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Gang Of Four › Solid Gold

  • 1981 • EMI records EMC 3364, 0C 062-07 460 • 1 LP 33 tours
  • 1996 • EMI records 7243 8 37006 2 2, CZ 561 • 1 CD

cd • 10 titres • 38:20 min

  • 1Paralysed
  • 2What We All Want
  • 3If I Could Keep It For Myself
  • 4Outside The Trains Don't Run On Time
  • 5Why Theory?
  • 6Cheeseburger
  • 7The Republic
  • 8In The Ditch
  • 9A Hole In The Wallet
  • 10He'd Send In The Army

line up

Jon King (chant, melodica), Andy Gill (guitare, chant), Dave Allen (basse, chant), Hugo Burnham (batterie, chant)

remarques

La réédition CD 1996 inclus l'E.P. Another Day / Another Dollar.

chronique

Chers concitoyens, voici une musique aussi moelleuse que le fisc.

Sous sa réputation de second album qui n'apporte rien au premier, voire d'excroissance plate, Solid Gold s'en révèle surtout une version encore plus sèche, glaciale. Carcérale... La forme dure d'un premier album qui était déjà purifié à 100%. Ces tordus droit comme des I ont davantage affûté leur style, rigidifié par ce funk sans libido à la silhouette d'arme blanche. Ils l'ont rendu encore plus strict, plus net, plus précis, plus... début des 80´s. À tel point qu'on pourrait comparer le son de Solid Gold - même s'il a mieux vieilli - à l'architecture brutaliste alors en vogue, telle qu'on pouvait la voir, par exemple, dans le film culte de Bertrand Blier sorti peu avant. On imagine bien ces mots glaçants, assénés de façon atone par Alphonse Tram après avoir dégoupillé son canif : "un quidam... un anonyme, un mec sans importance". Ce couteau tendu qui est comme les riffs de cet album : tranchants, piquants. Gang of Four n'a jamais été plus austère, rythmiquement agressif. Post-punk. Scotché à l'aliénation urbaine qui lui donne cette humeur livide. Celui qui remplace les maquillages romantiques par des tronches d'énarques en tenues de bureaucrates. Celui qui séquestre le malaise dans les coutures, la violence du civil dans le rang prête à sauter à la gueule au travers d'un motif pied-de-poule, au détour d'un sourire mécanique de banquier... Anti-sexy, mais axé sur le beat, os central du son.

Anti-sexy comme cette pochette trichrome, avec son motif en quinconce qui évoque un emballage de chewing-gum ou de préservatif ("caché dans la poche gauche", pour citer un de leurs plus fameux titres ?) Une esthétique aseptisée... Plus dangereux que "crade" : CADRE. Solid Gold c'est une histoire de cadres. Ceux qui contiennent, ou plutôt qui enferment. Ceux qui sont assimilés, dans des entreprises. Pour qu'ils puissent à leur tour enfermer l'autre. En le réduisant à la tâche stupide qu'il répète, comme son répétés ces riffs basiques... Dès "Paralyzed", aux copeaux de guitare brillants, contrôle total de leur style (Steve Albini se masturbera devant ce titre jusqu'à sa mort), l'ambiance est posée : crispée, frustrée, mordante. La discipline maladive de Gang of Four opère à froid : fracasser le funk et le remodeler sous la forme d'une musique asphyxiante. Matraquer le cerveau sur la condition du prolo moderne, la réification, et toutes sortes de concepts qui ont fait la joie des sociologues post-marxistes. Mais en gesticulant en mouvements concassés. Armé du sarcasme (ce truc que les anglais sont capables de rendre létal...) Gang Of Four investit la décennie du synthétique et de la cocaïne, à son plus corrodé, dans l'ère croissante de l'écran-Roi et du building hi-tech. Vision monochrome à la David Byrne monomaniaque, qui a troqué la chemise exotique griffée Eno contre une longue manches immaculée. Musique anguleuse... Anglaise. "Marshall music - the beat goes on". Muée par cette pulsion irrésistible, à angles hyper-droits, s'insinuant par syncopes. Et ces riffs, encore... à la fois glaciaux, et haut classés sur l'échelle de Scoville. Le politique contaminant tout, comme ce rythme de salaud ("What we all want").

Arithmétique tranchante, feeling qui fait de Go4 une des couleurs primaires du punk (ils ont marqué au fer bleu des caractères bien trempés comme Fugazi et Big Black, comme on le sait... mais aussi INXS ou Helmet, m'en soient témoins les citations fiévreuses de Hutchence et Hamilton dans le livret). La guitare d'Andy Gill lamine et décape comme un Wilko Johnson en plus aiguisé, tandis que Jon King tient au micro le rôle d'un salarié à bout de nerfs qui sert les dents jusqu'à saigner des gencives, résigné à poursuivre la routine, jusqu'à un possible accident provoqué. Son Bureau. Sa Maison. Sa... Mission. Solid Gold est peut-être encore plus pertinent à l'ère de l'internet qu'il ne l'était à sa sortie, oui, gélule audio pour nos matins blafards.

Ce goût d'aliénation amidonnée, ce fracas d'acier méthodique soudé à des pulsations contagieuses, la tension radicale : tout fait redoutablement ici, et convoque une note maximale.

note       Publiée le dimanche 1 mars 2020

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Shelleyan aka Twilight › lundi 2 mars 2020 - 07:19  message privé !
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L'âge d'or.