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Satyricon › Satyricon

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Membre Note Date
born to gulo      mercredi 5 février 2020 - 07:13
Nokturnus      jeudi 6 février 2020 - 16:24
Raven      mercredi 5 février 2020 - 00:42
Powaviolenza      jeudi 6 février 2020 - 18:08
Hallu      jeudi 6 février 2020 - 10:42
B.      mercredi 5 février 2020 - 14:28

cd | 10 titres | 51:23 min

  • 1 Voice Of Shadows
  • 2 Tro Og Kraft
  • 3 Our World, It Rumbles Tonight
  • 4 Nocturnal Flare
  • 5 Phoenix
  • 6 Walker Upon The Wind
  • 7 Nekrohaven
  • 8 Ageless Northern Spirit
  • 9 The Infinity Of Time And Space
  • 10 Natt

line up

Frost (nor) (batterie), Satyr (voix, guitares, basse, claviers, percussion)

Musiciens additionnels : Gildas Le Pape (guitares, basse), Sivert Høyem (chant sur "Phoenix"), Erik Ljunggren (claviers), Kjetil Bjerkestrand (orgue sur "Natt"), Karl Oluf Wennerberg (percussions sur "Phoenix")

chronique

Satyricon de Satyricon est un emblème. Celui d'un groupe d'élite, au visage raviné, qui méprise les attentes du spectateur-consommateur depuis des lustres, et évolue en ne sonnant que comme lui-même. Le cafardeux, l'amertume de cet album, de son son, de son ambiance, sont prégnants. Pénétrants. À l'image de la malveillance nonchalante que déploie "Tro Og Kraft", de la suprême "Nocturnal Flare", ou de son triste point final, et même de ses passages pénibles comme sa pièce de résistance au break languide... Les détracteurs de cet album pointent un manque d'inspiration, un côté poussif, un groupe à la formule usée, exsangue. Ce qui se révèle face à la frustration de ces déçus, c'est en réalité le mépris, à son stade avancé, pour toute démonstration de force, et un goût immodéré pour l'ambiance. Mépris à l'image du faciès de dédain d'un Satyr, qui sculpte sa vieillesse, son expérience, en tablant sur cette lenteur alliée comme elle l'a été pour "Black Lava", cette lenteur qui semble tenir d'un long processus de calcification de sa musique, plus que d'une influence musicale précise (metal alternatif, post rock, doom ?) Sinistrose profonde dans la musique d'un Satyricon mûr de chez mûr, qui se joue du tempo comme un chat d'une souris, rampe en raclant ses riffs comme des griffes dans l'écorce. Et dessine des motifs profondément déprimants - brrr, ces parties plaintives de "Nocturnal Flare" - pour mieux déployer son charme sournois, imprégné de classicisme et de raffinement. Le démon étant par essence un séducteur, la musique qui prétend être de sa nature ne saurait être bêtement brutale. Elle doit être subtile. Satyricon n'est pas un album cynique, malgré les apparences : c'est un album gris. Pendant que d'autres cherchent encore à faire du post-black metal, Satyr, plus fin et plus malin, fait du metal gris, oui... Un gris profond, celui des vieilles statues, un gris qu'il cisèle finement, creuse de motifs faussement faciles. Et un album dont le choix d'être sans titre laisse déjà un élément de réponse, quant à sa place dans la discographie (qui quand on y repense a déjà donné quelques albums clivants, depuis Nemesis Divina...) Le Satyricon de 2013 n'a même plus besoin d'attirail hollywoodien, même s'il use encore ici et là de percées héroïques traditionnellement heavy-metal : il lui suffit de laisser se répandre son aura livide dans tous les pans du spectre, jusqu'au recoins silencieux. Ce qui ne l'empêche pas de sortir "Phoenix", simili tentative de tube Eurovision avec un chanteur pop du pays à la voix diaphane mais troublante, entracte de mélancolie autour duquel l'album semble graviter. Superbe chanson, étrangement magnétique, comme un chant de désolation poignant des confins du Finnmark... Satyr rôde dans les ronces, fait apparaître à travers elles le passé comme un mirage, une étoile morte dont il manipule la lueur pour séduire sa proie. Starifié, statufié, Satyricon n'en est pas moins imprégné de venin. Son ambiance se propage tranquillement, comme un virus-drogue, comme un lierre malsain étreignant le cœur tout en l'asséchant. Point question ici de rouler des mécaniques ou de montrer les muscles, définitivement non : Satyricon ne pose même plus avec du bling-bling à la Jay-Z type samples de Gladiator, avec ses airs de Satyr le caïd qui roule en BM... Non... Satyricon ne cherche plus à impressionner en Rebelle, à s'imposer en géant constricteur ou en R.O.I., Satyricon... Est. Il nous attend au centre de la clairière perdue, telle Méduse, et fait suinter l'empyreume des neiges qu'il foule. Plus de python, ni d'aigle noir pour symboliser sa créature : rien que cette pochette artificielle mais explicite auréolée de sa lumière infographique, camouflage possible dans le fade d'un monde virtuel, foisonnant mais tragique, où tout peut s'écoute tout de suite et s'oublier aussi vite. Satyricon, sous son allure d'album lessivé qui n'apporte rien à l'édifice, est fait pour être apprécié paisiblement, et patiemment, comme un Armagnac. Quelque chose d'immémorial y est à l'œuvre, quelque chose qui cible l'os de l'âme. Quelque chose de paradoxal... En nous immergeant dans le terne absolu, Satyricon nous fait goûter à sa lumière.

note       Publiée le mercredi 5 février 2020

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Raven › lundi 10 février 2020 - 20:09  message privé !
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"Phoenix", ah, "Phoenix"... L'un des plus beaux titres de Satyricon, en effet.

Note donnée au disque :       
cantusbestiae › lundi 10 février 2020 - 16:22  message privé !

Un seul morceau tire son épingle de ce marasme : "The infinity of time and space" avec son feeling à la Volcano/Now Diabolical, un petit quelque chose de sournois, profondément noir mais subtilement grandiloquent (joli paradoxe). Le reste est une purge insipide, mention spéciale au faussement rafraîchissant "Phoenix", vaine tentative tubesque poussive et gênante.

Hallu › jeudi 6 février 2020 - 10:42  message privé !

Perso je l'ai trouvé assez niais... J'aime toujours certains riffs de Satyr et Frost reste un de mes batteurs préférés, mais quand t'as une daube comme "Phoenix" en plein milieu c'est juste pas possible quoi... J'adhère pas à l'ambiance, je trouve ça juste gentillet, ni épique, ni sombre, ni brumeux ou je ne sais quoi.

Note donnée au disque :       
microbe666 › jeudi 6 février 2020 - 08:19  message privé !

celui-ci je l'ai découvert plutôt via le live grandiloquent/grandiose at the opera (our world, nocturnal flare, trog or kraft, infinity of time and space, et puis surtout phoenix que j'ai écoutée whatmille fois, c'est quand même un tube), du coup j'ai jamais eu d'impression de fadeur, plutôt d'une belle maitrise, même en découvrant les versions studio, c'est un énième album qui me fait "comprendre" le melon (supposé, je le connais pas..) du sieur satyr. J'sais pas pourquoi mais j'ai fait l'impasse sur le suivant par contre, pour le moment.

torquemada › mercredi 5 février 2020 - 09:44  message privé !

J’avais beaucoup accroché au single (« Our World,... ») mais après ça avait été la douche froide. A retenter.