Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesHHelium Horse Fly › Hollowed

Helium Horse Fly › Hollowed

cd/lp • 6 titres • 47:28 min

  • 1Happiness6:02
  • 2In a Deathless Spell14:20
  • 3Algeny8:32
  • 4Progeny4:26
  • 5Monochrome11:40
  • 6Shelter2:28

extraits vidéo

  • Il y a des extraits vidéo pour ce disque. Vous devez être membre pour les télécharger : devenez membre.

enregistrement

Enregistré et mixé par Xavier Dromard aux Blend Studio et Caius Studio. Masterisé au Magic Garden Mastering par Brian Lucey. Produit par Stéphane Dupont et Xavier Dromard.

line up

Marie Billy (voix), Stéphane Dupont (guitare, claviers, voix), Dimitri Iannello (basse), Gil Chevigné (batterie)

Musiciens additionnels : Bertrand De Lamalle (saxophone alto sur Happiness)

remarques

Artwork : David McCraven
L’édition CD et l’édition LP, parues toutes eux en 2019 chez Dipole Experiment, portent le même numéro d’édition (DER-002).

chronique

L’atmosphère – mais solide, concrètement sensible et pesante, qui physiquement nous déferle sur le crâne, la gueule, le corps ! C’est dense, encore, comme entrée – encore plus sans doute que sur leur précédent, où ça nous jetait déjà bien dedans d'emblée, horions compris. « Somewhere in… Happiness ». Oui : le Bonheur avec la grande initiale, comme le nom d’une contrée – de là, l’Utopie fait mal. La dystopie fait sens, aussi, pertinence. Disons : l’inquiétude aiguë permanente. Ça prend d’autant mieux – au ventre comme à la tête – qu’ils ont encore affiné leur sens des nuances, des contrastes violents comme des progressions sournoises. Ça s’étend comme un voile qui vient couvrir – je pense à Liège encore que nous n’avions fait que contourner, où le ciel s’était abaissé comme la promesse d’un désastre imminent ou remis de justesse cette fois encore. Les gens du groupe insistent : ce disque s’écoute comme une seule plage, en tout cas comme une continuité. C’est ainsi, en effet, qu’il secoue – pleinement et dans toutes ses formes, au-delà du choc immédiat de cet Happiness initial ; plus loin, avec et dans tous les reliefs où il s’écoule et se meut, s’érige et rampe, qu’en cet Algeny anxieux mais presque immobile hors son explosion, pulsation cyclique étouffée. Helium Horse Fly jouent toujours complexe, cassures et couches de son consonants/dissonants qui viennent accidenter les répétitions (les enchevêtrements de la batterie, ici, sur les montées, les passages où tout s’intensifie, ont quelque chose d’ahurissant) ; la basse trouve le son d’un gris épais, impénétrable et bourdonnant (de fuzz) tout à fait adéquat, adéquatement sinistre ; la guitare versatile se glisse, riffe massivement, dégorge des textures épaisses, granuleuses, ou trace des lignes claires, réverbérées, des inflexions qui communiquent à la hantise une souplesse, un tremblement plus charnels… Humain. Ce disque est gravement humain – avec toute la peur de se perdre, de se trouver soudain vide, évidé (Hollowed…) que ça comporte. Parcouru de l’intuition – de l’évidence qu’on se voile un peu partout en temps normal – que c’est aussi ça qui déconne, dans l’histoire : que c'est NOUS, le problème. Que le monstre aux allures mythologiques de la pochette n’en était peut-être qu’à un dixième, un fragment de l’horreur où on donne sans arrêt, maintenant, continuellement, en tant qu’espèce. Qu’il faudra sortir de ça ou crever – avec la tentation toujours là de se dire qu’il est trop tard, que tous les signes le disent, de s’y abandonner… (« Let us be reborn »… Ouais. Mais est-ce qu’on peut encore – est-ce qu’on ne va pas encore ainsi engendrer une secte de plus, la probabilité montante, exponentielle, que ce soit cette fois la dernière, la terminale, celle qui nous éteindra tous, une bonne partie du reste du vivant avec ?). Marie Billy raconte tout ça, aussi – et cette fois encore il me semble que cette voix a trouvé une subtilité nouvelle. Une tristesse non-close – une nuance d’intonation qui ne veut pas mourir, d’espoir dans la chair, qui agace la peau là où sa puissance pourrait dire : « de toute façon, abandonnez ». Et qui n’impose pas ça non-plus, comme un nouveau dogme certain ; parce que la plénitude de cette construction-ci – ces compositions, leur cycle… – n’est rien d’autre qu’une tentative de plus ; parce que l’aboutissement à quoi ça parvient ne se prétend pas jalon, n’arrive que là où il tombe et pousse, certainement pas figé, fixé dans le souci de se poser en leçon, en nouveau classique. Serait-elle « de Ténèbres », cette leçon – comme au temps des matines anciennes où ce qu’on jouait portait ce nom ? Eh bien non : même pas tout à fait comme ça. Si cette musique – ces chansons (eh… au fond, c’en sont) – cherchent un refuge (Shelter), ce n’est, je crois, dans aucune cathédrale, en aucune majesté. Peut-être seulement dans ses brisures – qui épousent en déjouant le crash les brisées du chaos autour, des fonctions dérivées qu’il prend en s’incarnant, en formes organiques, minérales, fractions urbanisées, de civilisations. « Drain harder, there’s still something out there »… Ce pourrait être l’idée qu’on n’en finira pas tout de suite, encore. Ce pourrait être le signal pour que l’Exploitation finisse une fois pour toute d’épuiser ce qui reste – de plus fondamentale, qu’on ne peut pas entamer sans voir qu’après, à la place, plus rien n’existera (si ce n’est sans nous… à notre tour matière fossile).

