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Sol Invictus › King & Queen

cd • 11 titres • 51:00 min

  • 1Sun & Moon
  • 2The Gods Looked Down
  • 3Tears And Rain
  • 4The Return
  • 5Lonely Crawls The Night
  • 6Edward
  • 7World Turn Green
  • 8Someday
  • 9All's Well In Hell
  • 10The Watching Moon
  • 11King & Queen

line up

Karl Blake (basse), Sarah Bradshaw (violoncelle), David Mellor (piano, claviers, percussions), Tony Wakeford (chant, guitare, basse, batterie)

Musiciens additionnels : Lu Bell (flûte)

remarques

La réédition digipack contient en bonus huit titres live enregistrés en 1990-1991 (12/ Against The Modern World, 13/ Blood Against Gold, 14/ Media, 15/ Angels Fall, 16/ Gold Is King, 17/ A Ship Is Burning, 18/ Somewhere In Europe, 19/ Tooth And Claw)

chronique

L'hiver. Il reprend sa place. Et avec lui cette impression que les jours se ressemblent, simples nuances de gris comme la pochette de Faith. Qu'ils s'alignent, de moins en moins salés et de plus en plus amers, comme les disques sur cette pauvre étagère. L'Hiver. Le précieux Hiver. Un pouls... Un cliquetis... Une guitare... Un piano... Le glas tranquille de l'incertitude quant à l'avenir, à travers cette douce pulsation acoustique, qui se profile dans le cottage, au cœur de la brume. Un air de fin des haricots dans cette bruine, un air enfantin qu'on retient et qu'on oubliera jamais. Puis un autre, et encore un... et... Cette mélodie, naïve, pure, qu'on recueille au creux des mains, comme un oisillon frêle tombé du nid. Ce chant malhabile, si facile à moquer, et pourtant incomparable de Sir Wakeford, ménestrel des ruines qui se drape pudiquement d'écho. C'est un sentiment rare, et poignant, que King & Queen m'inspire. Un sentiment de désolation et de communion. Pas de solennités excessives : j'ai été ému par l'âme profonde de ce Sol Invictus dès cet hiver où je le découvris, il y a une douzaine d'années alors qu'il n'avait pas encore été réédité, quand un ami me l'a envoyé en fichiers, un peu comme on offre traditionnellement le petit ballotin de chocolats pendant les fêtes. C'étaient des mp3, normalement ces choses n'ont pas d'odeur ; mais ceux-là sentaient la relique. La racine. J'ai découvert dans ce petit ballotin un sentiment nouveau et pourtant si familier, un sentiment avec de l'orange amère confite, et de l'essence de bergamote, pour mes jours de vide existentiel. Un sentiment de sérénité dans la tristesse. Tony Wakeford, avec son groupe pourtant encore juvénile, atteint ici une forme de pureté absolue de sa musique. Une pureté de diamant neofolk, qu'il ne dispute ni avec Death In June ni avec Current 93. King & Queen est à part, il a quelque chose de touchant rien qu'à lui, une douceur de rêverie mêlée d'une dureté toute britannique. On n'imagine à son écoute une petite maison en pierres mangées par les lierres, des pièces toutes simples, dans ce havre modeste pour finir ses jours en pleurant le temps où les forteresses tenaient. Ou bien on imagine même plus aucun mur, n'en déplaise à l'auteur qui les chérit tant, ces murs protecteurs. Rien qu'une clairière ayant couvert les ruines, au creux de laquelle on peut l'entendre se lamenter de sa voix unique. Les influences ancestrales sont là, le marasme n'est jamais loin avec ce bricolage musical rudimentaire au pathos presque puéril, mais la folk de Wakeford ne se corrompt jamais dans la croûte folklorique. Toujours charmante et touchante, sa musique avance avec la délicatesse majestueuse d'un cerf à travers bois. Vit en eux avec la crainte vissée au cœur, que ce monde qui a toujours été là ne disparaisse. Elle discute avec les poèmes d'antan, l'harmonie païenne des hommes avec leurs terres, l'isolement rupestre des sages, des temps immémoriaux tout autant que le Moyen-âge. Non pas celui rabougri par ses fossoyeurs, glauque et infecté, où l'on brûle une femme ou un chat pour peu qu'il aient marché de traviole ; mais celui de l'amour courtois, des mots puissants, et de jours auxquels nous ne goûterons plus qu'à travers de telles musiques. "And the gods looked down... and they sighed". Et l'orage qui couve, enfin, sur "All's well in Hell"... Et le calme merveilleux revenu après que la nuit ait écarté les nuages, sur "The Watching Moon"... Une musique légère mais avec un poids terrible, dans laquelle on entend des sentences telles que "arrache ton cœur et jette-le aux chiens", au milieu d'allégories égrenées par ce barde déprimé. Peu importent ses lectures, ses vues sur la marche du monde : la tristesse de cet homme devient la nôtre. L'harmonie avec cette tristesse des choses qui disparaissent, détruites à jamais, les notes les plus fleur bleue servant d'écrin au romantisme le plus noir, ne peuvent que toucher. Oui : King & Queen est probablement le plus bel album de Tony Wakeford, et il est d'un ravissement presque insoutenable. Chef d'œuvre.

note       Publiée le vendredi 3 janvier 2020

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Note moyenne        7 votes

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Dane › dimanche 5 janvier 2020 - 09:44  message privé !

Le meilleur pour moi aussi. Je m'étonnais de ne pas le voir sur guts mais l'attente est une nouvelle fois comblée par une superbe chro. Je ne me suis pas lancé dans les rééditions par contre.

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Raven › samedi 4 janvier 2020 - 13:37  message privé !
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C'est vrai ça, elle tient pas debout dans le rayon de l'étagère, 'chier.

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Rastignac › samedi 4 janvier 2020 - 13:35  message privé !
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Sont reloues ces rééditions digipak. Pas le même format, chiantes à ranger. Mais jolies quand même (oui, comme une carte postale de musée, ou "patrimoine de notre Europe à nous, les vieux")

Raven › samedi 4 janvier 2020 - 13:33  message privé !
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Ah oui, vous faites bien d'en parler : autant mettre la pochette originale, tant qu'à faire (même si je l'ai en réédition "musée" aussi).

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born to gulo › samedi 4 janvier 2020 - 11:29  message privé !  born to gulo est en ligne !

Du coup, tu es juste cartonophile ? Parce que justement, moi je préfère largement cette pochette en version original, sans ce vilain cadre blanc de catalogue de musée - qui ne convient du reste à aucune, et que je dois me farcir pour In a Garden Green, dont j'ai vendu la première version un jour d'intense connerie, quand je ne l'adorais pas encore.

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