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MC5 › High Time

  • 1971 • Atlantic 8285-1 • 1 LP 33 tours
  • 1992 • Atlantic 8122-71034-2 • 1 CD

cd • 8 titres • 41:46 min

  • 1Sister Anne7:23
  • 2Baby Won’t Ya5:32
  • 3Miss X5:08
  • 4Gotta Keep On Movin’3:24
  • 5Future/Now6:21
  • 6Poison3:24
  • 7Over and Over5:13
  • 8Skunk (Sonicly Speaking)5:31

extraits audio

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enregistrement

Enregistré par Geoffrey Haslam aux Artie Fields Studios (Detroit), sauf 1 enregistrée au Lansdowne Studios (Londres), Pye Studios et Artie Fields Studios (Detroit). Produit par le MC5 et Geoffrey Haslam.

line up

Michael Davis (basse, voix, ka), Wayne Kramer (guitare, voix, piano), Fred "sonic" Smith (guitare, voix, harmonica, orgue, papier de verre), Dennis Thompson (batterie, tambourin, voix, reen ( ?), tambours, grattoir ACME, percussion), Rob Tyner (voix, harmonica, maracas, rockas, castagnettes, conga)

Musiciens additionnels : Pete Kelly (piano sur 1), Charles Moore (flugelhorn et voix sur 1, trompette et arrangements de cuivres sur 8), Freedom Now : Joanne Hill, Brenda Knight/Merline Driscoll (voix sur 1), Larry Horton (trombone sur 1), Butch O’Brien (tambour basse sur 1), Skip « Van Winke » Knapp (orgue sur 3), Kinki Le Pew (mirachees ( ?) sur 4), Lil’ Bobby Wayne Deminer (wizze ( ?) sur 5), Leon Henderson (sax ténor sur 8), Dan Bullock (trombone sur 8), Bob Seger/Scott Morgan/Terry Trabandt/Dave Heller/Dr. Dave Morgan/Ellis D. & VM.FRD. (tambours et percussions divers sur 8)

remarques

chronique

"Anne, ma sœur Anne, change pas de main, je sens que ça vient" ? Il y a de ça. Avec au passage un bon coup dans les côtes à toutes les hypocrites bigoteries – Born Again N.R.A. ou Gauche Patchouli. La Sœur Anne en question ferait bien d’y repenser, la prochaine fois qu’en la Culbute ou bien au Comité elle criera au Sauveur… Dommage, disais-je, que Back In The USA – l’album précédent, tout en limpidités perçantes, rock’n’roll sans alibi Grand Soir, élégances adolescentes et brèves, si loin des lourds assauts de Kick Out The Jams qui avait attiré sur le groupe les grâces d’une époque acides-et-étendards – ait après ça cassé sa course. Incompris. Entendus comme trahisons : les cavalcades brèves, les histoires simples, les allures de virées juvéniles et le verbe revenu des meetings, échangé dans la rue sans apprêt dialectique. Argot trop rêche, au fond, pour les Sit-In. Dommage oui. Parce que le MC5 n’en avait pas fini. Parce que ceux-là même qui les avaient déserté en auraient entendu, à en croire ce High Time. De la raison de se déboîter, de l’âme en feux amplifiés, de la couleur en laves. De la sagesse piégée, de l’ironie fraternelle, de la brute et simple Anarchie proclamée. Du libre élan chopé en plein vol, en formes puissantes et vives. Ce dernier disque, en fait – dernier parce qu’arrivé trop tard, donc, et sur un bête malentendu ; parce qu’aussi peut-être, les gars tiraient un peu trop pour que ça dure, OK, sur toutes sortes de carburants – est une foutue créature. Un vrai bordel à ciel ouvert qui miraculeusement se tient tout seul, debout, compact. Jamais avant ça - Motor City, vous vous rappelez ? John Lee Hooker, la Motown, Stevie Wonder, Smokey Robinson, Edwin Starr, tout ça – le MC5 n’avait sonné si profondément Soul. Dans la voix de Rob Tyner – colonne ou flot d’acier souple, indestructible, diction assurée, si loin de toute tentation de forcer, tellement tenue, enfin. Dans ces chœurs – gospel ramené aux hymnes et aux défiances dans l’immédiat – en cavalcades et renflements de poumons, de cages thoraciques, de gorges voisines, c’est à dire : dans la chair. Dans la fanfare déglinguée – l'Armée du Salut prise en embuscade dans un rade, qui en repart heureuse et chaloupante – à la fin de Sister Ann. Dans celle – secouée, soulevée, tournoyée de traits brillants, de courbures éclatantes, incroyablement… Funk ! – qui jaillit en flambée au milieu de Skunk (Sonically Speaking), après qu’on avait bien cru que les guitares avaient tout dit. Ce même Skunk, en passant, ouvert par une minute de percussions louisianaises – de celles qui ne parlent jamais pour vous laisser tranquille. Les guitares, à propos : c’est bien là, à mon avis, qu’on trouvera – la plus complètement aboutie – cette fameuse alchimie, cette complémentarité magique souvent contée quand on en vient au duo Fred Smith/Wayne Kramer. Ici, l’un fiche dans le bitume les charges sidérurgiques, que l’autre puisse balancer sans faiblir ses gerbes de lames et d’hameçon ; ailleurs l’autre percute les riffs qui taillent dans le dur les voies où l’un envoie ses filées arrachantes. La section rythmique, aussi – audible, sur celui là dans toute son ampleur : ni brouillée par une prise de son bouillante mais brouillonne (comme sur Kick Out The Jams), ni asséchée par une production qui voudrait à chaque instant se rappeler des studios Sun (comme sur back In The USA) – vient propulser, rouler tout ça, induire des teintes, des angles piégés, des appels irrésistibles. Battement jazz, soul, disais-je, vrombissements de fauves – mais encore, avec tous les autres, inattendues syncopes presque latines, Boogaloo, en plein cœur du feu de barrage hard rock, garage. Chacun ou presque, aussi – à l’exception du bassiste Michael Davis – prend cette fois son tour d’écriture, musique et textes. C’est une part du bonheur, sans doute, de la haute réussite : que ces singularités livrées pleines – toutes influences, buts, visions, changeant à chaque index le tour de l’écheveau – s’épousent à la fin en un ensemble si compact, se nouent et se frôlent en mouvements sans perte, tumulte généreux plutôt que tension morte. De fait l’explication est peut-être bien des plus simples : le MC5, maintenant, sait camper de vraies compositions. Toujours crues – allures casse-vertèbres, sinuosités glissantes – mais tendues sur leurs exactes longueurs. Contrastées en faisceaux concentrés et volées d’audace folle. Plus aucuns mots – ainsi logés, ainsi articulés – ne peuvent non plus tourner au ridicule, à la plate élucubration. Aussi directe soit l’énonciation. Ou bien aussi vicieuse. Qu’ils clament les vieux mythes – vous savez : le Solitaire que rien ne peut riveter aux lopins, aux ménages, ce genre de choses ; et puis les appétits inextinguibles. Ou bien qu’ils cinglent les morales nouvelles – Sister Ann, encore, ou bien les Partisans et non les Artisans qui étalent leur sale spectacle. Ou bien encore qu’on vice-et-verse quant au quand et au quoi. Ou alors qu’on les mêle… Dommage, donc, ô combien, je le dis une dernière fois. Que cette merveille là s’écoute comme fin de la trajectoire et pas manière de point de départ. Parce qu’aux raisons de l’histoire on est tenu cette fois encore de ne pouvoir acquiescer. Parce qu’en dépit d’elles, le titre ne ment pas : ce disque-là est Haute Époque ; et on ne voit pas pourquoi il faudrait en redescendre.

