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Tindersticks › Tindersticks

cd • 21 titres • 77:01 min

  • 1Nectar
  • 2Tyed
  • 3Sweet, Sweet Man Pt 1
  • 4Whiskey & Water
  • 5Blood
  • 6City Sickness
  • 7Patchwork
  • 8Marbles
  • 9The Walt Blues
  • 10Milky Teeth
  • 11Pt Two
  • 12Jism
  • 13Piano Song
  • 14Tie-Dye
  • 15Raindrops
  • 16Pt Three
  • 17Her
  • 18Tea Stain
  • 19Drunk Tank
  • 20Paco De Renaldos Dream
  • 21The Not Knowing

line up

Stuart Staples (chant, guitare), David Boulter (claviers), Neil Fraser (guitare), Dickon Hinchliffe (violon), Mark Colwill (basse), Alistair Macaulay (batterie, vibraphone)

Musiciens additionnels : Terry Edwards (arrangements, saxophone) Rosie Lindsell (basson), Ian Bishop (clarinette), Martin Harman (hautbois)

remarques

chronique

Styles
chanson
blues
musique de film
ovni inclassable
Styles personnels
chamber pop

On a le droit de trouver la musique de Tindersticks ennuyeuse ou agaçante, avec ses manières de chute molle et sans fin dans la soie, et son chant aux paupières tombantes. C'est même assez légitime, de trouver ce groupe... chiant. Comme de trouver chiants Spain, Red House Painters, Low, j'en passe et des plus tapissiers de l'alterno-déprime... Parce que Tindersticks c'est d'un raffinement et d'un snobisme hors du commun... Parce que contrairement au suivant, ce premier album a longtemps été un casse-tête pour votre narrateur, et même un casse-pieds, avant d'être un crève-cœur. Parce que ce disque de soixante-dix-sept minutes (ça fait plus long écrit en lettres) a cette personnalité pas facile à appréhender, un peu paradoxale, presque déchirée. Qui semble taillée pour le luxe, et en même temps avoir un appétit pour le bancal et le titubant, voire le bordélique. Toujours prompte à grincer des dents de tous ses beaux instruments, entre les respirations, à froisser la belle nappe. Parce qu'il reste leur œuvre la plus complexe et étrange. Pas d'histoires de rotation en fond pour l'apprivoiser, ou d'écoute analytique : ce recueil tissé de bric et de broc s'apprécie surtout si on l'écoute... en buvant. Il se prête très bien à l'alcool, oui. Je parierais même qu'il a été enregistré pour être pleinement apprécié dans l'ébriété. Et c'est là qu'on peut - ou pas - mettre le doigt sur ce qui fait leur truc à eux à ces patauds classieux : leur mélancolie de poivrot intello, de trentenaire qui se sent déjà plus vieux que son grand-père, à l'heure des mignons bûcherons à cheveux filasses qui fantasment sur Led Zep et autres rockers blaireaux, au lieu d'écouter la pop orchestrale sixties, la vraie musique raffinée des vrais messieurs ! Tindersticks et leur mélancolie... blasée. Tindersticks et leur bon goût funéraire et bien fringué pour l'occasion, mais de traviole. Leur musique et son arrière-goût de frangipane... Cette allure d'édredon en plume d'oie imbibé de vieux malt... Le malaise mélancolique y est omniprésent. Les flonflons folklo, et un lancinement tenace, comme une envie de vomir pendant un interminable dîner gastronomique. C'est un album qui a tous les éléments du confort mais qui donne la sensation de ne pas être bien dans ses pompes, oui... Dégorgeant une musique mollassonne et, paradoxalement, pas avare en sons qui pétaradent comme à la parade. Sa pochette lui va très bien, en réalité, même si c'est surtout "Her" qui l'incarne à merveille : le seul titre où le groupe s'abandonne à une forme d'énergie salvatrice, sans perdre de son romantisme. Et danse, enivré, libéré, à la tzigane... Comme s'il lâchait enfin prise après une heure de louvoiement sadique. Mais rien que la voix de Staples, ah, Staples... Dès le début, c'est du certifié Droopy : on peut avoir fort envie de la choper par la cravate (desserrée au préalable façon intellectuel mondain, ça aide) pour la secouer vigoureusement, cette voix, tant elle peut se montrer insoutenable de torpeur... alors qu'elle est déjà magique dans ses marmonnements. Et