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Big Brother & the Holding Company › Cheap Thrills

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Dioneo      lundi 20 janvier 2020 - 19:43
SEN      vendredi 10 janvier 2020 - 19:52
Chris      samedi 11 janvier 2020 - 22:30
The Gloth      lundi 13 janvier 2020 - 13:55
Nicko      vendredi 10 janvier 2020 - 23:04
cyprine      mercredi 22 janvier 2020 - 22:19

lp/cd | 7 titres | 37:12 min

  • 1 Combination of the Two [5:45]
  • 2 I Need a Man to Love [4:56]
  • 3 Summertime [Heyward/Gershwin] [3:59]
  • 4 Piece of My Heart [Bert Berns/Jerry Ragovoy] [4:12]
  • 5 Turtle Blues [4:21]
  • 6 Oh, Sweet Mary [4:16]
  • 7 Ball and Chain [Big Mama Thornton] [9:30]

enregistrement

Enregistré par Fred Catero, Jerry Hochman, Roy Segal, Janis Joplin et James Gurley. Partie live enregistrée au Fillmore Auditorium.

line up

Sam Andrew (Sam Houston Andrew III) ( guitare, basse), Janis Joplin (voix), Dave Getz (batterie), James Gurley (guitare), Peter Albin (Peter S. Albin) (guitare, basse)

Musiciens additionnels : John Simon (piano sur Turtle Blues)

remarques

Pochette par Robert Crumb. « Approved by Hell’s Angels Frisco ».

