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Kool Keith › Matthew

cd • 17 titres • 52:31 min

  • 1F-U M.F.
  • 227 Shots
  • 3Errand Boy (Skit)
  • 4Operation Extortion
  • 5Baddest M.C.
  • 6Extravagant Traveler
  • 7Recoupment (Skit)
  • 8I Don't Believe You
  • 9Lived In The Projects
  • 10Keith N Bumpy
  • 11The Set Up (Skit)
  • 12Shoes N Suits
  • 13Diamonds
  • 14Sweet Unique Pete
  • 15Do You Masturbate?
  • 16Back Stage Passes
  • 17Mad Man Departure

line up

Kool Keith (MC)

Musiciens additionnels : KutMasta Kurt (production sur "Back Stage Passes"), Freddie Foxxx a.k.a Bumpy Knuckles (MC sur "Keith N Bumpy"), Black Silver (MC sur "Sweet Unique Pete")

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
abstract / lo-fi

Matthew, sous sa banale pochette fresh R'n'B comme il en fleurissait alors à foison, est peut-être l'album le plus terne de Kool Keith. Un album enregistré dans une période de déception post-Black Elvis, et de comptes à régler avec le réel. Passé cet "artwork" aussi superfi-bleu ciel et lessivé que celui du premier Ärsenik, voici l'un des Kool Keith les plus anormaux et les plus dépouillés de la prod - on flirte avec le vide absolu du hip-hop, dans la forme. Mais c'est pas du tout de la musique pour Fun Radio, non... Kool Keith n'est pas "fun" : il est COOL, et pas dans le sens de sympa, mais de FROID. Bien plus froid que tous les trucs qu'on appelle trap-cloud-bidule avec leurs instrus techno-fastfood. Prisonnier de sa névrose congelée et des rancœurs de son auteur, Matthew est aussi rectiligne et vain que ces miasmes du futur, il est aussi monotone que magnétique. Son aura artisanale porte la marque du vétéran alien, son côté "rappeur insolite n°1" a plus que jamais un arrière-goût d'angoisse. Matthew est réservé à ceux qui se seront au préalable familiarisés avec des albums plus souples de sa disco, c'est du pur "acquired taste". Comme Sparks, si vous voulez. Même si c'est on ne peut plus classique sur papier. Keith entame d'ailleurs sans préavis par une série d'insultes-réflexe à l'encontre de tous les nouveaux venus du rap à l'an 2000, ceux du tout-synthétique lisse, qu'il déteste bien sûr, et qui peuvent lui "sucer la bitte" - et même, lui "sucer l'urètre". La précision a son utilité, dans la tête du gars. C'est aussi ça Kool Keith : le soin du détail absurde, la connerie chirurgicale, voire des flirts avec le surréalisme au détour de banales punchlines de caniveau. Niveau fraîcheur d'inspiration on repassera, mais qu'est-ce que ce son est frais sur les papilles des oreilles ! Un vrai sorbet litchi rap. Frais et cheap (exemple "Baddest MC", et sa production signée Game boy...color), et justement, la "cheapitude" de ce disque, comme d'autres Kool Keith de cette période, le rend invulnérable au temps qui passe. Le son du Kool Keith new millenium est ridicule mais inoxydable, à l'image de ses "Diamonds", c'est un son tout petit et parfois même microscopique, mais taillé pour résister à plusieurs hivers nucléaires, comme le scorpion ou le tardigrade. Matthew est de ces skeuds du Keith non-saillants mais ancrés, qu'aucun autre rappeur ne pourrait sortir. Avec ses instrus ultra-minimales maison, rarement aussi accrocheuses que du Masters of Illusions (d'ailleurs KutMasta ne gère qu'un seul beat) mais crapuleuses à souhait, constituées de petits sons electromoches, moignons de mélodies logicielles ou samplées bêtement imbriqués les uns aux autres comme des briques de Tetris... Tout pue la lose et la bassesse absolue ici, Kool Keith est une fois de plus en décalage total. Chez d'autres le sexe par exemple est amusant ; chez Keith il n'est qu'une autre façon de distiller l'angoisse, comme cet extrait de casting porno sinistre en interlude. Un simple crissement de pneus peut avoir un écho sinistre, un "fuck you" des plus basiques contenir une décennie de frustration dans l'underground. "I don't believe you" est un des classiques de Kool Keith, ou l'un des pires morceaux, selon pourquoi on aime Keith. Plus linéaire et fainéant tu meurs, on frôle le Wesley Willis. Disque très con et surtout, comme écrit plus haut, une nouvelle occasion pour Keith d'arroser toute une génération de gangsta-rappeurs qu'il ne peut plus encadrer. Le pionnier-freak s'adonne à la "diss" traditionnelle avec une méchanceté invariable, soit en usant de skits très sardoniques ("Recoupment"), d'insultes des plus génériques crachées avec dédain ("Operation Extortion"), d'ironie maladive ("Lived in the projects") ou de provocations bizarres semblant sorties du cerveau d'un nerd camé qui serait le seul à rire de ses insultes... Condamné à enregistrer des disques de sociopathe. En jouant à fond la carte de la violence blasée et du mépris, fier d'être loti dans le beat-cagibi ou la boucle-frigo. Perché au niveau zéro.

note       Publiée le lundi 3 février 2020

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