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Zero Kama › The Secret Eye of L.A.Y.L.A.H.

cd • 11 titres

  • 1Death Posture 3:12
  • 2Atavism Dream 3:52
  • 3Night Of Matter 3:21
  • 4Inaguration Of The Pleasure Dome 3:55
  • 5Love Alway Yieldeth 4:03
  • 6Azure-Lidded Woman (Pregnant Womb Of Non) 3:50
  • 7Hassan I Sabbah 4:03
  • 8Starlit Mire 3:53
  • 9Winged Eye Hadit 5:12
  • 10Love Alway Hardeneth 3:58
  • 11Town Of Pyramids (Night Of Pan) 3:28

enregistrement

All instruments on this recording were solely made from human bones and skulls. Recorded between 5th and 28th of May 1984 An LXXX in the Secret Temple of Laylah.

line up

Zoe DeWitt

remarques

chronique

Styles
dark ambient
indus
Styles personnels
dépouilles mortelles percussives

The Secret Eye of L.A.Y.L.A.H. est l'album séminal par excellence. Sorti en toute discrétion en 1984 en cassette sur son propre label Nekrophile Records, cet unique album de Zero Kama enregistré uniquement à partir d'instruments faits d'os humains a fait son chemin dans les sphères musicales obscures sans promotion aucune au fil des années, et ce tandis que sa génitrice s'en est allé vers d'autres horizons. Après une réédition LP en 1988 ce n'est en effet que vers la fin des années 2000, à l'heure de l'internet 'social', que Zoe DeWitt prend conscience de l'importance de la germe qu'elle a déposé dans les oreilles de nombre de musiciens underground autour du globe. Sans Zero Kama pas de Halo Manash, pas de Voice of Eye, pas de Phurpa ni de Khem, et la moitié de la scène rituelle en moins... Pour tant important qu'il soit musicalement, retrouver le contexte dans lequel cet album est né s'avère tout aussi fascinant. Zoe DeWitt -alors Michael- est une artiste autrichienne qui étudiait la musique électroacoustique à Vienne au début des années 80. Déjà très au courant des performances actionnistes et des mouvements post-Throbbing Gristle, elle rejoindra épiscolairement le Temple of Psychick Youth, attirée par le bouillonnement d'idées autour de la transgression et de l'acte-pour-l'acte. Si son premier projet Korpses Katatonik était influencé directement par SPK, jusqu'au nom, c'est le tout premier Themes de Psychic TV -qui fait mension d'une flûte en fémur- ainsi que les correspondances avec John Balance qui esquissait un certain projet nommé Coil qui poussera DeWitt dans ses retranchements. Ce n'est un secret pour personne que le TOPY se transformait peu à peu en secte dogmatique gravitant autour de Genesis P-Orridge, et plusieurs membres désabusés s'en sont allés dans leur coin faire leur beurre : David Tibet formera son Current 93, John Balance et Peter Christopherson leur Coil et DeWitt son Zero Kama. Son label Nekrophile peut s'ailleurs se targuer d'avoir publié le tout premier enregistrement de Coil, 'Here to Here' étant sorti sur la compilation The Beast 666 en 1983. Vint 1984, année critique : Current 93 sortait LashTAL et Nature Unveiled, Coil sortait How To Detroy Angels ; tous trois sur, surprise, L.A.Y.L.A.H. Antirecords. Pourtant si l'ombre de Crowley plane sur tous ces projets, c'est bien l'esprit d'Austin Osman Spare qui les imbibe : plus anarchique que dogmatique, plus individualiste que sectaire - que ce soit parodique ou non. Mais revenons-en à Zero Kama et la question pragmatique qui l'entoure : des instruments en os humains, vraiment ? Zoe est aujourd'hui plutôt loquace sur la question : elle a d'abord eu vent d'une catacombe dont les os étaient en trop mauvais état, puis d'un charnier où elle trouvera tout le nécessaire et le ramènera dans de gros sacs poubelles. Les anglais de Metgumbnerbone, autre formation fascinante qui avait entrepris de sortir une cassette sur Nekrophile ont tenté l'expérience avec moins de succès : six mois de travaux d'intérêt général... S'ensuit pour Zoe une grande période de confinement – on sait ce que c'est - mais le sien se passera avec des restes de cadavres dérobés. On imagine l'ambiance. Inlassablement elle découpe, lime, perce et tend jusqu'à former quelques flûtes, percussions et même un xylophone de ce curieux matériau. À l'écoute des possibilités et des limites tonales comme timbrales de ses artefacts uniques, elle enregistre sur son Revox toute une série de rythmes, de boucles, de drones ; un peu plus tard au studio de son université, armé de ses enregistrements maison et d'une certaine connaissance du découpage de bandes, elle juxtapose, superpose, cale quelques effets... et le tour est joué. Tout s'est passé pour elle comme une longue trance, une œuvre au noir saus aucun retour possible. Elle ouvre aujourd'hui les pistes pour comprendre les titres et la symbolique très crowleyenne de son symbole – une dague et l''oeil' de la nuit qui est bien évidemment tout autre chose. Il y a aussi la gematria autour des nombres 7 et 77 qui ont leur importance dans la kabbale et qui se retrouvent ici en pointillés, ne serait-ce que dans la formation du triangle. Et au delà de toute symbolique il y a le son, l'ambiance, le résultat. Un ensemble plutôt bref – 45 minutes – d'un distillat glaçant, primitif, hypnotique, à la fois relaxant et intensément macabre, de par les flûtes pseudo-cérémonielles, de par l'absence de toute tentative de 'faire peur', de par ce calme si maîtrisé ; l'impression voyeuriste de tomber sur un culte cannibale s'adonnant à un rite d'absorption ou à une purification de babas Aghori. Et surtout, surtout, des titres percussifs stéréophoniques pétrifiant dans leur essence - 'Night Of Matter', 'Love Always Yiedeth', 'Hassan I Sabbah'... Malgré ses connexions Zero Kama ne ressemble en rien à ses comparses du TOPY tant sa musique va puiser beaucoup plus profondément dans l'animisme primordial qu'on retrouvera plutôt chez les japonais de Vasilisk, dont on parlera inévitablement ici. Une tentative de jouer live s'avèrera frustrante pour Zoe et plutôt que de perdre sa raison d'être, elle en restera là pour le projet qui s'éteindra en laissant quelques pistes de plus -ressorties depuis chez Athanor, qui nous aura aussi gratifié d'une réédition de toute beauté de cet album il y a quelques années de cela. Et pour les retardataires et les moins fétichistes (un comble pour ce groupe) d'entre vous, la discographie complète du projet ressort chez Infinite Fog en triple CD/LP cette année. Ossements non compris.

