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BurZion › Shillozofem

k7 • 7 titres • ??:?? min

  • 1Dunkel High
  • 2Jahzuss Toots
  • 3Erblicket Di Riddim Inna Firmaments
  • 4Gebresselasseit I. (Faya ’Pon Vindafjord)
  • 5RundBong an’dem Transzendentale dem Chillgularität (Marie Cash’less Riddim Mix)
  • 6Gebresselasseit II.(Hasheesh to Hasheesh)
  • BONUS
  • 7DUBkelheit (wicked JAHronimous version)

enregistrement

« Recorded at the Trve Black Ark by Lee Scratch Péri. Mixed by Lee Péri & Adrian Cheh’hood. Produced by Louis « Tribute to the Martyrs » Cachet (with the assistance of The Most Hi’, Jah Rastafari – Give Tanx an’ Praise).»

line up

Louis « Tribute to the Martyrs » Cachet (basse, guitare, batterie, chant, percussions)

Musiciens additionnels : Sly Dumbarss (batterie, programmation ; percussions sur Gebresselaaseit I. et II.), Roadie Shakespeare (as Roadie « Longinus’ Burnin’ Britny » Spear ») (basse additionnelle), Marie-NoHell « No-Cash » Cachet (aka Madame Louis) (chœurs, vjing ; programmation additionnelle sur RundBong an’dem Transzendentale dem Chillgularität), Augustus Pavlov (synthétiseurs, programmation ; vibraphone et mélodica sur RundBong an’ dem Transzendentale dem Chillgularität), Bark Ernestus & Morrizzio « Harvey » Osswald (programmation, synthétiseurs, machines et studio sur DUBkelheit (Wicked JAHreunymous version))