note       Publiée le jeudi 12 septembre 2013

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Dioneo › dimanche 21 août 2016 - 15:49  message privé !
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Ah ben de toute la prod est - assez logiquement, étant entendu que live/1968-69 - bien meilleure que sur Kick Out the Jams ; et le son nettement plus puissant que sur le presque back-to-mono Back in the USA, ouais. (FIN DE LA PARENTHÈSE sinon, ouais).

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Klarinetthor › dimanche 21 août 2016 - 15:42  message privé !

J'arrette de pimponailler apres ca, mais j'ai bien un sillon egal aux autres sur la face. Anyway, belle musique. Ca sonne bien en vynil neuf aussi, on se prend rarement a trouver ca trop crado et pas adapté.

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Dioneo › dimanche 21 août 2016 - 14:51  message privé !
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Oui, très court. Mais sincèrement... On s'en branle un peu, du séquençage - vu que par ailleurs ça reste dans le même ordre (et donc garde le même "écoulement") etc. ... En plus sur un vinyle - support sur lequel le disque est sorti forcément à la base - le découpage en piste distinctes est plus une question de transcription sur papier/pochette qu'autre chose, dans les cas comme ça où y'a à peine une petite suspension (pas forcément super visible à l'œil nu dans les sillons), entre deux morceaux. Bref... L'ESSENTIEL EST PAS LÀ, QUOI ! (Par contre là je le réécoute enfin sur une platine CD qui buzze pas à mort - et même pas du tout - sur les parties silencieuses, justement, et qui globalement a un bien meilleur son que celle qui me servait depuis un moment... Ben ÇA, ça fait une différence ! On entend bien le son d'époque, certes ; mais surtout - très vite ouais - tous les détails de la musique. Et là...).

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Klarinetthor › dimanche 21 août 2016 - 14:41  message privé !

Tout est dans le detail et les details etant le tout: mais il y a un petit silence, quand meme, entre les deux parties?

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Dioneo › dimanche 21 août 2016 - 14:39  message privé !
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Ah ben ça dépend des éditions, alors... Sur ma version pas spécialement spécial quoi que ce soit, elles sont bien enchaînées sur la même piste. M'enfin oui, c't'un détail, de toute, et ce disque sent toujours autant l'incendie et la soul électrique, voilà.

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