Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesCNick Cave And The Bad Seeds › Ghosteen

Nick Cave And The Bad Seeds › Ghosteen

cd • 68:10 min

part 1 • 8 titres

  • 1Spinning Song
  • 2Bright Horses
  • 3Waiting For You
  • 4Night Raid
  • 5Sun Forest
  • 6Galleon Ship
  • 7Ghosteen Speaks
  • 8Leviathan

part 2 • 3 titres

  • 1Ghosteen
  • 2Fireflies
  • 3Hollywood

line up

Martyn P. Casey (basse), Nick Cave (voix, piano, synthétiseur, chœurs), Warren Ellis (synthétiseur, loops, flûte, violon, piano, chœurs), Jim Sclavunos (vibraphone, percussion), Thomas Wydler (batterie), George Vjestica (guitare)

Musiciens additionnels : Nick Cooper (violoncelle), Mary Scully (contrebasse), Bruce White (alto,, Kaushlesh "Garry" Purohit (tabla)

remarques

chronique

Nick Cave est devenu un autre musicien après la mort de son fils. C'est pas beau à écrire, mais c'est certain, et dans le fond sans surprise : même s'il reste des points communs avec sa longue période "bourgeoisie pépère" passée, notamment cette fibre gospel, sa musique est plus chargée en émotion, et plus spirituelle qu'elle ne l'a jamais été. Et je ne dis pas ça que pour la pièce de résistance finale : tout Ghosteen est imprégné de cette lumière nouvelle, celle d'un au-delà imaginaire, mais pressenti. Cave fait désormais des chansons simples mais qui serrent fort la gorge, comme... Nico, ou Gérard Manset. Ou Neil Young ou Daniel Darc. De la chanson sobre, lente, mais brute de mystique. De la chanson qui vous désarme. Ghosteen est un album-concept fébrile (la séparation en deux disques d'une demi-heure chacun alors que tout tenait sur un seul reste un mystère), fragile comme son titre, ultra-rectiligne et ultra-répétitif, mais.... Hanté. Une musique lumineuse - avide de lumière serait plus juste - mais qui fout les glandes, même si - parce que ? - l'espoir d'un jour heureux y est gravé en filigrane. "It's a long way to find peace of mind, peace of mind". Bon nombre de ces morceaux sont comme des pièces tranquilles, baignées par les rayons matinaux. Une chambre qui ne sert plus à personne, et dans laquelle on ressasse les souvenirs en serrant des peluches, des cadres photos. Clichés ? Peut-être. Banale curiosité morbide ? Y en a eu autour. Mais mystique, surtout. C'est la clé pour Skeleton Tree, et plus encore pour Ghosteen. Une chose dont Push the Skaï Away était bien avare en dehors de son morceau-titre. Mystique nouvelle qui a tranché la discographie de Nick Cave en deux périodes avec Skeleton Tree, et qui avec Ghosteen s'ouvre en faisceau magnifique, aux allures d'arc-enc-ciel. La voix de Papa Cave est omniprésente, sur la brèche, mais abondante de mélodies, délicatement éclairée par le son nouveau des Bad Seeds (enfin surtout signé Warren Ellis), un son tout à la fois classieux et discret (avec des mélodies de synthétiseurs parfois très Carpenter - bien sûr c'est un compliment), plein d'harmonies douces et de chœurs jouant aux anges, compagnons dociles de cette voix. Un côté très mielleux et même... Kitsch, comme sa pochette en tableau de conte animalier, mais qui souligne avec force les mantras de cette âme en peine. Ghosteen, pour aussi kitsch qu'il puisse paraître oui - de ses boucles évanescentes à ses hululements ou autres couinements cétacés - tremble de soul, de blues, de tristesse pure, de vérité, il imprègne en profondeur, et vous décoche au détour d'un gémissement pénible un bienveillant coup de poignard au cœur. "Everybody's losing someone". C'est un album qui m'a touché dès que je l'ai découvert, même si j'y ai d'abord vu une copie à rallonge de Skeleton Tree... J'ai mal cru. Et réalisé au fil des réécoutes à quel point Ghosteen en est une suite bouleversante. Mea Culpa. Il faut juste le laisser s'ouvrir, comme une fleur - puis chacune de ses berceuses hantera. Même si j'en confonds encore la moitié entre elles je pourrais à peu près toutes les citer : au moment de ses lignes se serait l'étrange et collante "Leviathan", entre chien et loup, à chaque moment ce serait "Bright Horses" ou le final, au bord du sanglot... Des fois ce serait "Sun Forest", la chanson qui vous place presque dans cette pochette - les animaux du Jardin d'Eden se réunissent pour accueillir le nouveau venu, un petit agneau, peut-être Ghosteen. Ghosteen l'esprit, qui se tient derrière le père, qui lui parle. Si on a plusieurs fois l'impression d'entendre un passage déjà croisé, au fil de ce long ressac doucereux, ce n'est pas le fruit du hasard, Cave ayant construit la chose comme une sorte de mausolée, dans lequel ses paroles ricochent contre les parois, entre fragments de souvenirs et pensées ressassées, sans autre réponse que celle de ces voix amies qui l'aident à tenir debout. Ghosteen se révèle taillé pour le long terme - une vie - malgré des morceaux parfois erratiques, presque impuissants, avec cette âme en peine semblant tour à tour conduire ou subir. Ces mélodies enfantines, exactement de celles dont les parents usent en chantant pour endormir leurs enfants... Ces chœurs qui n'en finissent pas de geindre mollement... Et cette ambiance, familière comme un vieux film féérique dont on ne remet plus le nom. Quant à la proverbiale lumière au bout du tunnel ? Ce n'est peut-être qu'elle, au final, qui illumine toute cette musique, comme une promesse incertaine. On la caresse, cette lumière, on la cajole, longuement, on l'étire tant qu'on peut en couverture, et on espère que ça ira mieux ; mais rien n'est moins sûr. Il faut achever : Cave se dépiaute dans un falsetto douloureux sur "Hollywood", comme il l'avait déjà fait sur "I Need You". Alors tandis qu'il reprend la ligne la plus émouvante de l'intro "Spinning Song", on entend éclore comme un nouveau Cave, qu'on avait jamais entendu, comme une mue de sa vieille voix de prêcheur sévère, laissant place à un petit poussin incertain de Nick Cave, si pur, si fragile qu'il semble sur le point de rompre à chaque trémolo. Pas facile. Il y a quelque chose qui émane de cet album, pour tout vous dire, quelque chose de puissant. Quelque chose qui ne se retranscrit pas dans une chronique.

