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Aesop Rock › Skelethon

cd • 15 titres • 55:06 min

  • 1Leisureforce
  • 2ZZZ Top
  • 3Cycles To Gehenna
  • 4Zero Dark Thirty
  • 5Fryerstarter
  • 6Ruby '81
  • 7Crows 1
  • 8Crows 2
  • 9Racing Stripes
  • 101,000 O'Clock
  • 11Homemade Mummy
  • 12Grace
  • 13Saturn Missiles
  • 14Tetra
  • 15Gopher Guts

line up

Aesop Rock (MC, production)

Musiciens additionnels : Allyson Baker, Hanni El Khatib, Rob Sonic, Kimya Dawson, Murs

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
alternatif / abstract

Un squelette de chat ? C'est vrai, ça aide pas. Skelethon a fini par me prendre dans ses filets, pourtant. Malgré (ou grâce à) sa fusion énergico-bancale, sa façon paradoxale d'aborder les choses de façon "catchy" et pourtant obstinément biaisée... En diagonale dans ta gueule. Abstract stéroïdé ? Réponse au Cancer 4 Cure de El-P ? Loin de l'ambiance cotonneuse et floue de Labor Days, Aesop Rock a muté, de désillusion en désillusion, sur une décennie en dent de scie, pour devenir en 2012 cette version plus puissante de son ancien lui. Il s'est upgradé. Constitué une carapace sonore plus rock, rugueuse, garnie de piquants et de loupiotes. Une mixture fracturée-stressée, tressée de sons organiques autant que synthétiques, des beats à fragmentation sur lesquels il a scotché ses habituelles rimes sibyllines (à l'exception de cette confession brutale sur le final), un charabia flamboyant qui mitraille nonstop, retranscrivant en allégories le bordel dans ses souvenirs, regrets, ruines de l'ère Def Jux, auto-analyse amplifiant le chaos des pensées au lieu de le résoudre. Le cœur s'est endurci. La solitude est féroce. Son rap a plus que jamais un air de survie dans un monde auquel il refuse de s'ajuster, en contraste avec son allure de grand dadais à la cool qui se fera pas remarquer en soirée. Aesop atteint le point de non-retour dans son hip-hop parano-mélancolique sous perf S-F. L'isolation le pousse à nourrir son langage toujours plus cryptique et foisonnant, avec ses codes, ses gimmicks ("down from a huntable surplus to one"). Arrivé aux berges de la midlife crisis, il est condamné à s'ausculter les névroses, à bricoler à la Mac Gyver sa petite mythologie de geek américain moyen, avec ce qu'il peut chopper à portée dans les décombres de son passé. En crate-digger acharné, apte à coller des taquets à ses maîtres, même sans Blockhead. Un peu comme le Old Boy confiné dans sa piaule, Aesop frappe les murs pour se maintenir une forme, suit de loin le tumulte du monde, à travers un vieux tube cathodique. Confiné dans son mental de mec qui pense trop, écrit trop, se mine trop, il balance du kérosène sur ses visions ("Zero Dark Thirty", "1000 O'Clock") et nous invite à le suivre au fond de lui-même - chemin tortueux qui le mènera à The Impossible Kid - comme dans un labyrinthe truffé de trucs qui clignotent, de bouts de robots morts et de consoles fracturées à coups de poings. Aesop booste son style ambivalent, son charisme à la fois tête à claques et magnétique. Déploie une ambiance rap-anticipation rien qu'à lui, dans laquelle rap 80's et 90's, electro, blues et indie rock se confondent. Aesop Rock a plus que jamais ce flow grave, austère, et didactique, désespérément mécanique même quand il est passionné. Un flow très technique mais crispé, qui articule de façon surlignée et maniaque, s'épuisant à serrer les mâchoires à chaque rime. Comme s'il était atteint d'une maladie neurologique dégénérative ou une saloperie du style. Flow clivant, sûr... Mais aux manettes, pfiou, quel beatmaker incroyable ! Les instrus même quand elles ont l'air de party tracks triviales, sont toujours piégeuses, les rythmiques souvent complexes, concassées et incrustées de samples flashy-taquins, comme autant d'implants bioniques dans son cerveau en souffrance, et chaque prod instille sa force au fil des réécoutes. La rythmique concassée sur "Leisureforce" choppe au col. Aesop a déjà ce truc déstructuré-fluide qui interpelle direct. "ZZZ Top" pète des quetsches cosmiques dans la caboche, pseudo-raprock mélodique qui vrille sans cesse... "Cycles To Gehenna" impose son boom-bap foisonnant, zébré de sons électriques. "Zero Dark Thirty" bombarde de lasers, son ambiance me rappelle ce vieux tube des Bomfunk MC's (tmtc). Bon je fais quoi, je les cite toutes ? Jusqu'à la puissante "Gopher Guts", qui gronde comme les entrailles d'une étoile noire dans le ciel aesopien... Skekethon squatte dans les baffles, sous ses airs de bidule abstract hip-hop à écouter par curiosité comme mille autres. Dire que je l'ai laissé moisir dans mes fichiers mp3 pendant des années, pfff, quel con... "Grower", comme disent les ricains. Maintenant que je le regarde bien, je le trouve étrangement beau, en fait, ce squelette de chat... Et Aesop Rock m'apparaît comme un amoureux fanatique incurable du hip-hop, pur de vrai, qui déborde d'envies de sons customisés qui tabassent autant qu'ils s'incrustent malignement au fil des réécoutes, qui fignole comme un acharné ses boucles, griffonne ses obsessions en lignes tassées dans ses cahiers tel un John Doe insomniaque. Il y a tant d'idées de beats qui butent là-dedans, et tout s'amalgame, parfois de façon "testuoesque", en développant une énergie assez magistrale... Chro maladroite et trop longue mais rien à cirer : rap froid de geek fébrile mais en feu, en fusion, en force ! Aesop rocks.

note       Publiée le lundi 6 avril 2020

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Note moyenne        3 votes

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Klarinetthor › mardi 7 avril 2020 - 13:33  message privé !

le dernier d'Aesop Rock qui me cause

Note donnée au disque :       
Damodafoca › mardi 7 avril 2020 - 09:32  message privé !

Le début de la renaissance ? Très bon disque, et le suivant est meilleur encore. Quant au divorce remarquable avec El-P, parait que des indices sont dans la pochette du disque.