note       Publiée le mercredi 11 mars 2020

Dans le même esprit, Dioneo vous recommande...

réseaux sociaux

tags

Vous devez être connecté pour ajouter un tag sur "Hollowed".

notes

Note moyenne        4 votes

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "Hollowed".

commentaires

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "Hollowed".

Dioneo › samedi 14 mars 2020 - 10:24  message privé !
avatar

Ah ah ! Oh ben ça va, je pense qu'on a tout de même quelques goûts communs, avec le Saïsaï - notamment au niveau des trucs pas sereins et scoliosés (même si bon, oui, sans doute pas tout... Genre Devin Bidule, je crois pas que j'adorerai un jour - mais bref, voilà, ça constitue pas une quelconque hache de guerre). Cool en tout cas si ça t'as incité à y aller voir. "Björk sous datura" j'y aurais pas pensé mais ça peut sans doute coller ! Bonne écoute en tout cas - qui prend vraiment tout son sens sur la longueur de l'album, donc, disais-je (ne pas se fier à l'impression "ça cherche le mur du son sans respirer ne microseconde" de l'entrée en matière, quoi).

Note donnée au disque :       
Procrastin › samedi 14 mars 2020 - 00:20  message privé !

Oh un truc qui vous met d'accord, m'en vais checker ça. Les premières minutes "Bjork sous datura" puis virage ved buens ende présagent du très bon!

Note donnée au disque :       
Dioneo › vendredi 13 mars 2020 - 11:58  message privé !
avatar

Ah ben content de voir en tout cas que je ne suis pas le seul (mais en appréciant) à y entendre un rapport avec la Beth, tiens. (Et opéra... version Weimar décadent alors, j'insiste).



Oui sinon, la guitare... Assez surprenante, la versatilité du jeu. Tu dis indus, je dirais aussi parfois quelque chose de quasi coreux (dans une sens, euh, "moderne" du terme), noiserock mais pas du côté baveux du truc du tout. Et "avant metal", un peu, en virant tout ce que l'appellation peut charier de relou - j'ai foutu Anathema (que j'aime pas) de mémoire dans les reco parce que j'entends un truc un peu apparenté de ce côté (guitare) sur les parties "calmes" (mais donc ici en version que j'aime) ; Dariev avait évoqué aussi Opeth, question jeu de gratte uniquement, en découvrant ça, sur le coup j'avais trouvé ça incongru mais aux réécoutes je m'étais dit qu'en fait je voyais assez bien où il voulait en venir (mais pareil : à ceci prêt qu'Opeth ça me barbe alors qu'Helium Horse Fly... bah ça me cause).

Note donnée au disque :       
saïmone › vendredi 13 mars 2020 - 11:33  message privé !
avatar

Ouais, c'est surtout la guitare qui est assez RIO je trouve, virtuose sans en avoir l'air une seule seconde, t'as l'impression qu'il y a plein pistes en même temps, et des progressions tonales/atonales assez typiques... après je trouve aussi que ça dépasse ça, ça navigue parfois du coté noise rock indus (en tirant large), c'est vraiment unique, perdu volontaire... la voix c'est surtout quand ça part dans le Beth Gibbons option Opéra que ça m'irrite un brin... (mais mon problème avec les voix est légendaire !)

Note donnée au disque :       
Dioneo › vendredi 13 mars 2020 - 11:29  message privé !
avatar

Et blague à part RIO oui, y'en a et en découvrant le groupe (sur suggestion du Sergent B., avec l'album précédent - rendons à) j'ai au départ surtout pensé à ça, clairement. Maintenant... Je les trouve dans un truc pas du tout scotché uniquement là-dessus, avec une euh, narration moins cubiste, souvent, dans le débit, la construction. (Le côté Weill/Brecht des premiers EP complètement ou très peu s'en faut disparu, sur la forme, mais avec quelque chose qui en demeure sans que je sache cerner exactement quoi, dans le propos, je dirais aussi, en passant).

Note donnée au disque :