que dire de la détraquée "Tyed", qui semble faire exprès d'être pénible avec sa trompette bourrée, et son fracas d'instruments qui semble juste utilisés parce qu'ils les avaient sous la main ? Le matou Tindersticks a bouffé de la "Venus In Furs" et la recrache en boules de poils informes. Ce premier album semble s'acharner à se vautrer d'entrée, en se tirant une balle dans le pied qu'il se prend dans le tapis... Mais le charme étrange de leur musique, à la fois détachée et passionnelle, commence à opérer dès "Whiskey & Water", même si encore timidement... On réalise, bric après broc, jusqu'au final pastoral, que Tindersticks est comme une grosse malle à chansons. Voire un grenier entier. Un vide-grenier de chansons tristes ou cassées, parfois les deux. Certaines biscornues et saugrenues, d'autres offertes comme un koala sur le dos prêt à se faire gratter le ventre, telle la déprimantissime "Jism", dans laquelle le chant de Staples se transforme en grosse gaufre molle, nappée de violon et d'orgue. Rassie, gracieuse. Il y a aussi des chansons mimi mais chiantes comme "Piano Song". Il y en a de franchement belles voire sublimes, comme "Drunk Tank", dont la peau laiteuse semble poignardée à coup de notes de piano... Et puis il y a "Raindrops", troublante, un des sortilèges enfouis dans cet album bouffi, qui m'a donné une clé pour apprécier ce Tindersticks que je savais pas trop par quel bout prendre. L'album gagne nettement en qualité sur son dernier tiers, au point qu'on leur en veuille presque d'avoir mis tout ce temps pour dégainer la magnétique "Paco de Renaldos Dream". Mais il y a des disques qui se méritent, c'est comme ça. On a d'ailleurs la sensation de détricoter un rêve trop bordélique en parlant de celui-ci, comme le fait le morceau sus-cité. Difficile à écouter d'une traite sans se gratter la tête ou bâiller à un moment ou un autre... mais truffé d'étranges instants de grâce, comme si cette musique nous faisait entrer en dialogue avec les vieux meubles, les souvenirs abandonnés aux tiroirs. Patience est de mise avec ce grand cafard-barnum de bourgeois sous anxiolytiques, pour que survienne l'étincelle - le feu en vaut la chandelle (et mes jeux de mots la poubelle). Une déprime profonde d'anglais distingués, qui s'étale sur une heure et quart confuse et cruelle, en rouge et noir... Rouge, comme cette robe-coquelicot imaginée par un obscur peintre espagnol. Et noir, comme le pinot qui m'accompagne ce soir.

note       Publiée le vendredi 28 février 2020

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Note moyenne        6 votes

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SEN › samedi 29 février 2020 - 20:24  message privé !

C'est mon programme de demain soir, en concert à La Rochelle !

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boumbastik › samedi 29 février 2020 - 20:04  message privé !

Comme pour Gulo, le seul Tindersticks qui me cause et qui me causera encore longtemps. Inoxydable.

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zugal21 › samedi 29 février 2020 - 09:48  message privé !

Je l'ai chopé à sa sortie, il était très favorablement noté dans un magazine ( Rock Sound ) ; et déjà on nous signalait le côté " alcool " du truc. Je songe à un bon Bordeaux quand je l'écoute.

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born to gulo › samedi 29 février 2020 - 09:21  message privé !

(et la pochette du AATT m'y a également fait penser direct...)

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born to gulo › samedi 29 février 2020 - 09:20  message privé !

Ah tiens ? Le seul qui me cause vraiment et quasiment en continu ; j'en ai jamais pensé tout ça (en fait c'est tous les autres que je trouve systématiquement trop intelligents et pas assez charnels), quoique je me retrouve dans certaines sensations, mais ça donne envie de le sortir bientôt, le chéri ^^

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