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Strasbourg › Fruit de la Passion

lp/téléchargement • 9 titres • 43:46 min

  • 1Vague à l’Âme4:20
  • 2Galope5:04
  • 3Jessica4:36
  • 4Elle Danse5:02
  • 5Jaguar3:12
  • 6Sangria4:39
  • 7Fruit de la Passion5:33
  • 8Franky6:24
  • Bonus de la version téléchargeable
  • 9Jésus4:56

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré par Strasbourg. Mixé par Raph Sabbath. Masterisé par Avgvst.

line up

Tamara Goukassova (violon), Monsieur Crane (chant, guitare), LL Cool Jo (claviers, guitare), Raph Sabbath (guitare, basse)

remarques

chronique

Strasbourg sent la pluie – le gris, la lose et la rose, s’en amuser, en faire un truc qui griffe et grince. Dévier la Gironde plus près du Rhin… Pas craindre de se dire sans se figurer qu’on déraisonne que le Bashung circa Play Blessures et l’Aventurier d’Indochine, bah… Pas une hérésie si ça passait sur la même station, si ça joue encore. Les paroles ont l’air de sortir au jugé – ce qui fait que quand ça touche (et c’est souvent) on ne sait pas trop si ça va s’infecter, si c’est un don qu’ils nous font, ces projectiles, cette mitraille tordue, fondue-séchée en nuances de plomb terne ou luisant. Dire que Jésus – la chanson bonus – parle d’un pote ainsi nommé, et pas fait exprès si c’est comme l’autre, là, le rédempteur. Refroidir l’atmosphère, encore. Tourner un clip chelou en noir et blanc, comme si c’était ça, toute une vie – et je ne suis toujours pas sûr de l’aimer ou pas, ce truc en images qu’ils collent sur Galope. Le morceau, ouais, il m’attrape. Crade, aussi – le verbe encore à l’instinct qui déroule du crime véritable ou du fantasme terni par les occurrences de la scène mentale repassée encore et encore et encore. La musique est granuleuse, granulaire, sur tout l’album. Les idées collées à l’arrachée mais en visant bien, en apposant au poil les jointures – que ça fasse brut, brutal, brutaliste. Le goth du fond, la coldwave, minimale, synth… du quartier pâle, blême trop tôt le matin. J’aime la facture de ce disque, rude, les boîtes à rythmes tramées, les claviers filets d’infiltration, condensation. Le violon aussi plein de réverbe que le reste – joué par la même que dans le Konki Duet, un petit peu à l’autre opposé, si on tient à parler spectre. J’aime beaucoup que ses incorrections – les paroles dégueulasses du morceau titre qui pourrait citer Franky Vincent mais non mais d’ailleurs celui d’après s’appelle Franky tiens – ne sonnent comme un appel à rien, pas une incitation, juste un truc qui coule de la cassure moche. Pas une blague, non-plus – à peu près le contraire de la parade pour clubs d’amateurs péteux à la Violence Conjugale, et j’aime ce disque pour ça aussi, son absence patente de quinzième degrés sous l’apparence de machin qui craint, son indécrottable intégrité de forme et d’opaque propos, pointes d’humour hématique et pas dans les clous comprises. Franky… Allez, si ça se trouve c’est le Pleurnichard de Suicide plutôt que le roi du zouk-porn, malgré l’enchaînement. « Encore… Toujours populaire ». Ouais : rentre de l’usine, flingue tout le monde, flingue-toi à la fin. Eh… Personne n’a dit que c’était l’exemple à suivre, autre chose qu’un fait divers à raconter parce qu’il faut bien dire quelque chose pendant que derrière ça débite du beat et des textures jouées sans les gants (et qu’on attrape pareil, sauf à la faire à l'hygiéniste). J’ai toujours aimé cette photo, l’image de la pochette – pas un poil Chouchou ou Pédale Douce (ces films de merde), ni Striptease (l’émission qui rassure, qu’il y a toujours plus beauf que soi, plus de misère), pas un poil Comme Ils Disent (la chanson d’Aznavour), non-plus. Un simple portrait de proximité, plutôt – et on lit ce qu’on voit et on voit ce qu'on veut ou ce qu'on peut, dans ce regard, on remarque ou pas, ensuite, ce papier-peint tellement maison-où-tant-de-ceux-qui-ricanent-auraient-pu-grandir, en arrière-plan. J’aime que ça sonne toujours comme s’ils jouaient dans un squat impossible à sonoriser – mais que ça sonne juste comme il faut pour que ça y foute cette ambiance contagieuse – de confidences pas ramenarde, encore une fois, au fil de la gueule de bois qu’on est en train de se construire et sans se glorifier de la future céphalée (ni croire qu’on se reverra autrement que par le jeu des hasards et habitudes – de lieux, de fréquentations… d’affinités, ça finit, allez d’accord, parfois, par en devenir). Je sais pourquoi j’y viens. Je me fous un peu qu’au moment de la sortie de ce disque le groupe ait fait ou non une espèce de buzz (oh, relatif, oui, sans doute, de milieu...). Je ne me soucie guère de savoir si les mêmes aujourd’hui les ont ou pas oubliés. J’ai encore trop peu écouté le dernier, le suivant, parce que pas du tout lassé du ci-présent. Je trouve toujours ces chansons pile-poil dans ce qu’elles disent, ce qu’elles font sans qu’on sache toujours exactement. Je trouve ça bien plus beau, en fait, que si c’était plus spectaculairement épatant, nouvel espoir ou emblème de quoi que ce soit. Je trouve ça beau, oui, tout court. Sans nostalgie pourtant pour les endroits publics aux moquettes murales gorgés de la puanteur figée des mégots refroidis par milliers, morts-éteints. Jaime toujours tant Galope – Antilope Salope. Et puis même celle aussi qui cause des enfants sales – il y en avait qui jouaient, effectivement, d’ailleurs, et leurs à-peine-grands frères et sœurs qui clopaient, décidément, la seule fois par ici où je les ai vus se produire (peu avant, question de semaines ou de mois, que les bleus viennent expulser, si j’ai (et je le crains) bonne souvenance).

