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John Zorn › Masada Anniversary Edition Vol. 2: Voices in the Wilderness

  • 2003 • Tzadik TZ 7172-2 • 1 CD

cd 1 • 12 titres

  • 1Pharaoh's Daughter - Karaim4:19
  • 2Ben Perowsky Trio - Kisofim6:45
  • 3The Cracow Klezmer Band - Meholalot4:57
  • 4Rova Saxophone Quartet - Lakom4:07
  • 5Zony Mash - Tekufah6:23
  • 6Naftule's Dream - Paran5:10
  • 7Kramer - Khebar2:20
  • 8Satlah - Nevalah3:39
  • 9Jewlia Eisenberg - Abidan3:53
  • 10Pachora - Tirzah5:06
  • 11Lemon Juice Quartet - Peliyot5:49
  • 12Steven Bernstein - Shebuah8:27

cd 2 • 12 titres

  • 1Medeski, Martin & Wood - Ziphim7:16
  • 2Rashanim - Avodah5:32
  • 3Davka - Rokhev3:16
  • 4Tin Hat Trio - Tannaim3:29
  • 5Peter Apfelbaum - Acharei Mot7:32
  • 6Mephista - Malkut3:30
  • 7Mike Patton - Kochot3:47
  • 8Ben Goldberg Trio - Jair5:22
  • 9The Wollesens - Ne’eman6:54
  • 10Professionales - Tahah3:45
  • 11Jenny Scheinman - Tiferet5:02
  • 12Jamie and Vanessa Saft - Kedem7:29

line up

Steven Bernstein (cornet à pistons 1.12), Jim Black (batterie, percussions 1.10), Shanir Ezra Blumenkranz (basse 1.1, 1.8, 1.11, 2.2), Uri Caine (piano 1.2), Anthony Coleman (piano 2.10), Sylvie Courvoisier (piano 2.6), Ben Goldberg (clarinette 2.8), Wayne Horvitz (piano electrique 1.5), Susie Ibarra (batterie 2.6), Carla Kihlstedt (violon, alto 2.4), Billy Martin (percussions 2.1), John Medeski (claviers 2.1), Ikue Mori (laptop 2.6), Mike Patton (voix, instruments 2.7), Ben Perowsky (batterie 1.2), Jamie Saft (orgue, percussions 1.10, claviers, basse, guitare, programmation 2.12), Ches Smith (batterie 2.8), Chris Speed (clarinette 1.10), Doug Wieselman (clarinette 1.12), William Winant (percussions 2.7), Kenny Wollesen (batterie 2.9), Chris Wood (us) (basse 2.1), Noah Heoffeld (violoncelle 1.1), Ben Oir (guitare 1.1), Daphna (melodica, enregistreur 1.1), Basya Schechter (oud, chant 1.1), Daniel Freedman (percussions, chant 1.1), Meg Okura (violon 1.1), Dres Gress (basse 1.2), Jaroslaw Bester (accordéon 1.3), Oleg Dyyak (accordéon, clarinette, percussions 1.3), Wojciek Front (contrebasse 1.3), Jaroslaw Tyrala (violon 1.3), Jon Raskins (saxophone baryton 1.4), Steve Adams (saxophone sopranino 1.4), Bruce Ackley (saxophone soprano 1.4), Larry Ochs (saxophone tenor 1.4), Keith Lowe (basse 1.5), Andy Roth (batterie 1.5), Timothy Young (guitare 1.5), Glenn Dickson (clarinette 1.6), Eric Rosenthal (batterie 1.6), Brandon Seabrook (guitare 1.6), Michael McLaughlin (piano 1.6), Gary Bohan (trompette 1.6), Jim Gray (tuba 1.6), Kramer (tout instruments, chant 1.7), Kevin Zubek (batterie 1.8, 1.11), Daniel Zamir (saxophone soprano 1.8), Westley Anderson (percussions 1.9), Jewlia Eisenberg (chant 1.9), Skúli Sverrisson (basse, guitare 1.10), Brad Shepik (tambura, bağlama, guitare 1.10), Eyal Maoz (guitare 1.11), Avishai E. Cohen (trompette 1.11), Marty Erlich (clarinette 1.12), Aaron Johnson (shakers 1.12), Doug Wamble (chant, guitare 1.12), Mathias Künzli (batterie, percussions 2.2), Jon Madof (guitare 2.2), Paul Hanson (basson 2.3), Kevin Hummey (cajón 2.3), Daniel Hoffman (violon 2.3), Rob Burger (accordéon, basse, harmonica 2.4), Mark Orton (guitare, dobro, banjo, percussions 2.4), Patrice (basse 2.5), Dafnis Priesto (batterie 2.5), David Phelps (guitare 2.5), Hiawatha Lockport (orgue 2.5), Peter Apfelbaum (orgue, saxophone ténor, percussions 2.5), Charles Burnham (violon 2.5), Devin Hoff (basse 2.8), Dave Binney (saxophone alto 2.9), Jessy Murphy (basse 2.9), Steve Cardenas (guitare 2.9), Tony Scherr (guitare 2.9), Brian Mitchell (orgue 2.9), Roberto Rodriguez (batterie 2.10), Brad Jones (basse 2.10), Todd Sickafoose (basse 2.11), Scott Amendola (batterie 2.11), Nels Cline (guitare 2.11), Jenny Scheinman (violon 2.11), Vanessa Shaft (chant 2.12)

