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Throbbing Gristle › Mutant Throbbing Gristle

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Membre Note Date
taliesin      jeudi 6 février 2020 - 07:42
Walter Benjamin      mardi 4 février 2020 - 14:56
Dioneo      mardi 4 février 2020 - 14:10
Wotzenknecht      mardi 4 février 2020 - 18:56

cd | 8 titres | 52:18 min

  • 1 Persuasion (Motor Remix) [5:01]
  • 2 Hot On the Heels of Love (Carl Craig Re-Version) [9:05]
  • 3 What a Day (Hedonastik Remix) [5:57]
  • 4 United (Two Lone Swordsmen Remix – Vocal Version) [5:22]
  • 5 Hamburger Lady (Carter Tutti Remix [4:45]
  • 6 Hot On the Heels of Love (Ratcliffe Remix) [8:01]
  • 7 Still Wlaking (Carl Craig Re-Version) [7:37]
  • 8 HotSteelUnited (Carter Tutti Remix) [6:30]

extraits vidéo

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enregistrement

Masterisé par Simon Davey. Produit par Throbbing Gristle.

line up

Bryan Black (Bryan Barton) (Motor ; remix sur 1), Chris Carter, Peter Christopherson, Cosey Fanni Tutti, Carl Craig (remix sur 2 et 7), Olivier Grasset (Motor ; remix sur 1), Genesis P-orridge, Keith Tenniswood (Two Lone Swordsmen ; remix sur 4), Andrew Weatherall (Andy Weatherall) (Two Lone Swordsmen ; remix sur 4)Motor, Marc Harrison (Hedonastik ; remix sur 3), Marc Rowntree (Hedonastik ; remix sur 3), Steve Keeble (Hedonastik ; remix sur 3), Simon Rattcliffe (remix sur 6)

chronique

Styles
dub
electro
musique électronique
techno
house
trip hop
Styles personnels
nonobstant piste 2