note       Publiée le vendredi 7 février 2020

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Dioneo › vendredi 6 mars 2020 - 09:25  message privé !
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Bah encore une fois pour ce que j'en ai écouté - mais j'ai pas insisté hein, et je les ai justement jamais vus en concert, et c'est vrai que ça peut carrément changer l'impression qu'on a d'un groupe - le côté "compos mortelles" m'a pas du tout frappé, chez She Past Away. Bon, peut-être aussi qu'on s'est à un moment bouffé un peu trop de groupes locaux (décidément) à mon oreille franchement pas inspirés, au point que mon seuil de patience en est tombé très bas, en matière de néo-rétro-froid. (Pas forcément des gens pénibles, d'ailleurs, ou pas sincères ou quoi, pour ce que j'en connais ce sont même souvent des types et des nanas globalement fréquentables - mais j'avoue, ici, des Poison Point et des Venin Carmin (Twili je sais que t'aimes bien mais perso bon...) on les a tellement vu passer sans que j'arrive à aucun des concerts vus/entendus à comprendre sur quoi le public du Sonic ou autre se pâmait, chez eux que... Bah voilà quoi, suis devenu sans doute plus que de raison allergique à l'exercice).

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(N°6) › vendredi 6 mars 2020 - 08:37  message privé !
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Yéyé goth, ah ah. Pas mal la formule, je me la met de côté ! Sais pas, suis pas du tout objectif sur ce groupe (enfin sur le premier album). Hyper efficace en live en tout cas, comme quoi l'orthodoxie ça marche tant qu'il y a de la compo qui tue (ce qui est le cas sur ce premier album).

Dioneo › vendredi 6 mars 2020 - 00:03  message privé !
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Oui, ils chantent en turc mais après... De ce que j'ai écouté, j'ai trouvé ça aussi blindé de tics - limite du yéyé goth (dans une autre langue, oui... mais bon), en exagérant à peine un poil - que, disons, les palanquées de groupes coldwave-à-la-lettre qu'on se cogne depuis maintenant pas mal d'année à Paris Lyon (Gujan Mestras ?) etc. ... Lovatarax oui, ils sont très cools. Et sur scène (j'avoue avoir assez peu voire presque pas écouté ce que ça donne sur disque) je trouve que ça a plus de gueule que tout ça - avec un son qui déborde plus, ça reste imaginatif, sans prétendre du tout que ce serait "hors-genres" (un peu l'effet que peuvent me faire Mueran Humanos, encore dans une autre langue - l'espagnol - et basés ailleurs - à Berlin... Pas du tout que ces groupes - Strasbourg inclus d'ailleurs - sonneraient pareil, mais ils s'enferment pas dans des euh, obligations de scène, je dirais, là où ceux déjà cités ou d'autres s'y dessèchent carrément).

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(N°6) › jeudi 5 mars 2020 - 17:46  message privé !
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Ben She Past Away ils chantent en turc, du coup forcément ça fait une différence de taille quand même dans l'expression. Tu changes de langue, c'est plus pareil. (après, Lovatarrax honnêtement y a quand même un peu de ça aussi quand même, mais ça me dérange pas trop parce qu'ils sont cools)

Dioneo › jeudi 5 mars 2020 - 13:36  message privé !
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Bah j'ai quelques copains/copines ici qui sont des délocalisés du Juppéistan... Et c'est vrai qu'au début ça m'avait surpris, leurs "c'est gavé bien" et variantes.

Sinon ouais, voilà, y'a pas cet écueil Lebanon truc chante-comme-Iannou etc. (Ou... She Past Away ? Tousse Bis).

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