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Goblin › Profondo Rosso

  • 1975 • Cinevox MDG 85 • 1 LP 33 tours
  • 2015 • Cinevox CD OST 701 • 2 CD

cd 1 • 7 titres • 29:28 min

  • 1Profondo rosso
  • 2Death Dies
  • 3Mad Puppet
  • 4Wild Session
  • 5Deep Shadows
  • 6School at Night
  • 7Gianna

line up

Claudio Simonetti (claviers), Massimo Morante (guitare), Fabio Pignatelli (basse), Water Martino (batterie), Antonio Marangolo (piano, batterie)

remarques

La réédition limitée double CD que je possède ajoute un disque bonus exhaustif de 29 pistes, une suite d'extraits sonores directs du film et autres version alternatives, dont l'apport à l'album n'est pas essentiel et l'écoute assez pénible. Réservé aux complétistes/fétichistes.

chronique

Amusant de constater à quel point, pour un groupe souvent présenté comme un symbole du mauvais goût suranné - et Dieu sait combien Claudio Simonetti a de la ressource dans ce domaine - cette toute première bande originale de Goblin est avec Suspiria celle qui a le mieux traversé les âges. 1975 : le progressif n'a pas attendu pour virer à la croûte sonore, en Italie comme ailleurs ; mais de nouvelles entités se forment dans l'ombre, pleines de ressources, arpentant des chemins de traverse. À peine placés par le destin entre les mains (gantées) du nouveau Maître du Giallo (qui avant cela échoua, comme Kubrick, à s'offrir les services des très tendance Pink Floyd), Goblin ont déjà un caractère des plus singuliers. Une réelle aura, trouble... Occulte. Un style composite mais déjà à eux, qui dans l'univers d'Argento s'impose de façon très naturelle après les musiques de Morricone pour son triptyque formateur. Goblin ont été marqués par "Tubular Bells", c'est assez manifeste sur l'inoubliable thème principal - leur plus emblématique et obsédant ? Tout autant que par King Crimson et... Magma ? Ils ont fait leur sauce, bien relevée, et le résultat est à la hauteur de sa teinte sang - même si Profond Rosso reste un de leurs disques les plus caméléonesques. Fantasmatique autant que fantasque - même si linéaire en comparaison aux œuvres les plus décomplexées du prog transalpin - et rythmé en diable... Aéré de clairières étranges, savament disposées pour retenir le souffle, mais tenu tendu par des boucles de basse ou de guitare aux cordes al dente (la schizophrène "Mad Puppet" entre suspense et goguenardise, ou la funky-malsaine "Wild Session", toutes deux fabuleusement bigarrées). Parfois ramené à des ambiances plus oniriques, comme par ce piano en lévitation qui semble directement capté de l'Au-delà, ou ces vagabondages aux claviers digne d'un François de Roubaix. Les thèmes de Profondo Rosso, métamorphes, épousent les mouvements imprévisibles de l'assassin, dans l'ombre ou derrière son rideau. Mais ils vivent tout aussi bien leur vie en-dehors des plans. Si la musique de Goblin rappelle les visions angoissantes du Maestro en caméra subjective, elle s'en émancipe d'elle-même, nous laissant loisir de peindre notre propre film avec la généreuse palette qu'elle nous jette aux tympans, loin de se limiter au rouge. On y glanera aussi du groove et des ambiances plus insouciantes, fraîches à la cool, pour se dégourdir les pattes de l'imaginaire, loin des pantins qui font peur... Avant que la menace ne revienne, comme une vieille douleur. Goblin s'essaient aussi à de la composition plus classique, presque de B.O. hollywoodienne, sans perdre de leur étrangeté ("School at Night"). Du Goblin "pure origine", qui passe comme Papà dans Mamma - à condition de ne pas être trop allergique au jazz rock (teinte musicale étroitement liée au scénar). C'est pas du Lalo Shiffrin ou du Herbie Hancock, mais ça ronronne bien au milieu de toutes ces bandes originales très colorées du cœur des années 70, où les vestiges psychédéliques scintillaient encore et le rythme était roi ("Death Dies" frétille méchamment de la rouflaquette, gare à pas renverser son caoua !). Le petit thème léger de "Gianna" nous laisse hélas sur notre faim, arrivés à même pas une demi-heure... Alors il faudra revenir au fabuleux thème d'intro, s'abandonner à l'emprise maléfique de sa mélodie, qui tourne en boucle, d'abord lancinante, puis impérieuse, et progressivement bouffée par cet orgue aux remugles de crypte oubliée... Alors, Goblin, entité kitsch uniquement réservé aux fétichistes des films d'horreur ? Non. Une créature bien spéciale, qui dans ce Rouge Profond trouve son incarnation la plus extravagante et insaisissable.

note       Publiée le jeudi 2 avril 2020

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Note moyenne        2 votes

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torquemada › jeudi 2 avril 2020 - 22:38  message privé !

"Opera" et "Inferno" à ajouter aux indispensables.

Raven › jeudi 2 avril 2020 - 22:37  message privé !
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Au sommet de sa filmo (juste sous Suspiria), oui, sans doute, froidement. Phenomena et son segment pour Due Occhi Diabolici m'ont encore plus marqué, pourtant.

Note donnée au disque :       
(N°6) › jeudi 2 avril 2020 - 22:19  message privé !
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Pour rebondir sur ta première phrase, peut-être pas étonnant que les deux films aussi soient les sans doute les meilleurs d'Argento (de ce que j'ai vu, mais je pense avoir vu le haut du panier et le plus historiquement signifiant).