note       Publiée le lundi 6 avril 2020

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taliesin › samedi 11 avril 2020 - 09:40  message privé !

Ouaip ! Un de meilleurs trucs de ritual ambient <3

Note donnée au disque :       
dariev stands › jeudi 9 avril 2020 - 23:05  message privé !
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et aussi dans la même catégorie que la double compil "Harmony Of The Spheres"

Note donnée au disque :       
dariev stands › jeudi 9 avril 2020 - 01:11  message privé !
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ce disque est extraordinaire. Il gagne à être écouté sans savoir de quoi il retourne... J'ai eu la chance de l'entendre sans savoir que c'était Zero Kama (dont wotzy avait essayé de me faire l'éloge, sans succès, y'a au moins 12 ans de ça, haha, mais j'étais plus snob que le snobisme,j'étais con), et j'ai immédiatement été frappé par la singularité SONORE du truc. C'est tellement à des années lumières de ce que la pochette et l'histoire du disque évoque, pour le coup ça plane à des années lumière au dessus de toute la mythologie qui gravite autour de cette scène post-indus, pourtant passionnante...Très bonne chronique, qui n'oublie pas de souligner l'absence de tentative de sonner darkos et le "calme maîtrisé". Il y a un côté "ok, on est passé de l'autre côté, bon, Adieu le Monde, que peut-il arriver maintenant ?" Je rangerai bien ce disque dans la même catégorie que Adnos de Eliane Radigue (merci à Manu) et le premier Toho-Sara (merci à Manu bis),mais sans m'expliquer pourquoi...

Note donnée au disque :       
Wotzenknecht › mercredi 8 avril 2020 - 20:36  message privé !
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L'impro fait partie du truc, c'est un peu tout le paradoxe Crowley qui se voulait individualiste mais que quand même, il faut bien écouter le Maître 666, parce que dans ses mensonges il a la vérité, ou dans la vérité des mensonges... le koan zen mal digéré qui caractérise tout autant GPO, quoi. Il faut plutôt se plonger dans Austin Osman Spare qui lui s'est vite défait de Crowley et a démontré par l'exemple comment on pouvait supplanter la tradition par l'action et l'intention. Z'eV parlait pas mal aussi, quand il allait voler ses plaques de fer dans des usines pour que le rush lui apporte une signification supplémentaire à son instrument.

Note donnée au disque :       
Rastignac › mercredi 8 avril 2020 - 19:58  message privé !
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En lisant le petit speech en pdf qui narre ces années, je me demande si après tout ces gens savaient ce qu'ils faisaient. Y avait comme un fumet d'improvisation sur de la tradition qui reste pas piqué vu comme ça, genre je m'improvise luthier tantrique hop, c'est fait ! D'ailleurs il lui faudra des années pour aller au fond de certaines pratiques et les considérer comme reposant sur de mauvaise fondations (je paraphrase ce qu'elle dit de Crowley, ce que j'en ai compris). Après, je suis curieux de savoir ce que sont devenus ces instruments en os...