remarques

Artwork : Morrizzio Kittelsen

chronique

L’Illumination ! Pour le moins… inattendue. Sont-ce les paysages grandioses de la Corrèze – plus verdoyants et rocailleux que jamais en cette période de replis humains ; à nouveau peuplés d’animaux farouches et autres esprits sylvestres libérés de toute crainte, de toute intrusion – où il vit, en compagnie de son épouse et de ses enfants, l’actuelle quarantaine ? Sont-ce les chiffres doublés de cette étrange année, en cet étrange printemps – 2020, comme le « Two Seven Clash » de l’an ‘77 (qui avait inspiré le titre d’un album de Culture, le groupe de rastas ; dont The Clash à leur tour avaient tiré leur nom) ? Toujours est-il que Varg Vikernes alias Burzum (projet rebaptisé pour l’occasion BurZion) vient de se fendre d’une étonnante cassette – plutôt confidentielle (dupliquée, tiens donc, à 77 exemplaires !) – de pur… Reggae ! Dub. Ragga. Je dis « pur » mais attention, c’est là que l’exercice surprend : s’il s’agit bien là d’une musique parfaitement « roots » dans sa substance, c’en sont des déclinaisons multiples – modernes, « urbaines » ou au contraire infusées du sentiment d’une nature sauvage (éden païen dangereux mais merveilleux ; la Corrèze Profonde, encore ?). Plus intrigant encore : Vikernes, pour cette… Conversion ? Épiphanie ? … choisit de reprendre là, en version totalement transfigurées, transcendées par ce regain d’une foi nouvelle, les titres (et le visuel) de son album sans doute le plus emblématique, le plus loué dans les cercles black metal – ceux qui ne jurent que par le « trve black », ceux qui s’adonnent au quotidien aux délectations (moroses) DSBM (Depressive and Suicidal, donc), ceux qui s’enivrent chaque nuit de black « spatial et atmosphérique »… Voici donc : Shillozofem, nouveau visage de Kristian « Wicked » Vikernes. Et le plus beau… C’est que la transmutation opère ! La tracklist, à vrai dire, et son agencement, font bien plus que reprendre les morceaux d’origine. C’est un véritable voyage – à travers ces musiques jamaïcaines nouvellement abordées par le Norvégien (mais à entendre sa maîtrise du sujet – qu’il soit là bien entouré ne saurait tout expliquer – on doute qu’il soit novice en ces matières… on en vient à penser qu’il devait en nourrir la passion secrète depuis bien des lustres – peut-être depuis les années de prison, au temps de ses albums ambient/électroniques). Trip psychotrope d’abord léger, vaporeux, presque euphorique (disons : ataraxique), sur la lecture ska/rocksteady de l’aérien Dunkel High, avec ses cuivres (non-crédités… la fanfare communale de Salon La Tour, touchée elle aussi par la grâce de Jah ?) ; survenue d’une lumière plus basse, bientôt crépusculaire, sur Jahzuss Toots (à la battue lourde, aux harmonies de voix étirés comme celles des Congos sur leur fabuleux Heart of the Congos (avec ce chœur lui aussi non-identifié… celui de l’église locale ? la chorale municipale ?)) puis Erblicket Di Riddim Inna Firmaments, avec ses tambours hypnotiques, cycliques, carrément nyabinghi (musique cultuelle des confréries rasta, dérivée de celle des esclaves marrons ; et on n’est certes pas très loin, là, de la profondeur mystique, de l’incandescence rituelle à l’œuvre sur quelque rares enregistrements – hors documents de collectage – parvenus jusqu'à nous à travers les ans, les mers, le secret scellé des officiants… On n’est pas loin, ici – oui – du singulier Grounation jadis donné par les Mystic Revelations of Rastafari… C’est de ce niveau-là, cet objet dont on parle). Et puis, plus loin encore, ensuite, une « modernité », disais-je : voilà l’inouïe trilogie (Trinité ?) qui clôt presque l’album : Gebresselasseit I. (Faya ’Pon Vindafjord)/RundBong an’dem Transzendentale dem Chillgularität (Marie Cash’less Riddim Mix)/Gebresselasseit II. (Hasheesh to Hasheesh). Œcuménisme temporel et musical, d’ailleurs, plutôt que modernisme à tout crin. Tout y est, tout y passe : növo dub à la Zion Train ou Iration Steppas (claviers analogiques et numériques, basses électroniques, boîtes à rythme, batterie et percussions enterlacés) ; sons « industriels » à la On-U Sound, rythmes qui tirent par moment jusqu’à la drum’n bass ; ambiant aux relents trap, qui s’enfle en séquences bruitistes, psytrance et grincements de machines-outils, voix d’outre-tombe à la Prince Far I (est-ce Varg lui-même, si grave et enfumé ?!), sur la pièce centrale du triplé (longue d’environ 25 minutes, comme l’originale) ; espace sans fond de ce studio « trve black ark » où se répercutent chants de gloires, fracas et stances prophétiques, d’Armageddon et de Salut ; retour au dub minimaliste – roots, encore ; mais le son bien actuel, maintenant, souffle numérique qui balaie les boucles organiques sans cesse remises du riddim… Et le retour des riffs typiques de l’homme – trémolos mélancoliques, ténèbres denses renversés dans ce contexte nouveau en rais éblouissants à pouvoir presque les toucher ! Inouï, j’insiste. Et puis. Et puis… Alors qu’on se croyait arrivé, Vikernes et ses mystérieux acolytes nous achèvent : dégainant ce morceau « bonus » (caché, après quelques minutes de silence habitées par le chuintement de la bande), remix, version de Dunkelheit. Dub, encore – cette fois à la berlinoise, à la Rhythm & Sound, techno-roots ; rythme dénudé jusqu’à l’os, mais résonance étendue à l’infinie ; bruit de fond des machines – blanc, rose, en sourdine, étouffé, assourdi – de leur vie intime, impulsions, signaux, bits, amplifiée juste au-dessus du seuil de l’audible ; et Vikernes qui lance un chant, une psalmodie, des mots distincts mais incompréhensibles, comme une imploration à de Grands Anciens – jaculation, glossolalie panthéistes jetées à travers les crépitements du chalice ! Ce n’est pas de la Langue Sombre, de l’imprécation en Orc, cette fois – cette certitude, au moins, est acquise. Varg a vu la Lumière. Depuis le temps qu’il cherchait ça devait bien arriver, persévérance ou accident au détour d’un remontage de tronçonneuse en devisant perspectives thuléennes… On ne s’attendait pas, pourtant, à ce qu’elle survienne – cette illumination, décidément – sous ce drapeau vert-or-rouge, sous ce jour curieux.

note       Publiée le mercredi 1 avril 2020

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Note moyenne        2 votes

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Dioneo › jeudi 2 avril 2020 - 18:05  message privé !
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Ah ah ! J'avais pas planifié d'avance (EDIT : y compris ce BurZion, d'ailleurs, ça m'est venu hier en déconnant avec un pote) mais j'avoue que ça m'a fait rire une fois que j'y ai pensé, à cet alignement de pochettes/copies. (En fait à la base j'avais juste prévu de faire que le Jazz Hijokaidan, aujourd'hui... Les deux Jah Excretion étaient "en l'air jusqu'à une date indéterminée").

Mais sinon oui : les "disques du 2" existent pour de bon, hein ! (D'ailleurs j'ai mis des liens en "extraits", au-dessus de chaque... Pas de farce donc, sur ces coups).

Note donnée au disque :       
dimegoat › jeudi 2 avril 2020 - 17:58  message privé !

Avec ces conneries j'ai googlé les chro du 2 avril pour savoir s'il s'agissait de véritables groupes.

No background › jeudi 2 avril 2020 - 14:08  message privé !

Y avait pas aussi Maxcro & The Upset Butchers - Grand declaration of war ina Babylon ?

Dioneo › jeudi 2 avril 2020 - 13:17  message privé !
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Blunteleit... (en fait c'est déclinable à l'infini, hein)

Note donnée au disque :       
Raven › jeudi 2 avril 2020 - 12:36  message privé !
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On dirait plus un (gros) joint.