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Yo La Tengo › Popular Songs

  • 2009 - Matador, OLE 856-2 (1 cd)
  • 2009 - Matador, OLE 856-1 (1 vinyle)

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Membre Note Date
Walter Benjamin      samedi 21 mars 2020 - 18:06
Dioneo      samedi 21 mars 2020 - 18:40
Seijitsu      samedi 21 mars 2020 - 14:12

cd/lps | 12 titres | 72:52 min

  • 1 Here to Fall [5:44]
  • 2 Avalon or Someone Very Similar [3:17]
  • 3 By Two’s [4:28]
  • 4 Nothing to Hide [2:46]
  • 5 Periodicaly Double or Triple [3:53]
  • 6 If It’s True [2:39]
  • 7 I’m On My Way [4:35]
  • 8 When It’s Dark [3:54]
  • 9 All Your Secrets [4:26]
  • 10 More Star Than There Are In Heaven [9:37]
  • 11 The Fireside [11:22]
  • 12 And the Glitter Is Gone [15:51]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré à Hoboken, avec l’asistance de Jim Rock. Enregistrements additionnels au studio Hampton, Nashville. Cordes enregistrées par John Mark Painter au studio IHOF, Nashville. Mixé au studio Blackbird, Nashville, avec l’assistance de Mark Petaccia. Masterisé par Greg Calvi Au studio Sterling Sound. Produit par Roger Moutenot.

line up

Georgia Hubley, Ira Kaplan, James Mcnew

Musiciens additionnels : David Angell (violon), Richard Evans (us) (arrangements de cordes), Pamela Sixfin (violon), Doug Wieselman (clarinette), Monisa Angell (alto), Kristin Wilkinson (alto), John Catchings (violoncelle)

remarques

Les œuvres reproduites au recto de la pochette – At War With the Entropy of Nature/Ghosts Don’t Always Want to Come Back (2002) ; au verso du boîtier – A Dark Day for the Dinosaurs (2000-2001) et à l’intérieur du livret – Sometimes Billie Is All That Holds Me Together, 1998-1999) sont toutes Dario Robleto. En dessous des descriptions de ces œuvres (des matériaux et techniques utilisés), au verso du livret, une « notice » semblable décrit ainsi l’album lui-même, sa « fabrication » : « Popular Songs, 2009 : NordWave, Astelin, espresso, Mackie 1202VLZ, 8-pin Trek pedal, carnitas, 2’x4x1/2’’ plywood, Prince’s hot chicken, recycled denim insulation, Vox Tone Bender, med, gauge flatwound bass strings (manufacturer unknown), duct tape, Fender Princeton Reverb, Sabian 18’’ sizzle, Flying Faders. »