chronique

OK : rien ne changera, sans doute, de ce qui s’en dit depuis – à supposer que « les jeunes générations de maintenant » (et les trois, quatre, d’avant ?) en aient encore quelque chose à carrer de ce disque, de ce groupe, de cette nana, là. Les indy-kids de 30 ou 40 ans (sic), de 20 ou de 17 ou de 96 s’il s’en trouve, continueront de se pincer leurs nez anémiques en se récriant que pouah, c’est juste du gros ricain boogie crotté, rock à papa etc., son d’antan, ô l’horreur – sans vouloir se rendre compte qu’eux aussi parlent, étudient, se gargarisent d’une langue morte depuis quelques décennies, si on va par là. Les babos en crocs vert pomme ne cesseront sans doute pas de s’esbaudir la bouche en sacré-cœur et le pèt’ aux lèvres, en se persuadant dur comme plomb que lesdites fumerolles et le port du sarouel leur permettraient de tutoyer posthume la dame qui s’arrache et flambe au micro. Les anthologies continueront de ressasser qu’il faut l’avoir comme un talisman agréé – nous resservant de leur voix off (toujours off) sans cesse au cour des ans la touchante et tragique histoire de la p’tite Texane p’tit canard du lycée devenue bombe en se joignant aux innocents hippies de Frisco… Celle de Crumb qui-peut-pas-saquer-les-chevelus-mais-elle-il-l’adorait, au point de pondre pour ceux-là cette incroyable fourre en cartoon criard. Bon. Et pour ma part j’avoue : cette pochette, justement, je l’ai connue sur une porte de chiottes – chez les parents d’une copine connue en maternelle (ouais), celle chez qui bien plus tard on se prenait nos premières années de cuites – et j’admets, nous aussi, nos premières longues bouffées (en écoutant plutôt pour notre part les Pixies, qui allaient bientôt passer eux aussi, à leur manière, du côté d’une espèce de latin de messe). Et oui, j’avoue ça aussi, je lâche tout : depuis, je l’écoute encore pareil. C’est-à-dire : qu’il me donne encore envie de chialer – de joie et de poignance qui me chope entier. Il me râpe encore la peau. J’ai la chair qui vibre encore de vouloir jouir, de vouloir absorber, de vouloir cracher ses sucs. J’ai la tête qui fait les mêmes tours en l’air et trajectoires yoyos aux trous d’air… Après des années d’autres musiques bouffées. Des pages et des pages de légendes frelatées lues et relues, et récrites sans cesse par le même genre de scribes – calembredaines de club des 27 et gloses socio-historiques sur le miracle ou le désastre Haight-Ashbury, Woodstock, Monterey, tout le fatras. J’entends encore comme elle, comme ils se marrent, et comme ils tombent, sans arrêt, s’écorchent. J’entends toujours ce putain d’art dans leur doigts, leurs gosiers, leurs membres qui tapent, grattent, pincent – l’espèce de torsion jazz, déformée à son tour par les gouttelettes psychédéliques (et le bourbon, mon cochon, là-dessus les colporteurs de volumes n’ont pas l’air d’en avoir rajouté – pour l’héroïne, pour elle, je ne sais pas si elle en était là, déjà, et je dois dire que je m’en tamponne, bordel). Je sens toujours, toujours, le brut de la chose, les subtilités jamais écrasées par la grosse déferlante – massive pourtant, celle-là, quand elle veut, quand ils se disent que c’est là qu’il ne faut plus se retenir. Je m’émerveille une fois de plus de les entendre déconner – comme des jeunes cons qu’ils sont alors – sur Sweet Mary, avec son final de polka-blague. Je m’arrête toujours de faire quoi que ce soit d’autre quand les guitares tissent cette intro sur Summertime – l’une qui se superpose en filant autrement, les variations ; puis quand elle vient tout fracasser – mais doucement, avec cette tendresse incomparable, pas du tout mièvre, oh non, foutrement ancrée, rayonnante, depuis le plexus ; puis les grattes, encore… foutus solos qui lacèrent la voûte bleue, et la volière d’arpèges, après, et… bon, je ne vous raconte pas la fin de celle-là, écoutez-voir. (Mais cette note à peine tenue qui conclue, suspendue). Je ne me remets toujours pas que Turtle Blues, dans son bastringue à piano, soit une composition originale, pas une reprise d’un quelconque ragtime enterré des années 10 ou 20 (ben tiens, du genre que Crumb, justement, pourrait collectionner). Pas comme… On y reviendra. Et ils m’enchantent toujours, les chœurs sur Piece of My Heart. Et la chaleur à vif d’I Need a Man to Love (eh ouais : c’en est, ça, du blues qui vous accroche et vous plonge au pajot). Pas comme… Pas comme ce long final sans pareil – Ball and Chains, 9’30’’ dont là non-plus, j’ai AUCUNE envie de me remettre, à force. Avec cette saloperie de gratte qui braille, et elle qui ne geint pas mais laisse vraiment couler, déborder les larmes, dans la sécheresse de cette journée qui monte et stagne et retombe, derrière la vitre, sans que personne, sans que l’autre vienne. Rien à faire : ce disque, je ne peux faire autre chose que m’enflammer, quand je l’écoute. (Et croyez-moi, donc : ça fait un paquet de fois). Voilà : il m’allume. Ignition. Pas du tout par, pas pour le culte. Pas par nostalgie de cette époque – que je n’ai pas connue, eh, de toute façon. Non… Parce que j’y entends toujours cette poignée de mecs et cette si forte et vulnérable femme, bientôt séparés, qui luttent et jouent, qui… Encore une fois : s’élèvent. Ouvertures franches et complexités comprises, de tout ce qui s’y poursuit, s’y contrarie, se noue. J’entends ces gens qui veulent tirer une beauté de ce jour qui est le leur – l’extraire hors de la merde, de la crasse des appart’ squattés en communauté, de la rouille des bas commerces qui s’insinue partout où ça tente des choses. J’entends une putain de décharge qui ne s’est pas tarie depuis. J’entends la grande délicatesse par quoi ça tient et ça se meut. Les touffus Californiens et la Terrienne la rage et l’amour au ventre ouais – ça aussi, sans doute, c’est dans le vrai, mais pas la peine d’enluminer, bon sang, justement pour ça. J’entends l’acide qui fait tout cramer, évidemment que oui – et la lourdeur du « mais il faut bien croûter, aussi », qui taraude et qui cloue. J’ai encore fait fleuve, excusez, oh – mais depuis vingt-cinq ans et plus qu’il me la fait à toute sorte d’endroits, je me permets, allez. « Des frisson pour pas cher »… Peut-être bien, va, vu comme ça crie, en amplifiées et en teintes saturées, comme ça ne craint pas le gros grain. Admettons. Mais n’empêche : quoi qu’il s’en dise ou s’en taise, il a toujours pour moi la même exacte valeur – impossible à peser, et qui rend le mot (dans son acception limitante, banquière) plus vulgaire que les relents de patchouli que lui reprochent ceux qui ne l’entendent pas, le déclarent périmé. Foutaises. Ou bien comme vous voulez, comme ils veulent – chacun sa secousse, après tout, mais faites pas chier, il vient encore de m’avoir. Elle. Ils. Ça ne changera peut-être pas ce que vous en penserez. Ça m’arracherait la gueule d’en dire moins – ou autre chose, pondéré par ce qu’on est censé en savoir.

note       Publiée le vendredi 10 janvier 2020

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Dioneo › mercredi 22 janvier 2020 - 22:45  message privé !  Dioneo est en ligne !
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... Cyprine toujours. Bah à plus, alors.

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cyprine › mercredi 22 janvier 2020 - 22:43  message privé !

Jusqu'à Piece of My Heart, pas plus. Miso un jour...

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Dioneo › mercredi 22 janvier 2020 - 22:29  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Et du coup... Tu restes ?

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cyprine › mercredi 22 janvier 2020 - 22:19  message privé !

Pfiou, si j'étais un homme j'aurais discrètement quitté le public pendant I Need a Man to Love

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Dioneo › lundi 13 janvier 2020 - 14:00  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Il est très bon aussi (et il arrive, possiblement bientôt) mais c'est déjà une autre histoire. "Objectivement" plus abouti si on veut - plus soul, rhythm'n blues, plus arrangé, plus "pro"... Le truc étant qu'avec Cheap Thrills, comme dit dans la chro, j'ai une histoire perso bien plus longue, et que donc ça m'a pris assez jeune et par surprise, pour ne pas se démentir après, jusqu'aujourd'hui inclus. (Kozmic Blues et Pearl, je les ai aimés après... Mais bon, j'en reparle donc plus en détail sous peu, de ceux-là, je pense).

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