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FAUX › Learn / Feet

cd | 2 titres | 07:58 min

  • A
  • 1 Learn
  • B
  • 2 Feet

enregistrement

Enregistré et mixé à Studio Faux.

line up

Bruce Dunnet & Jacques E. Rousselon

remarques

-

chronique

Enfant, je m'arrêtais souvent devant l'étagère à disques parentale, qui trônait entre la cuisine et la salle à manger, en coin de mur tel un totem étrange. Et parfois je m'arrêtais, pour regarder les pochettes de tous ces disques. Les grands, les petits. J'avais une prédilection, naturelle chez un enfant, pour les pochettes les plus étranges ou colorées. "This One" de Paul McCartney, notamment. Mais au milieu de toutes ces pochettes plus ou moins fascinantes, il y avait celle ci-dessus. Cet intrus, menaçant. Une pochette en noir et blanc, avec une photo de classe sinistre. Et marqué dessus en capitales rouge sang : "FAUX". Oui, mais pourquoi "FAUX" ? Je sais pas pourquoi. "FAUX". Démerde-toi avec ça, mioche curieux. "FAUX" et des têtes d'enfants qui font peur. Et sur les bouches de cinq enfants, des lettres en plus petit. "l e a r n". Comme s'ils étaient muets à jamais, où voués à ne dire qu'une lettre. "FAUX".. Le nom devait sonner suffisamment minimal et glacial afin de marquer la rétine, pour ces deux musiciens. Mais je ne réfléchissais pas comme ça, à l'époque : je cherchais surtout des réponses. "FAUX"... C'est pire que "NON", cette histoire, pour la boîte à gamberge ! Aucune explication de l'autorité. L'envie de leur hurler de détruire ce disque, de le jeter, de le brûler ! Peut-être avais-je pressenti sans le comprendre ce qu'il allait advenir, et les étapes successives qui me mèneraient, à sa suite, à empiler tous ces disques malsains... Enfin pour l'instant, j'avais sept ans, et il fallait que je me démerde avec la peur de cette pochette. Tout seul dans ma tête. Je n'osais pas en parler, sachant peut-être au fond qu'ils ne comprendraient pas, ces grands machins sourdingues que rien ne semble ébranler. D'ailleurs j'ai jamais demandé d'où ce foutu disque venait. La peur d'une pochette... La peur irrationnelle ? Mais elle a ses raisons, justement ! Et la tête de cette petite fille du dernier rang, en haut à droite du "X" : c'est surtout elle, qui me glaçait les sangs... Ce regard noir comme un fossé, sentant le fait divers macabre. J'en faisais des cauchemars. Sensation de salissure mentale. D'ailleurs, c'est peut-être à partir de là que j'ai commencé à développer ce lavage de mains compulsif, que j'ai eu du mal à cacher toute ma vie d'adulte (du moins jusqu'à récemment). Quand je saisissais cette pochette pour vérifier si les enfants étaient encore dessus : je les lavais, à grande eau, après. Et j'essayais de ne plus la toucher ensuite. Mais comme ce qui fait peur, fascine : je recommençais. Je m'y confrontais. Les fixais. Mais je ne l'ai jamais écouté... Cap infranchissable. Je l'ai laissé sur l'étagère parentale. Et puis notre petite famille a déménagé. "FAUX" s'est retrouvé dans un placard mural. Il y est resté bien caché. Et puis j'ai grandi. Et découvert plein d'autres pochettes qui font peur, mais qui me faisaient pas peur en vrai... Et pendant tout ce temps, les enfants flippants étaient toujours là, dans le recoin noir. Même regard, même pose. Ils m'attendaient. J'ai fini, après mes études, par prendre ce disque chez moi. Planqué, dans un sac plastique, pour pas qu'il touche les autres disques. Pas dormir dans la même pièce : OK. Mais déjà, accepter une proximité accrue. Pour commencer. Casser le mauvais sort ? Fallait l'écouter, je le savais. Mais j'ai traîné, trop traîné. Vingt-cinq ans à peu près. Alors quand ? Aujourd'hui... Cette nuit. La rencontre avec ta peur, enfin, comme dans un Stephen King, mais version Bourgogne (un Maine qui fera l'affaire, traversé par Émile Louis, et par cette mémoire locale des quarante-quatre enfants brûlés vifs dans le bus des vacances, qui a bien aidé Raven Junior à s'endormir - merci la famille). J'ai sorti le disque de sa pochette. L'aiguille est prête à piquer sa surface. Prête à démêler le vrai du FAUX. Première chanson face A : "Learn". Oh... C'est de la new wave ! Minimale et étrange, upbeat, avec une boucle de cordes cristallines et des murmures gênants. Le chant, un peu androgyne, a quelque chose. Ça m'évoque un peu le Wire ou Colin Newman de l'époque, même si c'est pas exactement ça. Amateur mais sans que ça gêne, son étouffé, la boîte à rythme bien sèche surtout, mais pas trop la sensation d'écouter des mecs du coin. Plus des anglais, ou du moins des belges. C'est "minimal" plus que "cheesy"... Pop, mais expé, avec ces samples louches qui zèbres la stéréo. Et à ce niveau la face B, "Feet", est encore plus trouble. Cold wave ambigüe, avec une ambiance plus nocturne-occulte et un chant new romantic lorgnant vers le goth, mal assuré mais envoûtant. Magnétique, ce deuxième titre emporte mon adhésion et je le réécouterai avec plaisir. Et je me dis pour conclure, que face B comme face A seraient passé crème dans la B.O. du Silence des Agneaux. Voilà... FAUX est maintenant confiné dans son casier sécurisé, comme un ectoplasme des Ghostbusters, dans les archives du sombre et de l'expérimental. Clac. C'est assez effrayant, l'imaginaire.

note       Publiée le vendredi 20 mars 2020

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Twilight › samedi 21 mars 2020 - 13:56  message privé !
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Inconnu au bataillon...A rectifier.

Dioneo › samedi 21 mars 2020 - 10:16  message privé !
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Anecdote : le gamin devant, celui qui n'a pas de lettre sur la bouche, est le (alors futur) père de Norman Fait des Vidéos....