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Melanie de Biasio › Blackened Cities

cd/lp • 1 titre • 24:16 min

  • 1Blackened Cities24:16

enregistrement

Enregistré par Nicolas Lefèvre au studio Sunny Side Inc. (Bruxelles) ; mixé par Bart Vincent au Beethoven All (New York) ; masterisé par David Baron aux Sun Mountains Studios (New York).

line up

Melanie De Biasio (voix, flûte), Pascal Paulus (synthés vintage, chœurs), Pascal Monty (piano), Dré Pallemaerts (batterie), Sam Gerstmans (contrebasse), Bart Vincent (chœurs)

remarques

Photos : Stephan Vanfleteren (pochette) et Alexandra Ionescu (livret/insert). Design : Tom Hautekiet.
Le disque de l'édition vinyle est gravé sur une seule face.

chronique

Un port – fluvial, industriel brumeux, au crépuscule ou bien à l’aube (une heure déserte d’humains, toujours, sur la portion saisie par l’objectif, le film). Charleroi ? Bruxelles ? Liège ? (L’image me renvoie à cette dernière ville, l’arrivée dans son pourtour, plutôt – on n’était pas entrés – souvenir de telles installations, usines, enveloppées par l’humidité, le froid… Paysage désolé, à la fois magnifié, pollution triste et lourde tirant vers l’élégiaque, s’évadant en vapeur). Voilà, une évidence, un cliché : cette musique est vaporeuse. D’accord. Voilée comme ça disons. Volatile. Mais pareillement à cette photo : on sent, derrière, on voit, on devine les volumes nets, les rythmes construits en lignes, surfaces, solides dressés pour attraper les flux, couloirs qui canalisent. Un jazz « atmosphérique », c’est entendu – mais alors porté par les mouvements des masses, vent qui s’engouffre dans les dépressions, zones densifiées où achoppent et filent, entre, les courants. Melanie de Biasio, les membres de son groupe, ici, sont d’une génération – d’un milieu peut-être, ou peut-être l’ont-ils eux, elle-même décidé indépendamment de tout ça, âges etc. – où « jouer du jazz » n’implique pas qu’on ait écouté que ça, commencé forcément par là. Les notices et biographies citent Portishead, Nirvana, Jeff Buckley, entre autres, comme influences, gens écoutés par a chanteuse et flûtiste – avant de s’y jeter nous dit-on, en attaquant par « la pop ». Peut-être bien. Peut-être aussi qu’on peut bien l’écouter sans se soucier de ça, sans chercher, relever les liens, rapprochements théoriques. En se réjouissant qu’elle et les autres ne dupliquent rien de tout ça. En laissant s’écouler la douceur de cette musique ; ses intranquilles flux et reflux, aussi, cette impression d’une expectative que chercherait à dépasser, dont semble vouloir s’extraire la musique, dont elle semble naître en poursuivant son intangible objet – précis dans ce qu’elle en appréhende, insaisissable sitôt qu’on essayerait de l’arrêter, de le figer et tableau fixe. Je ne sais pas : l’histoire peut-être de ces « Citées Noircies » – ouvrières, trimeuses, salies par l’haleine des fabriques restée sur, dans les murs après même les dépôts de bilan. Ou autre chose… Sa, ses, leurs histoires, les nôtres, le jeu, les écoutes. Cette voix, en tout cas, cette plage unique, flottent, certes, mais pas dans le vague. L’inquiétude qui en sourde – et le bonheur, l’aspiration vers, à celui-là, avec ce qu’on en sait de fugitif – planant autour, au-dessus, bouffée qui s’enfle autant que construction précise et animée, pulsation sensible jusqu’au tactile, presque. Les textures des synthés pleines de grain, matérielles, autant que liquide – et souvent, d’une seule coulée, ensemble. La batterie bruissante, en cymbales, mais les caisses – claire, grosse, toms, marquant un drive exact, changeant, tournant, dynamique dessinées, propulsive autant que subtile. L’acoustique boisée, contrebasse à l’archet puis frappée des doigts en lignes fermes. Le chant, bien sûr : jamais rien de mièvre, les syllabes et les notes étirées sur l’intro, les inflexions plus loin, pas du tout scat à l’épate mais parfaite trajectoires, plutôt ; qu’elle resserre ou relâche, dilatant l’espace, l’étendant, s’étendant avec lui, s’y confondant. La flûte qui n’enjolive pas mais effuse une lumière – la ligne d’argent, disons, dont parle un antique standard, qu’il faut guetter dans la nuée. (And always look for/The Silver Lining…). Un sens de la répétition, des boucles, des tournes, quand il faut que ça vienne ; celui des variations qui font, amenées à la vitesse qui est la leur, qu’on est plus loin, ailleurs, à telle minute, sans qu’on ait noté l’angle changeant des rayons, le versatile de l’irisée dans ce qu’ils exhalent de couleurs et nuances. Voilà, difficile à cerner mais de fait (mais justement) : Blackened Cities n’est pas un énième avatar de « jazz pour FIP » (oui… il existe une vidéo live de la chanteuse et de sa formation, jouant au studio de cette radio ; je le trouve bien beau, d’ailleurs ; et n’empêche : je ne suis pas sûr que je me passerais le présent disque au volant, que je m’y risquerais, le captant « dans le poste » – je craindrais de m’y absorber, je crois, au point d’en oublier la guidée de la route, de rater la sortie ; de ne plus vouloir quitter le ruban, devenu sans fin comme semble l’être cette pièce, sans ennui, qui fond celui-là en autre chose, le retourne en possible essayé, embrassé). Bon. Elle se termine, pourtant, la plage. Pas plus queue de comète – d’un jazz « électro-nordique » par exemple, du début des années deux-mille, en effacerait-on sur les photos les bonnets carhartt et les routines drum’n bass – qu’exercice de style, d’école. Pas plus reniant tout ça – ce qui était venu avant, ce qui est passé par eux, leurs oreilles, encéphales, moelles ; corps posés ou bougeant à un moment ou l’autre, ce qu’ils en ont, ce qu’elle en a gardé, laissé… Ce qu’ils en font là. Plein en soi-même, comme seulement sont les « en soi-même » ; ouvert et chargé comme on peut dire d’un ciel – d’un estuaire, d’un horizon, d’un détroit… bref, on filera ou pas pour soi la métaphore, se plongeant dans ce qui se joue, sur ce disque, dans sa substance. Je la trouve encore sans pareil – y compris dans ce que j’ai pu écouter d’autre, de la discographie de la musicienne ; d’un sans pareil qui ne se donne pas des airs d’écrasante Œuvre-de-génie, révolution formelle ; et qui dans cette absence, soyons clair (d’un quelconque manifeste hâbleur), ne pèche par manque de rien – ambition ni moyens ni singularité.

