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Ensemble Sequentia › Endzeitfragmente (Fragments pour la Fin du Temps)

  • 2008 • Raumklang RK2803 • 1 CD digipack

cd • 10 titres • 77:32 min

  • 1Fortis atque amara3:37
  • 2… Sin tac piqueme, daz er touuan scal14:38
  • 3Unsar trohtun farsalt2:21
  • 4Thes habet er ubar woroltring11:58
  • 5Adducentur6:58
  • 6Geng imo tha the godes sunu14:25
  • 7Occidentana2:43
  • 8Iudicii signum11:52
  • 9Scalama ad caelos3:28
  • 10Summi regis archangele Michahel5:29

extraits vidéo

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line up

Benjamin Bagby (voix, harpes, symphonia), Norbert Rodenkirchen (flûtes, harpe)

remarques

« Fortis atque amara » (1) : séquence franque (IXème siècle). « … Sin tac piqueme, daz er touuan scal » (2) : le « Fragment Muspili » (probablement Fulda, début du IXème siècle. « Unsar trohtun farsalt » (3) : version instrumentale du « Freisinger Petruslied ». « Thes habet er ubar woroltring » (4) : « de die ludicii », extrait du Livre des Évangiles d’Otfrid von Weißenburg (Alsace, ✝875). « Adducentur » (5) : instrumental d’après des mélodies de séquences franques (IXème siècle). « Geng imo tha the godes sunu| » (6) : extrait du « Heliand », vieux saxon (peut-être Fulda, début du IXème siècle). « Occidentana » (7) : instrumental d’après une mélodie de séquence franque (IXème siècle). « Iudicii signum » (8) : « Prophétie de la Sibylle d’Érythrée » (Aquitaine, IXème siècle). « Scalama ad caelos » (9) : instrumental d’après une mélodie de séquence franque (IXème siècle). « Summi regis archangele Michahel » (10) : séquence composée par Alcuin pour l’empereur Charlemagne (Aix-la-Chapelle, début du IXème siècle).

chronique

L’Apocalypse ! La fin des temps – et le Jugement, car nous sommes en terres chrétiennes, là. En contrées germaniques – le chant en vieil-allemand, en vieux-saxon, étrange à nos oreilles, d’un « exotisme » d’abord troublant. Comme le soulignent les notes du livret, comme elles l’aventurent en hypothèse : peut-être ces visions de destruction du monde, sur ces terres converties, se calquent-elles, gardent-elles du moins la mémoire d’autres mythes plus anciens, « païens » – plus cycliques, empreintes d’un fatalisme « barbare », guerrier, plutôt que monacale. Sans peur de cette Révélation Finale – parce que croyant au Destin plus qu’au Péché ; parce qu’alors rétributions et châtiments ne différeraient pas, le juge ayant délibéré, de ceux obtenus durant l’existence, dans le monde ; parce que là, peut-être, cette Vie Nouvelle promise serait prise dans un sens plus littéral – plus forte et plus vie ; et que si l’anéantissement, à la place, est prononcé, l’Enfer… Alors il faudra faire face – sans trembler. D’où, en effet, cette vigueur, dans les textes comme dans les mélodies ? Le parti-pris du Sequentia, en tout cas, n’est pas celui de tirer ces pièces vers la déploration contrite. Le choix du matériau mélodique – des « séquences franques » du IXème siècle, pour la plupart, que ce soient pour les épisodes instrumentaux ou ceux chantés et récités, en correspondances aux textes – dessine en lignes franches, nettes, ces poèmes et sermons (souvent très imagés, parfois écrits pour la déclamation, encore proche d’une tradition orale… voire épique ?). Une lumière s’en dégage, en émane, plutôt qu’un halo d’effrayantes ténèbres. Lumière nette, là encore – qui découpe les silhouettes, les contours (des mélodies des séquences, encore, comme des cohortes parfois évoquées, comme dans ce « … Sin tac piqueme, daz er touuan scal » où deux armées, l’une remontée des enfers, l’autre descendant des cieux, se disputent l’âme d’un mourant) ; qui les détachent sur un espace vaste, ouvert, aux lignes rares et aux volumes pleins mais jamais saturés. Aucune angoisse qui tenaille. Une narration – musicale comme lyrique, là aussi, poétique – aérée, minimaliste, presque, sans effet d’emphase qui enflerait, distendrait le récit, étranglerait ce débit tranquille même quand il exhorte chacun à se préparer – pour rencontrer bientôt, en son instant ultime, la pleine libération ou bien la damnation. Deux hommes seulement – qui jouent en rhapsodes, en aèdes, économes d’effets, ne les marquant qu’aux moments clés ; développant, aussi, entre les strophes (et sur les morceaux purement instrumentaux) des passages de probables improvisations modales (rien n’est dit dans les notes à ce sujet mais cela y ressemble fort) qui étendent ou resserrent, ponctuent les relations, les méditations. Les timbres des instruments – harpes et flûtes recréées, fabriqués en copiant des modèles d’époques (du VIIème au Xème siècle) retrouvés lors de fouilles ou s’inspirant d’autres, représentés dans des scènes sculptées… et ce « symphonia » dont on ne nous dit guère plus, mais qui sonne comme une vielle roue, bourdon plein d’harmoniques – tissent entre ces sections une cohérence, les lient en un ensemble aux articulations souples, une harmonie toutefois pas sans relief. Une étrangeté demeure – saisissante au début, mais jamais opaque – tout au long. Quelque chose se dégage – comme une paix lucide, une attente parfois grave mais sans agitation. Sans mollesse, aussi – fatalisme, disais-je, mais pas morne résignation. Quelque chose qui se tient ferme, dans le jour troublé, sans appel, qu’évoquent ces fragments – issus de siècles, de règnes, entre-temps disparus, anéantis, images résiduelles… où l’imagination (et pour ceux qui jouent, là, l’étude de ce qui reste – et ce qui se noue entre elles) refait un paysage où l’on chemine à nos tours.

note       Publiée le jeudi 26 mars 2020

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