponse comme une bouffée glorieuse : « Black John the Conqueror… In his hand »… On suit le mouvement de ces mains innombrables, leurs gestes amples et précis qui caressent, attrapent et déploient cette immanence-épiphanie).

note       Publiée le lundi 27 avril 2020

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WZX Envoyez un message privé àWZX

Belle découverte, merci ! Where Ya at Mule me touche particulièrement

Cinabre Envoyez un message privé àCinabre
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Bien parlé, Dio!

Message édité le 10-02-2023 à 00:05 par Cinabre

Note donnée au disque :       
vargounet Envoyez un message privé àvargounet

Je ne connais que trop peu pour juger de l'intégralité du disque mais j'ai découvert zuzu mamou dans l'excellent Angel Heart de Alan Parker. Le morceau trouve tout à fait sa place entre deux sessions vaudou et la voix me fait penser à Alice Cooper.

Message édité le 09-02-2023 à 21:20 par Vargounet

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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"Cet album peine à être à la hauteur d'un Tom Waits moyen"... Comment dire ? Tu veux pas faire encore plus dans l'hyperbole dépréciative, l'hyperbole de moyennisation, histoire qu'on comprenne bien que toi qui sais, tu sais aussi remettre à l'heure les pendules des chroniqueurs qui s'enflamment et foutent six boules juste parce qu'ils trouvent que ça vaut six boules (les foutriquets, quand-même) ?

Et pour embrayer sur du plus serein vu que l'impression de ton péremptoire, ça vient souvent de l'écrit sous forme net (contexte ou pas de etc.), et que tu donnais peut-être tout simplement tout comme moi juste ton avis... Bref, pour répondre à un point que tu soulèves : j'aime aussi énormément Gris Gris mais ça ne m'empêche pas d'aimer tout autant celui-là, que je trouve assez différent, pas de la même couleur, bien plus chatoyant et cramé de soleil quand l'autre se faisait un plaisir de nous noyer direct dans le bayou. J'aime aussi d'autres disques de lui encore plus franchement funky et qui n'essayent pas de sonner "voodoo". Et je ne vois pas pourquoi je devrais me fixer sur Gris Gris comme une patelle sur son rocher et bouder les autres parce que "quand-même, son premier coup d'essai c'était un coup de maître c'est insurpassable messieurs-dames".

Pi j'aime Tom Waits, aussi, sans tout connaître mais me plaisant dans un peu toutes ses périodes. Et ouais je vois bien des points de comparaison. Mais je trouve que non, c'est pas pareil.

Note donnée au disque :       
vigilante Envoyez un message privé àvigilante

Il est bon mais n'en rajoutons pas...On voudrait retrouver la spontanéité de Gris Gris, mais il est normal que Mr John cherche à faire avancer son truc. "Cherche", c'est bien ça le mot. Si il n'y avait eu le morceau Zu Zu Mamou je ne sais même pas si j'aurais investi dans ce fameux coffret, tellement le premier album me sied. Cet album peine à être à la hauteur d'un Tom Waits moyen. Les tirs de mortier à un moment...on les réserve la bas pour le Mardi Gras OK super, ici c'est différent. Ca se paye.

Message édité le 09-02-2023 à 19:16 par Vigilante