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Janis Joplin › I Got Dem Ol' Kozmic Blues Again Mama!

cd • 11 titres • 50:55 min

  • 1Try (Just a Little Bit Harder)3:55 [G. Ragovoy, C. Taylor]
  • 2Maybe3:39 [R. Barrett]
  • 3One Good Man4:10 [J. Joplin]
  • 4As Good As You’ve Been to This World5:25 [N. Gravenites]
  • 5To Love Somebody5:13 [B. Gibb, R. Gibb]
  • 6Kozmic Blues4:22 [J. Joplin, G. Mekler]
  • 7Little Girl Blue3:49 [L. Hart, R. Rodgers]
  • 8Work Me, Lord6:36 [N. Gravenites]
  • Bonus de l’édition CD
  • 9Dear Landlord (session outtake)2:31 [Bob Dylan]
  • 10Summertime (live at Woodstock)5:04 [D. Heyward, G. Gershwin]
  • 11Piece of My Heart (live at Woodstock)6:31 [J. Ragovoy, B. Berns]

enregistrement

Enregistré par Sy Michell, Jerry Hochman et Alex Kazanegras. Produit par Gabriel Mekler, « Lizard Productions ».

line up

Sam Andrew (guitare, chœurs), Maury Baker (batterie), Luis Gasca (trompette), Janis Joplin (voix), Richard Kermode (orgue), Gabriel Mekler (orgue), Brad Campbell (basse), Lonie Castille (batterie), Cornelius Flowers (Cornelius « Snooky » Flowers) (saxophone baryton, chœurs), Terry Clements (saxophone ténor)

remarques

chronique

Styles
blues
soul

Je vous le disais à propos du précédent, le fameux Cheap Thrills avec sa pochette signée Crumb et les bigarrés Big Brother & the Holding Company autour d’elle : les légendes autour de cette femme, les historiettes, ne disent rien, réduisent tout – pour de bêtes raisons d’image qui aurait de la gueule, pour que ça entre dans les chapitres, quitte à raboter comme c'est pas permis. Ça se confirme, là, à l’écoute de celui-là – que pour ma part j’ai mis longtemps à même approcher, aimanté que j’étais (mais oui) par le sus cité premier jet hippie, technicolor. Moins que jamais, là, ce conte ressassé de la bouseuse fugueuse intronisée reine des chevelus, pur animal magnétique brut, ne tient la route. Enfin... il y a ça de vrai, d'accord : magnétique, renversante, cette voix l’était, le restera tant qu’on pourra l’entendre. Et brute ? Alors aussi, oui – mais délibérément, n’en doutons pas, laissée ainsi à dessein ! Ce mythe de la Bonne Sauvageonne consumée par ses appétits ne suffit pas, décidément – achoppe à définir cet art en ses subtilités autant qu’en sa puissance, au fond. Cette justesse dans le lâcher-prise, tellement rare. Cette musicalité qui ne se perd pas dans le cri – et l’inverse, la réciproque, plutôt, qui fait que les deux termes ne s’annulent pas mais habitent leurs mouvements, poursuites, poussées qui s’érigent. Ce n’est plus là le rock flamboyant, magnifique mais surtout pas soucieux de se « dégrossir » de Big Brother. C’est autre chose, ici, une autre tradition – une autre modernité aussi, j’y reviendrai – qu’ils saisissent, elle, eux. Un Rhythm’n Blues pas rhabillé pour la saison, pour le public des festivals fleuris – pas coupé pour autant de ses jours… C’est un autre temps – multiple – poussé dans d’autres lieux aussi, poussant dru et taillé exactement – que scande et alanguit Kozmic Blues. Une pulsation – un sens des arrangements, des timbres, des architectures sonores, harmoniques, des tournes et variations qui prennent le laps qui faut quand il s’agit d’échaffauder des montées – et des soudainetés idem, des relâchements qui laissent flotter sans aucun vague. « Blues » ? Mais plus que ça, que le cliché, ailleurs que dans le « boom » anglais (élaboré, beaucoup, rappelons-le, sur le blues lui-même très urbain, pas du tout muséifié, alors, de Chicago). Mais époque, disions-nous, donc : SOUL, là-dedans, parfois même une sorte de funk. Et toute la lignée à quoi les hagiographes rattachent sans cesse la Furieuse en Cheveux – Bessie Smith, Ma Rainey, Billie Holiday – ne doit pas nous tromper, quelques prestigieuses soient ces comparaisons. Car Janis Joplin ne contrefait jamais celles-là, ne ressuscite aucun âge supposé d’or. Qu’elle les ait écoutées, on n'en doute guère – mais c’est au fond secondaire, ça n’arrête rien (encore une fois), dans aucun mimétisme. Et puis à ce jeu : on peut tout aussi bien la rapprocher d’autres « figures » – à mon sens, même, ça parle davantage de ce dont on cause là, de ce qui se passe sur ce disque… Esther Phillips, Carla Thomas, et puis allez : Otis Redding, et pourquoi pas ! Solomon Burke ! Ceux d’une soul qui lui était contemporaine – à elle, à ces temps de supposée révolution psychédélique. Celle de Stax, celle de Motown : celles-là n’avaient rien de passéiste – ni plus ni moins que l’acid rock qui se jouait en même temps, les mêmes années, les mêmes mois. Certes, le son, ici, est peut-être un poil plus raide, moins chaud que chez les Bar-Kays, Booker T & the MG’s – les groupes-maison de chez Stax, précisément ; mais c’est une question de production plus que de jeu. Et si les questions sociales ne sont pas ici formulées – mais chez Motown par exemple, puisqu’on en parle, encore rarement aussi, à cette époque, Stevie Wonder ou Marvin Gaye n’ayant pas encore décidé de s’affranchir de la chanson sentimentale (ou pas encore réussi ?) – de mêmes tiraillements s’y jouent : entre le désir d’un art dégondé, défait des obligations de s’essayer sans relâche hit aux « hits », en cadences serrées ; et celui, pas moins ardent sans doute, de faire venir les assemblées, que le public s’y presse. « Que ça sorte », sans demander à personne si on a le droit comme ça ; que ça touche, en même temps, que ça frappe les foules, rien d’un art-pour-l’art étanche, dédaigneux du métier. De fait : Kozmic Blues vibre d’aspirations au plein air total – et en même temps rougeoie (voyez la pochette) comme dans un cabaret, un lupanar… C’est une REVUE – impeccablement campée, la mise en place parfaitement travaillée, conçue, articulée ; et le lieu, tout autant d’un expressionisme qui ne retient rien – d’une expression qui jaillit pleine. Des professionnels y sont conviés : aux instruments – de Big Brother ne subsiste que le guitariste Sam Andrew, et des cuivres s’y ajoutent, un orgue (ou deux), pour que se forme ce Kozmic Blues Band ; à l’écriture, aussi : presque toutes les plages, là, sont composées, paroles et musique, par des spécialistes du tube, des radios… Sans que pourtant ça ne sonne formule vide, à aucun moment – qu’ils s’attaquent aux fabricants de standards jazz Rodgers & Hart (Little Girl Blue) ou aux… Bee Gees (oui… To Love Somebody). Les rares chansons entièrement originales (One Good Man) ne déparent pas, d’ailleurs. Toutes ont cette couleur distincte, cette… intention unique – beaucoup moins disparates que celles de Cheap Thrills, que celle du Pearl qui suivra. (Qui sortira, de justesse à titre posthume). Ce disque, ça ne fait pas de doute pour moi, est un aboutissement – frontalité, finesse, douceur et saisissement, débordant et tenu ferme. Je l’aime à peine moins – et ce n’est encore une fois que de l’avoir connu moins jeune, moins par hasard sans doute aussi – que Cheap Thrills. Même : le temps passant, j’y reviens de plus en plus, aux deux, je l’écoute enfin aussi… personnellement, disons, ou peu s’en faut. Je trouve qu’il embrase et qu’il apaise, tout autant – différemment mais aussi entièrement, d’un feu pas moins riche, et d’un repos toujours sans vacuité.

