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Anita Lane › Dirty Pearl

cd | 14 titres | 54:26 min

  • 1 Jesus Almost Got Me
  • 2 The Groovy Guru
  • 3 Sexual Healing [reprise de Marvin Gaye]
  • 4 Blume [Einstürzende Neubauten]
  • 5 Subterranean World (How Long…?) [Die Haut]
  • 6 Picture Of Mary
  • 7 The World's A Girl
  • 8 Stories Of Your Dreams
  • 9 A Prison In The Desert [Blixa Bargeld / Nick Cave / Mick Harvey]
  • 10 If I Should Die
  • 11 I'm A Believer
  • 12 Lost In Music [reprise de Sister Sledge]
  • 13 Sugar In A Hurricane
  • 14 The Fullness Of His Coming [The Birthday Party]

enregistrement

Officiellement un album mais en réalité une compilation de morceaux enregistrés entre 1982 et 1993. Certains des titres sont issus d'autres projets, dans lesquels participait Anita (cf. mentions à droite de la tracklist)

line up

Bronwyn Adams (violon), Barry Adamson (basse, vibraphone), Blixa Bargeld (chant, guitare), The Birthday Party ("The Fullness Of His Coming"), Nick Cave (chant, orgue), Einsturzende Neubauten ("Blume"), Chrislo Haas, Alexander Hacke (guitare), Anita Lane (chant), Johannes Beck (percussions), Moritz Wolpert (percussions), Evil Gragham Lee (guitare "pedal steel"), Die Haut ("Subterranean World")

remarques

La tracklist est dans l'ordre déchronologique.

chronique

Vous en voulez, de la chanteuse humide ? J'vais vous en donner, de la chanteuse humide. Avec une voix de nymphe ensuquée (que certains peine-à-ouïr jugeront trop aguicheuse voire putassière et tant pis pour eux), une voix qui vous toise de ses salières de Vénus abominablement bien creusées, qui fait tomber toutes vos résistances sans jamais se relever de ses draps. Chapeautée par des gentilshommes sans qui elle n'aurait pas fait ce chemin jusqu'à nous, mais qui à la lueur de ce recueil semblent n'avoir jamais été plus que ses dévoués serviteurs. Vous allez en bouffer, de la musique qui tape au ventre et vous ensorcelle en deux-deux - plus que la majorité des minauderies de fifilles contrariées qu'on vous a vendues comme femmes fatales. Non, pas de noms, Anita mérite autre chose qu'un énième chapelet de comparaisons ; plutôt un hommage, même s'il est maladroit, et voué à rester abandonné au fond cet antre de pixels archaïque auquel je reste attaché à la vie à la mort. Vous êtes trop nombreux encore à ignorer Satan Owes Us Money ; et notre chroniqueur ès schneck-musik, trop occupé à faire rimer érotomanie et ottomanie, n'a pas fait cas de la miss... Alors faut se dévouer pour Anita. Et même si cet énième racolage de ma plume vous laisse dubitatifs : écoutez-moi juste, un peu, ce beau ballotin de chansons, glanées sur une décennie à rôder au milieu de musiciens sérieux. Laissez la mutine Anita vous envoûter avec son premier LP, encore bien caché dans l'ombre d'une autre discographie, celle de ses comparses Bad Seeds et de leur envahissant démiurge. Anita mérite bien mieux que le statut d'ex de Nick Cave qui lui colle à la peau, bien mieux que de finir écrite en tout petit dans un livret ou sur la pochette d'un album de reprises. Elle nous offre un assortiment amoureusement confectionné, un chouia dépareillé mais uniformément hanté : que ce soit du côté "americana version érotique onirique" (son morceau culte en intro) ou "ballade triste au piano", évanescente "dream pop" ou ce slow des plus troubles estampillé Neubauten, dans lequel elle incarne une femme-enfant qui susurre des noms de fleurs, coincée au cœur d'une boîte à musique géante ; que ce soit dans l'univers baroque des Bad Seeds ("The World's A Girl"), ou le pur gothique sur "A Prison In The Desert", semblant en effet provenir d'un cachot, ou de quelque crypte abritant des goules aux dents grinçantes... Anita passe du sexuel au sinistre, de façon fluide, évidente, conséquente. Elle mange l'auditeur tout cru au gré de cette palette d'ambiances en arc-en-ciel d'alcôves, armée de son authentique timbre à pipe (rien à voir avec Brassens) peut-être pas étranger à sa dentition de croqueuse d'hommes. Tour à tour suave et rauque, princesse ou putain, rongée par d'insatiables envies de stupre... Oula oula, je m'emballe un peu moi, dites-donc, on dirait un fan de PJ Harvey ! Mais comment résister, par exemple, lorsqu'Anita lâche sans prévenir cette reprise fatalissime de Sister Sledge ? Ce n'est même pas une reprise, c'est un miracle. À ce moment précis elle me happe à chaque fois, comme si j'avais oublié - comme un con. Faut l'entendre miauler, la souris ; faut les entendre, elle et Mick, jeter une lumière tragique sur ce classique des boules à facettes, en le transcendant (plus encore que ce tube de Marvin Gaye qu'ils rendent outre-moite ce qui est peu dire), et nous faire rien de moins que du Glass Candy en plein cœur des années 80. Magnifique et d'une classe folle, ce hold-up certifié 24 carats dans les esgourdes nous rappelle qu'il existe un lien ténu entre disco et gothique - cela remonte à Joy Division, je crois - lien somme toute naturel entre ces deux musiques de la nuit si propices à l'emphatique. "Lost in Music" en revêt même un sens profondément tragique, qu'il n'est pas interdit de prendre pour soi. Ô, cruelle, ô magique Anita...