chronique

Cette entrée en matière ! Par surprise – et de leur part, pourtant, je ne m’attendais plus à de l’inattendu… Ces cordes – de mémoire, jamais entendues ainsi, avec cette patte (orchestrale, même s’ils ne sont que cinq ; façon The Verve sur l’horripilant Bittersweet Symphony mais en bien ; c’est-à-dire pas loin du Rolling Stones baroque samplé sur ladite, ou de celui de You Can’t Always Get Satisfied). Et ça prend – portant, souffle. (Ambigu aussi dans le propos - optimiste ou fataliste comme il semble tour à tour ? – mais ça on aura le temps de s’en rendre plus tard. D’ailleurs il est comme ça, ce disque : il se redécouvre tout le temps, au fil, longue vie sous son abord pourtant direct, évident. Ça non-plus, je dois dire, je n’y croyais au fond plus trop, avec eux – tout en continuant de les aimer sans nostalgie, s’entend. I Am Not Afraid of You and I Will Beat Your Ass (le précédent) m’avait bien plu mais son effet « catalogue » (ou somme de tous leurs eux, comme dit dans sa chronique) me le rendait, me le rendra sans doute toujours « pour les jours où », un peu trop plein pour les autres, un peu trop… Exhaustif. Leur « coup », blague, canular (réussi !) sous le nom de Condo Fucks (Fuckbook… oui), quelques mois avant ce Popular Songs, m’avait fait l’effet d’un coup de frais, avec sa rugosité, son garage dégainé brut de coffre… Il leur fallait peut-être ça. Une sorte de ménage de printemps (d’ailleurs le truc était sorti au début de cette saison-là). Pour pouvoir ensuite déballer celui-là. Coup-férir, si ! (Et quelle fin, à la fin… Pas encore, là). Sans prévenir donc mais au vrai : il est somptueux, celui-ci. ET immédiat, proche, comme-si-de-rien. « Popular Songs », ça aussi, en guise de titre, c’est tout eux – à la fois vraie, l’affirmation, l’étiquette, la description, et pleine de ramifications, qui peut se lire à revers malicieusement, malin haussement d’épaule pour cette « grande » popularité (celle du « grand » public… des stades ?) qui n’est jamais venu alors que tout y était dès le début, dès le milieu des années quatre-vingt (et… d’ailleurs ont-ils vraiment cherché ça ? Le clip rigolo de la chanson Sugarcube, en 1997, façon École du Rock et conclusion « bon, ben », peut constituer un élément de réponse ; ça se trouve facilement sur les plateformes, si jamais). De la pop, donc. Mais comme toujours avec eux : à prendre au sens vaste et plein de recoins, replis et ouvertures en grand, le terme. Et là comme… Pas souvent depuis… longtemps, je dois bien dire, à mon sens. Ciselé, fort et net comme en leurs temps les plus constants – en gros pour moi : depuis Painful (1993) jusqu’à Summer Sun (2003), ou tout ce qu’ils sortaient (je parle des albums officiels, auxquels j’ajoute l’EP Nuclear War ; et même si j’aime un iota moins Electr’O Pura, celui de 1995) sonnait incroyablement juste, pertinent… Beau. Bon : autre métaphore/rapprochement valable (et pour cause), Popular Songs ressemble (et vice-verse) aux œuvres du dénommé Dario Robleto qui illustrent le disque – on se référera aux notes de pochette pour les détails. Des objets plastiques (« items ») fabriqués avec des matériaux chargés d’histoire (pas toujours la plus drôle – il y a des os et du sable fondus par le souffle d’une explosion nucléaire lors d’un test en plein désert sur le territoire national vers la fin de la seconde mondiale, nous dit la notice, dans le corps de la cassette, sur la pochette ; et des marches militaires mixées aux cris de soldats sur « divers champs de batailles » sur la bande, nous dit la notice…), assez incroyables, au fond, dont on se dit qu’il a dû être pour le moins coton de se les procurer. Des titres/calembours/explications/tranches de vie qu’on peut lire avec un mélange d’amusement, de levage de sourcil façon tout-ça-pour-ça (et ah-ou-c’est-arty-quand-même) mais qui, arrivé au bout de la ligne, révèlent une sorte, aussi, de curieuse poésie. Surtout : avec ou sans ça, lesdits objets dégageant une… beauté (oui, encore) singulière, déglinguée, matérielle, qui leur est propre. (Pour faire simple : elle a de la gueule, cette cassette défoncée, sur le devant ; et cette allumette géante en T-Rex – peut-être en parti littéralement parlant, cf le livret là-aussi). Voilà, donc : pour la musique c’est pareil. Ils vont chercher partout, du fossile et de l’improbable, de l’actuel (courant, contemporain, flux de leurs jours), de la pop (donc), l’espèce de jazz sans étalage (mais en profondeur et en foisons) dont ils ont fait aussi depuis longtemps leur ordinaire (sans que ce soit du tout formellement du jazz ; mais Georgia, tout de même !), des textures de claviers de toutes teintes, opacités/transparences/translucidités, grains/viscosités/fluidités… Des voix en strates (More Stars than There Are In Heaven… oh), des relâches acoustiques. Rien – quoi qu’on ait pu penser donc de l’album précédent ; où ça s’équilibrait bien mais sans s’articuler aussi évidemment, aussi magnifiquement – qui fasse redite, et c’est assez fou de le constater encore à chaque écoute, quand on se dit que cet album est leur douzième officiel, depuis 1986 – sans compter les EP thématiques ou non, donc, les B.O. de fictions ou documentaires, les collaborations et sorties sous alias…). Assez dit : concluons. Eux le font en deux plages – longues. On the Fire Side, qui met bien – un de ces moments de lumière chaude et liquide dont ils se fendent toujours à l’heure adéquat, qui « met bien ». Et puis enfin… And the Glitter Is gone. « Ouch », pour résumer. Celle-ci non-plus je ne l’avais pas vu venir. Festival – mais à la maison, sans stands de merch’ et son parasite des balances sur une autre scène, pour rentabiliser le temps de festivité. Qui le prend aussi, celle-là, le temps. La rythmique en boucle obnubilée – groove court et sec. La guitare d’Ira qui fait du bruit – des, pluriels, prolixes mais jamais bavassaries sans substance. Merveilleux. Plein-air encore – comme cette version jouée au couchant sur un toit (je vous mets la vidéo en lien, t’nez). Je la remets. Je m’en remets ? Non. Pas envie. Ce disque – comme Painful, comme I Can Hear…, comme And Then… reste pour moi, des années plus tard, des écoutes par dizaines (centain(e)s ?) l’un de ceux où je reviens toujours rôder, me poser, me mouvoir… Habiter. « Pas mal pour des vieux » ? Bien mieux que ça. De beaucoup. Et pour n’importe qui – autant niquer les stat’, de toute façon les sifflements, grondements de l’ampli, couvrent leur crépitement sans âme (comme tout le reste ici, plus tôt sur le disque – traits limpides et arrangements, intrications fouillées, architectures mobiles et coulées de détails minuscules et grandioses).

note       Publiée le samedi 21 mars 2020

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