Musiciens additionnels : Medeski, Martin & Wood, Naftule's Dream, Pachora, Rashanim, The Cracow Klezmer Band, Pharaoh's Daughter, Rova Saxophone Quartet, Zony Mash, Satlah, Lemon Juice Quartet, Davka, Tin Hat Trio, Mephista

remarques

Design : Heung-Heung Chin. Peinture : Karen Liebowitz

chronique

Styles
dub
folk
jazz
avant garde
free jazz
world music
Styles personnels
avant-garde jazz klezmer

Pour le deuxième volume des dix ans de Masada, John Zorn propose rien de moins qu’une orgie avec sa famille musicale étendue. Ça à l’air dégueulasse comme ça, mais en fait non. Pas moins de vingt-quatre formations qui s’enfilent les unes à la suite des autres, reprenant le répertoire composé pour le quartet original à leur sauce. Une proposition généreuse, qui préfigure la démarche à venir de Zorn pour la suite de la série et les deux livres suivants de Masada. Forcément, il y a à boire et à manger, comme à Chabbat. Évoquer les qualités de chaque groupe invité à la fête serait laborieux mais on peut toujours faire une taxinomie par instrument pas exemple. C’est que le klezmer, dont les racines baignent la musique de Masada, c’est avant tout des instruments. Alors il y aura de la clarinette, déjà. Celle de Glen Dickson de la formation Naftule’s Dream, dont le nom vient d’un des premiers géants du klezmer et qui en pratique une version empreinte de free-jazz en big band, avec tuba et trompette en fanfare et guitare/piano qui dérapent volontiers. Celle de Ben Goldberg et de son trio, lui aussi complètement free, avec un Ches Smith particulièrement compliqué au fûts, pour un « Jair » déstructuré, concassé. Celle de Olef Dylak encore, du fabuleux Cracow Klezmer Band (qui reviendront jouer un opus entier du Book of Angels) qui replonge la musique de Zorn dans ses origines les plus européennes, un « Melahot » endiablé où se bousculent les autres grand instruments du genre, accordéon et bien sûr violon. Alors qu’ici ça virevolte en spirales, on retrouve ces deux même instruments utilisés de tout autre façon par le Tin Hat Trio, où Carla Kilhstedt gratte et frotte ses cordes avec une malveillance particulière, donnant au pourtant merveilleusement mélodique « Tannaim » un côté singulièrement dissonant et inquiétant, tranchant avec l’interprétation tout en fluidité mélancolique de Davka juste avant, avec son étonnant soliste de basson faisant le pont avec la musique de chambre et ses percussions légères sur cajón (une caisse en bois péruvienne quoi !). Voilà bien une leçon à propos du répertoire de Masada, c’est qu’il reste extrêmement maléable et ouvert à tous les vents de l’interprétation et de l’improvisation. Ça marche un peu avec tout, ou presque (les steel-drum de Kramer restent une idée un peu anecdotique alors que le mélange très expérimental de Mephista avec ses dialogues improvisés noise au laptop/piano/batterie fonctionnent à merveille et ramène au Zorn le plus tordu). Mais revenons aux cordes, à celles de Jenny Scheinman, particulièrement émouvantes sur « Tiferet », sa formation basse/guitare/batterie en retrait lui déroulant le canevas sur lequel elle brode une interprétation d’une délicatesse absolue, avec des glissando juste ce qu’il faut de tragique. Autre instrument ayant droit de cité dans des formation plus strictement jazz, le piano d’Anthony Coleman (vieux zornien qui s’est déjà frotté au répertoire de Masada sur Bar Kohba) ou celui de Uri Caine (qui reviendra deux fois sur le Book of Angels dont une fois en solo) pour deux trio particulièrement inspirés, avec l’énergie très tendue virant