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Ijahman Levi › Haile I Hymn (Chapter One)

  • 1978 • Island ILPS 9521 • 1 LP 33 tours
  • 1978 • Mango Records MLPS 9521 • 1 LP 33 tours
  • 1989 • Jahmini CDJMI 100 • 1 CD

lp/cd • 4 titres • 36:37 min

  • 1Jah Heavy Load5:23
  • 2Jah I No Secret10:22
  • 3Zion Hut13:21
  • 4I’m a Levi7:29

enregistrement

Enregistré au Joe Gibbs Studio par Errol Thompson. Mixé aux Compass Point Studios par Alex Sadkin et Steve Sanley.

line up

Adrian Brett (flûte alto, flûte à bec), Jim Buck (cor), Sly Dunbar (batterie), Bobby Ellis (trompette), Richard "dirty Harry" Hall (saxophone ténor), Ossie Hibbert (piano), Ijahman Levi (voix, guitare acoustique, guitare rythmique), Earl "wire" Lindo (orgue), Willie Lindo (guitares rythmique et acoustique), Herman Marquis (saxophone alto), Errol « Tarzan » Nelson (piano), Lloyd Parks (basse), Michael Richards (Micky Richards) (batterie), Robbie Shakespeare (basse), Earl "chinna" Smith (guitares rythmique et acoustique), Tony « Groco » Utah (percussions), Steve Winwood (orgue), Alan Beever (flûte alto), Val Douglas (basse), Eddie Blair (flugelhorn), Hi Ho Silver and the Sons of Negus (percussions), Robbie Lyn (piano), Del Richardson (guitares rythmique et acoustique), Geoffrey Chung (guitares rythmique et acoustique, orgue), Bo-Pee Bowaen (guitare lead), Joni (guitare lead)

remarques

chronique

Fait lourd, non ? … Et puis : on ne peut pas sortir, pas plus d’une heure – y’a réclusion générale, confort plus ou moins, selon, sauf si tu taffes dans un secteur à risque d’utilité supposée vitale. Et puis de toute façon, dehors : les gens se regardent de travers – ceux qui portent le masque (pris de suspicion ? qui éveillent la suspicion ? qui l’a, qui est susceptible de … ?), ceux qui s’en battent et crachent par terre comme d’hab’. Besoin de vaste, encore, d’une chaleur moins pesante. Allez, alors : un peu de reggae moelleux. Du genre épais, avec des basses bien rondes, bien lourdes aussi mais pas pareil que le temps et l’ambiance du jour – un 25 avril de confinement donc, à Lyon, France. Pas du genre qui fixe au sol stagnant, ce poids-ci du son... (Et non : j’ai rien à consumer/consommer, cette fois, remballez la vieille blague sur le rasta qu’en a plus… merci. Pas besoin à tout prix, oubliez ça, un peu, laissez-vous aller. Puis si vous en avez : laissez-vous aller aussi, dites-vous que Sleep ou Wizard, au fond, c’en est aussi, de la basse qui masse en vous roulant dessus…). Bon, et puis en terme de réconfort, quelque chose se passe, au vrai, qui déplace les habitudes, ce qu’on pouvait attendre en venant cheminer à cette ombre-et-soleil là – reggae roots marqué dans le nom, le titre, évidence dès l’image de la pochette, à la croisée label/année (Island en 1978, avec le reste : peu de chance de se tromper). Mais déjà : ces longueurs de morceaux. Cinq, sept, dix… Treize minutes ! Et ce ne sont pas des versions dub, exercice où c’est déjà bien plus courant, de dérouler comme ça. (Si ça se trouve contrairement à de que dit la légende ce serait pas "toujours pareil, le reggae" ?? "Et que-dit-un-rasta-qui-a-perdu-sa-b…" OH TA GUEULE !). C’est un disque plutôt particulier, oui, sous ses airs. Des chants-épopées – hymnes, dit-il, à son, ses héros et terres promises. (Sélassié, Zion, les Rivières de Babylone qu’il faut franchir… c’est sûr, la rhétorique est connue dans le secteur). Et le gars prend donc son temps – y met du souffle. Combine des harmonies pas piquées – en couches, multipliant ses prises pour faire chorale avec lui-même, en tonalités mélancoliques ou simplement calmes – douces et tristes, souvent, chaleureuses. Se prend de passages de récitation, aussi, de parler-chanter – mais sans tonnerre, sans déclamation façon Sing-jay ou toaster, pas totalement du spoken-words. La narration se passe autrement – sans que la musique, jamais, se relègue au plan, de l'illustration. Des cuivres – et des flûtes, d'autres soufflants – passent, émergent dans le mix, disparaissent. La batterie – souvent en avant – découpe le rythme avec finesse sans perdre l’obsessionnel de la frappe, avec un jeu de cymbales à vrai dire pratiquement jazz, quelque chose de cet ordre-là, toujours, dans le flottement, avec les percussions qui répondent et tissent. Les guitares sont curieusement placées – on se rend compte à force qu’elles sont multiple, elles aussi, en couches multiples, en perspectives. Des solos au son éraillé – pas loin de Junior Marvin sur le Babylon By Bus live de Marley et des Wailers, proche aussi des saillies de ce genre chez Peter Tosh, à la même époque (version souvent plus rude de ce trait-là, de cette idée). Des chorus – là encore plus jazz, nuancés, filés sans fin apparente – presque cachés derrière le reste, à première écoute, qui font texture, s’intriquent avec les claviers, eux aussi multiples, en fugues… Il y a quelque chose d’un psychédélisme diffus, là-dedans – brumeux, moins cramant, moins poisseux qu’il peut l’être sur nombre de disques contemporains à celui-là, arborant la même bannière. Il y a… Steve Winwood, aussi, curieusement, derrière l’un des orgues – celui de Traffic, oui, qui dix ans avant ne faisait pas les choses comme les autres, qui s’était entre temps mêlé à bien d’autres battues hors-pop, que ça marche ou pas, pour que l’aventure, la pratique le dise. (Qu’incidemment, ces vingt ans là, on retrouve de chez Hendrix à chez Talk Talk, en passant par le Berlin de Lou Reed – et par le présent Havre jamaïcain, donc). Tout ça s’étire en épisode particulièrement apaisant, méditatif – et perturbant, oui, une fois qu’on a entendu ce qui n’est pas « comme d’habitude » sur la plus longue plage – Zion Hut – avec ses flûtes qui s’égayent en fanfares d’entre veille et sommeil, qui voyagent d’un poème, d’une ligne à l’autre, surgit et plonge, encore, dans la coulée du mixage, du morceau. Et la conclusion – I’m a Levi : manifeste, donc, en même temps – est encore plus étrange. La musique, à un point, quitte carrément la forme reggae – se ralentie en une espèce de soul, d’espace-interstice qui rêve l’envolée (et la formulant : la touche). Elles ont quelques chose de bruineux, j’ai toujours trouvé, ces deux pistes finales – je les entends toujours ensemble, d’ailleurs, au point même de les confondre. Ça rafraîchit, la pluie, ça fait un bruit qui peut poser, desserrer l’atmosphère, ouvrir. Ça tombe bien, tiens : dehors – ce 15 avril de confinement – ça a pété, l’orage. Et là, sur Lyon, ça tombe, doucement. « Ça dit quoi, un rasta qui en a retrouvé ? »… Et trouvé quoi, d’abord. Eh bien… Un drôle de sans pareil déguisé en chapitre de plus. Sorte de trésor mineur planqué dans les années – que ça nous passe comme ça, longtemps après, au détour d’un moment où on attendait rien (et pour ma part, il y a déjà un bail : où j’ai eu l’impression que lui m’attendait… comme pour me faire partir, d’ici, sillonner d’autres chemins, dans ce bout-là de territoires).