note       Publiée le vendredi 20 décembre 2019

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Raven › vendredi 20 décembre 2019 - 22:14  message privé !
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L'ordre 'Benjamin Button' est mentionné dans les remarques, mais oui, "Blume"... Il me dit que je devrais quand même tenter ce Neubauten, même si elle ne pose pas sur les autres, quelle ambiance... (en plus j'adore les natures mortes).

Note donnée au disque :       
dariev stands › vendredi 20 décembre 2019 - 21:27  message privé !
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Une compil qui regorge de perles jusqu'au bout, entièrement classée par ordre inversement chronologique (on remonte vers le passé, vers les morceaux australiens avec Nick Cave). à noter que "Blume" figure aussi sur Tabula Rasa de Einsturzende Neubauten. Je tiens aussi à dire que même si on trouve insupportable les voix lascives (ce qui peut-être parfois mon cas, selon l'humeur), musicalement, c'est absolument incroyable de finesse et de profondeur vaporeuse. "Lost In Music", c'est un truc de fou : je déteste l'originale pour son côté criard, mais je n'avais pas percuté du tout en l'écoutant que c'était une reprise ! Dans mon souvenir, Sex O'clock est presque aussi bon, mais ne cherchez pas ailleurs l'ambiance des derniers titres de ce CD, elle n'existe nulle-part...

Dioneo › vendredi 20 décembre 2019 - 09:37  message privé !  Dioneo est en ligne !
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"Pochette EP "Kiss" des Melvins"...

Sinon j'ai jamais creusé la disco solo de l'Anita, mais les quelques morceaux entendus ci et là, sur des BO, beaucoup, entre autres, me font penser que j'ai eu tort. Et ta chronique confirme qu'il va falloir que je fasse chauffer l'oiseau bleu. (Non, c'est pas une métaphore salace - et heureusement pour moi, rapport à la teinte).

born to gulo › vendredi 20 décembre 2019 - 07:21  message privé !

"N'a pas fait cas" : qu'est-ce à dire ?

Note donnée au disque :