volontiers au dissonant de « Tahah » pour le premier, le groove envoûtant de « Kisofim » pour le second. Tiens, de groove parlons-en un peu, car il en est question aussi sur le très volubile « Ziphim » du supergroupe jazz-fusion en orgue de bataille Martin, Medeski & Wood. Avant la déflagration Electric Masada, voilà déjà une tentative de rallier le répertoire à un jazz plus électrifié, plus rock aussi. Dans le même esprit, en beaucoup mieux autant le dire car plus texturé, le fabuleux « Tekufah » de Zony Mash où on retrouve avec ravissement le son du piano électrique de Wayne Horvitz (ainsi se fait une nouvelle connexion avec Naked City). Encore de l’orgue, cette fois ci plongé dans un grand ensemble avec duo de guitare et saxophone, sans oublier la batterie du grand Kenny Wollesen qui donne son nom à cette éphémère mais brillante formation de jazz-klezmer électrifié pour un « Ne’eman » à classer tout en haut de tableau. Juste sous, peut-être, le plus beau moment, sidérant de beauté à vrai dire, là encore interprété dans un esprit plus « rock » par Pachora. La clarinette de Chris Speed y flotte dans une apesanteur mélancolique cotonneuse alors que Brad Shepik caresse des instruments moyen-orientaux (tambura et bağlama) sur une rythmique à la langueur hypnotique. Sans aucun doute le moment le plus sublime de ces « Voix dans les étendues sauvages », qui recèlent bien d'autres grands moments (par exemple, le « Lakom » du Rova Saxophone Quartet). D’ailleurs, les voix, éléments assez inusités dans la musique de Zorn, le titre ne ment pourtant pas, elles sont bien présentes aussi. Dès le premier titre qui s’ouvre justement sur une harmonie de voix féminines pour le folk israélite de Pharaoh’s Daughter. Là encore, les sources d’inspirations de Zorn se révèlent dans toutes leurs substances intrinsèques, cela sonne comme de la musique traditionnelle, magnifié par la rythmique à claquement de mains, les riffs de oud et à nouveau ces harmonies de voix de femmes. Dans un autre genre, c’est au cœur du grand ensemble du cornetiste Steven Bernstein (vétéran aussi omniprésent que Zelig, vu aussi bien au sein des Lounge Lizards qu’aux côtés de J.G. Thirwell ou dans la bande originale de Cowboy Bebop !) qu’une voix d’homme cette fois résonne entre deux clarinettes sur une longue dérive aux allures de blues klezmer complètement délité. Encore plus étrange est la participation de sieur Mike Patton, juste accompagné de William Winant aux percussions, avec ces claviers et bidouillages électroniques pour un « Kochot » somme toute très pattonesque, entre Fantômas-light et Kaada-like avec cette touche Morriconienne inévitable et ça passe crème. Pendant féminin de ce minimalisme de moyens voix/percussions, Jewlia Eisenberg ramène quant à elle l’auditeur ravi au folk israélite avec plus que de la voix mais bien des mots, en hébreux et en anglais. Auto-harmonie et contrepoint, tessiture soudain soul et souffle sexy, voilà peut-être l’interprétation la plus surprenante (et qui fonctionne) de Masada jusqu’ici. Quoique. C’est sans compter sur le couple qui clôt l’album, le grand barbu le plus Zion de la grande famille Zorn et sa compagne, Jamie & Vanessa Shaft. Par Zion, j’entend le versant dub de l’affaire, pour être clair (to be blunt, comme on dit en anglais… see what I did there ?). Ouais, Masada version dubbée avec la belle voix de Vanessa qui s’envole en volutes. Parce que Masada, quelle que soit la forme, c’est cool, man.

note       Publiée le lundi 6 avril 2020

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