Remixer Throbbing Gristle… Idée casse-gueule. Surtout en s’attaquant, comme ici, à des « classiques » du groupe – tant la notion de classicisme, pour ces gens, à la racine même de l’indus, incarnait l’instance culturelle, esthétique du… j’allais dire du fascisme mais ce serait encore une métonymie, celui-là, dans le contexte, n’apparaissant de toute façon que comme avatar maousse et historiquement déterminé du Contrôle (tel que l’entendait Burroughs, oui – je vous renvoie à ses écrits, donc, concernant ce concept, la perception paranoïaque/lucide de l’auteur et ses développements théoriques afférents). L’appel au conformisme, le culte d’un passé donné comme parfait, ses productions (esthétiques, culturelles, là encore) considérées comme modèles indépassables à toutefois poursuivre et reproduire encore et toujours, matrice de toutes tentatives. Bon… D’un autre côté il faut l’admettre aussi : des « classiques », les morceaux ici remixés en sont devenus depuis longtemps – Throbbing Gristle devenus soi-même une légende. Leurs actes voulus terroristes, dissolvants, révélateurs de l’arnaque et de la machinerie pop-culture, de la programmation (selon le terme de Burroughs, encore) – sociale, politique, intellectuelle, existentielle… – transformés depuis longtemps en cas d’écoles par des générations de fans désireux d’en dupliquer la forme en variant la formule peu ou prou, en ajoutant leur « touche », quitte à tomber dans le contresens total par rapport à la logique d’origine du groupe, d’ouvrage sans « style » (comme signature esthétique reconnaissable, déposable aux registres, argument d’une séduction négociable), de court-circuitage de l’habitude, du confort, de production directe de déchets, configurés pour dévoiler le mortifère, le lénifiant, dans l’industrie des loisirs, ce qu’elle autorise, échange, tout ce à quoi elle induit à se conformer (en vous affirmant que c’est la fête). Alors oui : on pourrait prendre l’exercice – du remix – comme une occasion de déclassifier (« déclassiser » ?) à nouveau ces morceaux, de leur rendre leur charge. Et pourquoi pas ? Et alors quoi ? Eh bien… Malheureusement, c’est à mon sens l’autre hypothèse qui se vérifie, la crainte première – d’un disque de plus pour pas grand-chose, d’une récupération un peu trop vide parce que trop réussie, trop adaptée à son espace-temps. A une exception près, de taille mais… Bon, certes : tout le reste n’est pas sans talent – mais tellement sans surprise. D’accord : les relectures par deux des membres d’origine du groupe (Cosey Fanny Tutti et Chris Carter alias Carter Tutti, ici, alias Chris & Cosey, ailleurs) gardent un certain mordant, le sens du démontage/remontage qui change le sens de la pertinence (de la chose ainsi modifiée) – ce serait bien le diable qu’eux ne s’en sortent pas. Mais… Voilà : « ils s’ne sortent bien », là, et guère plus. Et puis… Et puis cette version par Two Lone Swordsmen – United, rendu encore plus hymne-de-club-de-foot (ce qu’est le morceau, au départ – perverti bien évidemment, cheval de Troie au fond assez naïf, pour attirer le chaland dans le brouillard abrasif du Third and Final Annual Report, de 1978) – est bien ennuyeuse, avec son entrain encore renforcé, l’effet étant que ça se met ainsi à ressembler complètement à du New Order de croisière, pas trop inspiré. Et puis celle de Hot… par Simon Ratcliffe – bien casse-bonbons dans son clinquant-contrepied (raté, je dirais, oui) façon croisière s’amuse trip-hop-club. Bref… Comme je craignais, donc : pas grand-chose, des déclinaisons de genre, de styles, par des stylistes. Et puis voilà. Et puis… Ah. Et puis si : SAUF. Sauf qu’il y a cette deuxième plage qui bouffe tout le reste, au vrai – Hot On the Heels of Love, là aussi, dans sa version retravaillée par Carl Craig. Insidieusement et frontalement érotique, excitante, porno cérébrale. L’impression qu’il n’a pas retouché grand-chose – sauf que la durée du morceau est plus que doublée par rapport à la version d’origine (sur 20 Jazz Funk Greats, de 1979). Sauf que justement : ce presque rien dans le changement de structures, du relief sonore, des bouts réitérés et remontés, déplacés, saisit parfaitement l’esprit salace, troublant, de la chanson – à vrai dire au départ pratiquement déjà du Chris & Cosey, justement, ce que les deux sortiraient bientôt sous ce nom – avec ses cymbales synthétiques-claquements de fouet, la voix pénétrante et alanguie de Cosey qui vous rampe sur la peau, vous susurre à l’oreille que vous allez douiller et aimer ça, en plus… Tout ça surtout pas « modernisé », lifté à outrance – mais recombiné comme magiquement, trouvant une adéquation nouvelle, sans qu’on sache dire exactement à quoi ça tient, tant on y reconnaît aussi la matière à peine (mais un « à peine » qui compte, qui fait tout) altérée. Joli coup. Digne des « edits » de la préhistoire de la house, de la techno – Detroit (bah tiens), Chicago, quand les DJ/producteurs, en étendant les boucles, en dupliquant les breaks, en poussant encore les basses, en asséchant en pointe les caisses claires, faisaient ressortir le SEXE dans le disco ; surtout : quand ainsi ils y autorisaient, y engouffraient toutes les déviances, les possibilités, là où l’article d’origine vous incitait surtout à finir en beauté votre sortie du weekend. (Quitte à fonder ensuite une famille avec votre partenaire d’incident bien pondéré, bien sur les rails – ou à signer tout autre contrat sans clause de sortie des cas prévus quelques soient vos genres-sexes-âges, hein… le DISKONTROL ne fait pas de discrimination. Mais allez par-là, les freaks, venez.. Voilà la porte, c’est là, la grille. Si, si : en cette saison vous gardez une chance de survivre… Mais pardon ! Je digresse, hum. Revenons). Je reviens à celle-là, tout le temps. J’oublie à peu près tout le reste, chaque fois – entre chaque fois « pour vérifier ». Je trouve toujours – chaque fois aussi – ce Hot… aussi irrésistible, seule plage du lot à mériter le titre du disque (« Mutant » ; pas Hybride de labo-studio, pas mise-à-jour que rendra obsolète le prochain volume, le prochain plug-in). Même l’autre remix du même Craig – Still Walking – pour plaisant puisse-t-il être, reste, hors l’écoute, dans l’indéfini du reste, l’impression persistante d’un griffe, d’un patte ajoutée, apposée aux morceaux prélevés, sans qu’il se passe quoi que ce soit de bien notable. Ah oui : noter… Il est temps de conclure, de balancer les boules. Bon… Pas envie de lui foutre même la moyenne, celui-là – et pour une fois, un peu moins persuadé que c’est absurde, le barème. Allez hop : 2/6, MAUVAIS. Sauf, donc, à une exception. Dont je ne me lasse pas. D’ailleurs… J’y retourne. Je veux encore entendre chuchoter la Tutti, qui semble rire et promettre, et CLAC-CLAC – mais d’où me vient cette impression que c’est plus vaste, à jamais, qu’une simple variante dans le feng-shui ou l’ameublement d’une pièce spécialisée dans un bordel de plus d’une ville au nom sans importance ? (Tout le reste du disque, par effet, sombrant encore une fois sans que je m'en préoccupe).

note       Publiée le mardi 4 février 2020

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Dioneo › mercredi 5 février 2020 - 09:33  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Oué, la pochette est cool aussi... Mais voilà, reste que ça donne un titre excellent et sept qui servent à rien, dans un joli emballage, bon... Pourtant c'est pas faute d'avoir essayé aussi de l'écouter "juste comme ça" sans tenir compte forcément des trucs théoriques exposés dans la chro (en ayant même commencé par là, d'ailleurs, comme toujours, c'est à dire en me disant "tiens, écoutons-voir ce que ça donne"). 'Fin comme tu dis, un de moins à faire. (Et la re-version de Carl Craig est à un clic d'ici, en passant, facile à trouver, donc bon... Servez-vous, si ça vous tente).

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Wotzenknecht › mardi 4 février 2020 - 18:56  message privé !

Ah, une de moins à faire, surtout que je suis d'accord sur tout. J'ai vraiment envie de lui mettre 3 pour ce Hot On the Heels of Love (Carl Craig Re-Version) à la fois si long et si bon ; et j'aime bien l'objet avec ses petits rabats voyeuristes. Mais dans le fond c'est vrai que ca fait bien maigre.

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