note       Publiée le lundi 27 janvier 2020

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The Gloth › lundi 3 février 2020 - 13:29  message privé !

Il est intéressant de savoir que Mélanie chantait à ses débuts dans un registre beaucoup plus énergique, sur une musique rock/funk... mais elle s'est chopé un virus (lors d'une tournée en Russie je crois) qui lui a brisé la voix (elle n'a plus pu chanter pendant un an), ce qui l'a obligée à réapprendre à chanter dans un nouveau registre "sussurant" adapté à ses cordes vocales endommagées.

M-Atom › mardi 28 janvier 2020 - 08:23  message privé !

chez moi l'achat a la pochette a souvent bien fonctionné...celui ci ne déroge pas a la règle ! très beau voyage que je ressort régulièrement. juste un peu trop court...

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Dioneo › lundi 27 janvier 2020 - 14:13  message privé !
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Elle est douce, cette voix mais... Je ne la trouve pas "trop" propre - pas anecdotique, pas "parce que ça fait sexy"", pour reprendre l'expression de (N°6). Après... Je comprends aussi très bien qu'on puisse trouver que ça "tempère" le côté "dark" comme tu dis (et que j'entends aussi hein), de ce qui se joue autour. Moi j'aime la place qu'elle prend dans les clairs-obscurs du truc - d'autant que justement elle n'est pas du tout omniprésente ni à mon sens plus "centrale" que le reste, là-dedans.

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dariev stands › lundi 27 janvier 2020 - 14:05  message privé !
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C'est marrant, voilà un disque qui traînait il y a pas longtemps dans mes parages, et que j'ai écouté, intrigué par la pochette et la démarche... Singulier, c'est sûr, bien fichu, mais j'ai justement du mal avec la voix, qui me semble en décalage avec le propos et le reste de la musique, qui me semble bien moins "propre"... Pourtant je suis toujours amateur de ce post-jazz urbain un peu dark, pour peu qu'il soit pas trop propre justement...

Klarinetthor › lundi 27 janvier 2020 - 12:47  message privé !

superbe, le tout, le disque, la pochette, la surprise, la sussure.

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