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Maja S. K. Ratkje › Crepuscular Hour

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Dioneo      lundi 23 mars 2020 - 18:17

cd • 3 titres • 56:49 min

  • 1Crepuscular Hour Part 117:49
  • 2Crepuscular Hour Part 222:43
  • 3Crepuscular Hour Part 316:17

enregistrement

Enregistré live par Thomas Hukkelberg et Alex Fiennes au Town Hall d’Huddersfield, au vingtième Festival de Musique Contemporaine d’Huddersfield, Royaume Uni. Mixé par Maja S. K. Ratkje au studio Notam, Oslo, Norvège. Masterisé par Håvard Christensen au Store Studio, Bodø, Norvège.

line up

Antoine Chessex, Lasse Marhaug, Maja S. K. Ratkje (composition), Hild Sofie Tafjord, James Weeks (direction), Mark Durgan, Nils Henrik Asheim, Phil Julian, RNCM Chamber Choir, Stian Westherus, The 24, University of Huddersfield Chamber Choir

remarques

Textes tirés de la Bibliothèque de Nag Hammadi.
Le disque est accompagné d’un DVD.

chronique

La survenue du crépuscule : tout y retombe, du jour ; lumière, tensions, fatigues ; l’attention portée – sa chute, elle, comme une l’ombre, s’allongeant, fantastique. Autre chose s’élève – semble sourdre du sol, des feuillages quand il y en a, avec la brume. Du désert. La nuit transpire des pierres, des murs des édifices, des cabanes, obstrue l’horizon, avale les lignes et les volumes. L’heure est propice aux ruminations, aux hantises, aux terreurs chroniques, aux inquiétudes sourdes. L’heure est propice, aussi, aux illuminations. Elle est de celles où l'on se trouve – où l’on se rencontre soi-même alors que les ténèbres boivent la croisée des chemins, l’espace du réduit… Crepuscular Hour – l’œuvre de Maja Solveig Kjelstrup Ratkje pour trois chœurs, trois duos de musiciens noise et un orgue d’église – est une pièce extraordinaire. Cette qualité ambiguë du moment la tend toute entière, l’articule, lui insuffle sa respiration. Répétitions cycliques, psalmodies qu’engloutissent des montées de bruits terribles, houles, sismiques, séismes – les voix demeurant, lors de ses épisodes de submersion, comme une empreinte vivante, mouvante, contours devinés qui tiennent, poursuivent imperturbablement, contre la disparition. Souffles en girations lentes, effets de battement, syllabes étirées, superpositions qui font des canons – dans une acception qui tiendrait d’une approche spectrale (comme la musique dite spectrale) mais prise sous un angle sauvage, absolument non-dogmatique. L’Esprit, là-dedans, tout au long, est incarné – ce sont des textes gnostiques et hermétiques (tirés de la Bibliothèque de Nag Hammadi, ensemble de codex retrouvés en Égypte en 1945, écrits entre le IIème et le IVème siècle), qui en constituent la dimension verbale. Morceaux prélevés – et gardés eux aussi dans leur ambiguïté (certainement une étape de la tradition chrétienne ; mais bientôt réprimée, persécutée au nom du Dogme). Surtout : fragments d’un temps, d’un monde qui nous est totalement étranger, connu seulement de signes exhumés. Qui là, j’insiste : prennent vie. Une autre. Parfaitement autonome. Liée à ce matériau, très certainement, singulière aussi à son autrice – mais animant cette substance, absolument pas reconstitution, tentative Lazare. Que ce soit – aussi – une narration, qui se déploie, chemine, ça ne fait en revanche aucun doute. L’une de celles qui n’explique rien, pourtant, de ce qu’elle raconte – qui recèle en son sein autre chose que le plat argument. Abstraite, alors ? Ce serait sans compter sa fantastique matérialité – le son est physique, transforme l’espace où il raisonne, sonne, semble le créer, l’étendre à l’infini, à mesure, sa courbure. Difficile de savoir, d’abord, ce qui sombre, ce qui émerge – si c’est l’un ou l’autre, Apocalypse ou Révélation, univers qui s’accouche du rien, du grand silence d’avant. (Celui qui restera, après… C’est encore une autre question). Je dois bien l’avouer : Crepuscular Hour m’a d’abord plongé – si ce n’est dans l’hébétude terrifiée ; et ce n’était pas ça – dans un état étrange, agité. J’en étais resté interdit autant que remué. Cette noise impossible à écrire – à décrire en signes posés sur des lignes, pondérés. Cet orgue de liturgie. Ces chœurs vibrant sans cesse entre deux strates, se glissant aux défauts des intervalles, hors des hauteurs répertoriés. Ces arias limpides, presque des motets (la merveilleuse entame du troisième mouvement), cette électronique qui joue des surcharges, de l’enharmonique – et cet indiscernable qui les lie, les moyens absorbés, encore une fois, dans la substance propre, unique, de la pièce… Incompréhensible. Puis la deuxième écoute, déjà, m’a trouvé disponible – la tempête pas moins forte mais moi, dedans, méditant, emporté mais en même temps ancré, sensible aux remuements énormes et aux égrainements infiniment petits, minuscules, aux existences infra-tonales des moindres événements. Ravi – au sens fort et non-mièvre ; mais sans dépossession. Face à l’heure. Face à Tout. Face à moi. Face à Rien… Dedans/dehors. Pas une épiphanie – parce que celle-là, en ce terme, serait déjà trop cernable. « L’expérience », dit la Gnose. On n’est pas obligé de croire – comme ces premiers coptes, dans l’Égypte sus citée, les règnes disparus. L’expérience – celle-ci, je la trouve unique, à peu d’autres comparable. Je tais même les noms qui me viennent – les titres, tel ou tel « opus ». Je ne voudrais pas interférer – avec ce qui, ceux, celles, en perception de qui, de quoi, l’écoute, à votre tour, vous mettrait en présence.

note       Publiée le lundi 23 mars 2020

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