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John Zorn › Masada Anniversary Edition Vol.1: Masada Guitars

  • 2003 • Tzadik TZ 7171 • 1 CD

cd • 21 titres • 73:48 min

  • 1Abidan3:31
  • 2Kodashim3:37
  • 3Kedem3:29
  • 4Bikkurim3:00
  • 5Ravayah4:01
  • 6Hadasha2:45
  • 7Katzatz3:37
  • 8Kanah3:27
  • 9Hodaah3:24
  • 10Kisofim4:53
  • 11Sippur2:48
  • 12Sansanah5:54
  • 13Galgalim1:45
  • 14Elilah3:05
  • 15Kedushah4:32
  • 16Shevet3:11
  • 17Kochot3:56
  • 18Tzalim2:21
  • 19Kivah2:33
  • 20Avelut4:05
  • 21Moshav3:54

enregistrement

Composé par John Zorn. Produit et arrangé par Bill Frisell, Marc Ribot et Tim Sparks.

line up

Bill Frisell (guitares 1, 4, 7, 10, 14, 17, 20), Marc Ribot (guitare 3, 6, 9, 12, 13, 16, 18, 19, 21), Tim Sparks (guitare 2, 5, 8, 11, 15)

remarques

Design : Heung-Heung Chin. Peinture : Karen Liebowitz

chronique

Styles
jazz
Styles personnels
guitare (presque toujours) acoustique

John Zorn aime les célébrations. Les dix ans de Masada, ça se fête, avec style. Et avec des idées. John Zorn est aussi un être partageur. Sa musique, il ne la garde pas pour lui. Alors pour les dix ans de Masada, il va l’offrir à une multitude de musiciens de sa famille étendue. Voilà donc une nouvelle série dans le toujours exponentiel catalogue Tzadik : cinq volumes où les morceaux composés pour Masada seront joués par d’autres. Avec pour commencer, une fois n’est pas coutume, de l’inattendu. Masada pour guitare solo. La guitare solo, c’est toujours un exercice périlleux, qui peut aller de l’aride au dégoulinant. Mais à Zorn on ne lui la fait pas et il convoque ainsi trois maestro du manche en bois d’arbre. Tim Sparks, d’abord, le moins connu des trois, praticien de la guitare acoustique et spécialiste de la musique klezmer, qu’il a déjà interprété dans le cadre de la collection Radical Jewish Culture. Il se charge ici de cinq morceaux, avec un jeu riche et très expressif, sans fioriture, très clair, laissant toute part aux thèmes mélodiques créés par le père Zorn. Un jeu pur et classique où se dégage toute la maitrise d’un expert, habité de la culture dont a été tirée cette musique, avec des improvisations certe virtuoses, ces magnifiques cascades sur « Ravayah », mais toujours lisibles, limpides comme du cristal. Avec quelque chose qui sonne européen dans l’interprétation, la guitare de Sparks respire un air venu de l’Est (vu de New York, celà va du Portugal à la Grèce). Le deuxième luron, c’est Bill Frisell, un compagnon de longue date de Zorn. Pour sa part, si il ouvre l’album un inévitable et toujours sublime « Abidan » en acoustique, c’est usant de ses pédales d’effet qu’on le retrouve aussi, avec ce son si caractéristique, un peu aquatique (ou alors ai-je été traumatisé par son inoubliable « Cathédrale engloutie »). Lui malmène ainsi un peu les morceaux de Zorn, leur insufflant une étrangeté toute personnelle, apaisante, scintillante en échos et notes tombant en gouttes de pluie. A l’évocatrice mélancolie orthodoxe de Sparks, Frisell oppose tranquillement une décontraction plus américaine, lui l’amoureux de folk et de country. Des morceaux comme « Bikkurim » ou « Kisofim » ont cet aspect un peu magique, irréel, une musique pour accompagner la balade nocturne en bateau des enfants de « La nuit du chasseur », alors qu’un « Katzatz » renoue avec le caractère plus joueur du bonhomme, celui de l’époque Naked City, avec sa déstructuration électrique malicieuse. Mais Frisell tout en acoustique sur « Elilah » et « Avelut » se rapproche lui aussi du vieux continent, cette fois-ci avec de lointains accents de troubadour, c’est dire l’éventail du bonhomme. Le troisième, qui d’autre sinon Marc Ribot ? Familier des décharges chaotiques et du jazz dissonant, c’est ici avec un tout autre lui-même qu’il se donne rendez-vous, un Ribot tout en retenue, faisant montre comme d’une grande humilité devant les compositions de Zorn, qui lui en attribue le plus grand nombre. Il y développe un jeu à première vue plus en retrait que les deux autres, mais dans le fond plus tendu, voire la fin de « Hodaah » et ses dissonances inquiétantes, avec de subtils changements de ton ou de vitesse et des coups de pression insidieux. Encore une fois, c’est tout le génie mélodique de Zorn qui ressort dans des thèmes qui trouvent sous ce format un nouveau petit nid d’amour. On a coutume de dire que quand une mélodie est bonne à la guitare acoustique, c’est qu’elle est bonne point barre (et ce n’est pas Noël Akchoté et ses reprises de Kylie Minogue qui dira le contraire). Ribot comme les deux autres en fait ici une démonstration magistrale, leur donnant peut-être quelque chose de plus menaçant sans avoir recours à la violence qui parfois fait irruption dans la musique de Masada, sa façon de rendre presque hésitant le thème de « Sansanah » par exemple lui confère une qualité lancinante inédite. C’est justement sur un des deux morceaux inédits « Galgalim », qu’on retrouve un peu de cette énergie frénétique tout en saccade typique aussi de Masada, mais globalement le premier volume de cette célébration des dix ans en présente le versant le plus doux et mélodique, sous une forme minimaliste aussi calme en surface que dense dans son interprétation. Un volume pour les amoureux de Masada, qui s’émerveilleront de reconnaître des thèmes si familiers sous une apparence encore nouvelle, mais qui pourra sembler un peu difficile pour les autres à moins de particulièrement gouter les albums de quitare solo, auquel cas, il sera de toute façon merveilleux. C’est le moins qu’on pouvait attendre de Zorn pour une digne fête d'anniversaire.

note       Publiée le samedi 28 mars 2020

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