note       Publiée le lundi 20 janvier 2020

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WZX › jeudi 21 mai 2020 - 16:36  message privé !

Moi qui en étais resté bêtement au Cheap Thrill et ne connaissais pas l'existence de ce disque avant la publication de cette chronique... Pas convaincu à la première écoute, sûrement parce que j'avais une vision de "ce que c'est d'écouter Janis Joplin" ; et fait je suis plutôt conquis ! Riche et subtil (ces arrangements loin d'être monotones, ces musiciens qui font groupe et pas backing band, bien plus qu'un écrin pour le chant), tour à tour poignant, doux, fiévreux. Le feu intérieur toujours là, sous de nouvelles formes.

Dioneo › mercredi 22 janvier 2020 - 18:56  message privé !  Dioneo est en ligne !
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"Punk de 1968"... Mais oui, je pense que je vois. (Je vais pas faire le râleux vu comme j'ai encore une fois scotché longtemps uniquement sur Cheap Thrills aussi, hein... Mais je suis bien content d'avoir un beau jour finalement porté une autre oreille sur le Kozmos et je continue de vouloir inciter à faire de même). Je causerai aussi de Pearl plus loin - et chaipas ce que t'en dirais, tiens, toi, de çuici (qui a un morceau en commun avec le Grateful Dead à squelette-roses, tiens, en passant, et qu'est sorti la même année).

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Klarinetthor › mercredi 22 janvier 2020 - 18:51  message privé !

belle album mais je suis plus porté sur le CHeap Thrills plus punk et plus blues alors que celui-ci semble me souler un peu plus. Certes la dernère, classe.

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Dioneo › mardi 21 janvier 2020 - 13:12  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Ouep, spécialement prenant, ce final ! D'ailleurs j'en parle pas dans la chronique, qui est déjà bien assez longue mais : les bonus du CD, même si en soit ils sont plutôt cool, détonent un poil, écoutés à la suite de l'album tel que sorti à l'époque. Dear Landlord est pas mal dans le genre version speedée (du morceau de Dylan) mais collerait finalement mieux sur Pearl, avec son côté boogie-presque-country (et j'ai du mal à pas penser à la version de Fairport Convention, que je lui préfère - et qui elle-même est un bonus sur l'édition CD d'Unhalfbricking mais n'empêche...) ; et les deux versions live des morceaux entendus sur Cheap Thrills sont... ben pareil, pas mal du tout mais font un peu "versions transitoires" quand on connaît les deux albums (Cheap Thrills et Kozmic Blues) - Summertime avec les Kozmic cuivres et le solo de gratte qui tourne autour de celui (enfin, un des deux) entendu sur Cheap Thrills sans le reprendre vraiment... Quand on connaît (à peu près par cœur pour ma part) la version "première", avant, j'avoue que ça sonne bizarre. (Je m'y suis fait hein... Mais je continue à aimer la version Cheap Thrills du morceau plus que toute autre).

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The Gloth › mardi 21 janvier 2020 - 11:09  message privé !

"Work me, Lord", quelle merveille !

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