note       Publiée le samedi 25 avril 2020

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Dioneo › lundi 27 avril 2020 - 15:17  message privé !
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Ouep, écoutez-le (avec ou sans confinement, aussi).

Sur Winwood : perso j'avais commencé "par le début", c'est à dire par les deux premiers de Traffic, Mister Fantasy, qui est chroniqué ici et le suivant, simplement titré Traffic et sorti l'année d'après (1968 donc). Assez loin du reggae, pour le coup mais très bon aussi. Et plus tard, sur les albums des années 70, Traffic/Winwood jouera/joueront aussi avec Rebop Kwaku Baah, un percussionniste ganéhen qui apparaît aussi bien sur des trucs tardifs de Can (l'album Can de 1978) ou d'Holger Czukay en solo, pour Third World, sur des trucs solo de Wally Badarou (un Franco/Béninois qui a produit ou joué des synthés opur "tout le monde" dans la "world" comme dans la "pop" et plus, Marianne Faithful, Manu Dibango, Wasis Diop, Jimmy Cliff...).

Bon, et c'est clair que dans tout ça, ces brassages, Chris Blackwell/Island ont dû beaucoup jouer, ont bien fait catalyseur, quoi.

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brotsch › lundi 27 avril 2020 - 13:23  message privé !

Ben tu vois, avant ta chronique j'ignorais la présence d'un type ayant bossé avec Hendrix et Talk Talk (?), et de jazzeux anglais. Et effectivement ils ne sont sans doute pas pour rien dans le fait de rendre cet album si particulier à mes yeux. Comme quoi c'est toujours chouette de lire une chro d'un type qui connait et à potassé son sujet… (et accessoirement il va falloir que je me penche un peu plus sur la carrière de cet organiste). Et puis écoutez ce disque. Avec ou sans orage.

Dioneo › lundi 27 avril 2020 - 12:03  message privé !
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Oui, on est d'accord, ça se gâte malheureusement très vite - notamment parce que le "virage lover" prend vite toute la place, et que la suavité du truc, la voix prise dans des orchestration moins euh... plus mélasse rose que miel épicé, tombe tout de suite du mauvais côté de ces choses. (Dès Are We A Warrior, pour moi, et à contrario de la continuité avec celui-là que pouvait laisser supposer le titre).

Sinon en effet aussi, pour les instrumentistes "un peu toujours les mêmes", c'est assez dingue le nombre de disques où on retrouve tous ces noms, ensemble ou en partie, dans le reggae de l'époque ! Avec ici quelques "exogènes" qui apportent encore autre chose - Winwood donc, mais également quelques jazzeux anglais pas forcément dans leur élément le plus habituel (d'où des touches qui peuvent surprendre au début, encore, genre le cor, un instrument/timbre qu'on entend quand-même pas des masses dans "le gros du reggae roots").

Note donnée au disque :       
brotsch › lundi 27 avril 2020 - 11:48  message privé !

Un régal ce disque, avec ces instrumentistes au top (de toutes façons c'est toujours un peu les mêmes), et la voix d'Ijahman c'est du miel. Les légères excursions hors sentiers battus (proche de la soul comme l'indique la chro) restent très cohérentes et fraiches, très roots dans le fond. La suite de la carrières du gus ne sera malheureusement pas trop à mon goût, j'ai notamment un souvenir un peu difficile d'un disque de lover en duo, qui tournait beaucoup près de chez moi (I do).