note       Publiée le mardi 31 décembre 2019

réseaux sociaux

tags

Vous devez être connecté pour ajouter un tag sur "Ghosteen".

notes

Note moyenne        9 votes

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "Ghosteen".

commentaires

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "Ghosteen".

Radwish › mercredi 20 mai 2020 - 22:52  message privé !

Un mauvais album de Nick ? Ça n'existe pas et celui-ci est bon mais... …C’est quand même bien long très mou et incroyablement triste. Certainement, cette musique prend tout son sens lorsque l’on vit un deuil aussi terrible. Mais pourquoi s’imposer cela si non ?

Note donnée au disque :       
Cera › mardi 5 mai 2020 - 10:15  message privé !

Je suis systématiquement scotché à l'écoute de cet album. Bouleversant. Sa noirceur s'inscrit dans la continuité de skeleton Tree, en version plus "orchestrale". Difficile de trouver un point faible dans son immense carrière.

Note donnée au disque :       
born to gulo › mercredi 22 avril 2020 - 16:59  message privé !

Rien que pour la façon de "chanter" sur "Bright Horses", qui est tout ce que je déteste sur les albums de vieux (enfin, généralement de vieilles, mais c'est l'égalité des sexes) qui jouent du piano, je crois que je ne réussirai pas à insister. Dommage, ce qu'il fait sur "Spinning Song" m'intriguait beaucoup plus, pour une fois il tentait un peu un truc...

Raven › dimanche 5 janvier 2020 - 19:28  message privé !
avatar

Catharsis, c'est le mot. Nimbé aussi, oui, bien sûr. Skeleton Tree initiait tout de même cette ambiance, ce sentiment de prière (re-oui), rien qu'avec "Rings of Saturn" et "Girl in Amber" on le ressent fort ; il est plus froid et sinistre - même si "Jesus Alone" joue beaucoup sur ce ressenti - et Ghosteen est plus beau, mais les deux se suivent très naturellement je trouve, comme deux étapes successives d'un même processus, ou cheminement.

Note donnée au disque :       
Coltranophile › dimanche 5 janvier 2020 - 11:15  message privé !

Il remet le mot Catharsis sur la table. J'avais survolé Skeleton Tree. Il va falloir que j'y retourne plus attentivement car j'en ai un souvenir très différent musicalement de ce qui se passe ici. D'ailleurs, rien de ce que je connais de Nick Cave ne ressemble à celui-ci. Tout est nimbé ici. Des pièces en formes de mains tendues, formes inédites de prières peut-être.