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Danny Brown › Old

cd | 19 titres | 56:35 min

  • 1 Side A (Old)
  • 2 The Return
  • 3 25 Bucks
  • 4 Wonderbread
  • 5 Gremlins
  • 6 Dope Fiend Rental
  • 7 Torture
  • 8 Lonely
  • 9 Clean Up
  • 10 Red 2 Go
  • 11 Side B (Dope Song)
  • 12 Dubstep
  • 13 Dip
  • 14 Smokin & Drinkin
  • 15 Break It (Go)
  • 16 Handstand
  • 17 Way Up Here
  • 18 Kush Coma
  • 19 Float On

line up

Danny Brown (MC), Paul White, Rustie, A-Track, JMIKE, Darq E Freaker, Skywlkr, Frank Dukes - BadBadNotGood (production)

Musiciens additionnels : Freddie Gibbs, Oh No (production), Kendrick Lamar, ScHoolboy D, Scrufizzer, Ab-Soul, A$ap Rocky, ZelooperZ, Charli XCX (MC's), Purity Ring (production et chant sur "25 Bucks")

chronique

Styles
hip-hop
electro
Styles personnels
abstract / trap

Et si, passée cette sensation initiale d'avoir affaire à un album fourre-tout plus "fashion" et lisse que la canaille des bas-fonds XXX (sensation induite par quelques passages trap à l'odeur de smartphone comme "25 bucks"), Old se révélait au final plus robuste que ce dernier ? Avec un goût de reviens-y supérieur, consubstantiel à son feeling "rap du futur lounge-stressant pour insomniaque" (à mes souhaits) ? Quoiqu'il en soit, ce skeud confirme, comme on dit dans la paresse spécialisée, que Danny Brown n'est pas à ranger avec les MC's aux concepts et univers foireux qui pullulent depuis la fin des années 2000 ; même s'il a frayé avec certains d'eux. Qu'il est de l'engeance ancestrale des "freaks", des répulsifs-magnétiques, des Les Claypool du rap si vous préférez. Le titre original de Old était "ODB", ça en dit déjà assez... Et sa pochette est un bon indice de son charme perfide : fond marbré aguicheur, tableau douteux d'effigie décadente, ramollissement dalinien du cadre... De la pure pochette "rapmoche" ouais, mais avec un choix de coloris très karacho. Danny le déchet strident est du côté taré du hip-hop, "nuits de débauche en pleine réalité altérée", en piste noire sur la poudreuse et sachant amortir sa descente dans l'herbe. Il évoque aussi la lucidité crue et cuisante d'après le stupre estudiantin, ces moments où la lumière froide du matin vient frapper le visage et qu'on réalise qu'on a encore perdu une journée, une nuit... une vie. Mais qu'on a pris du temps en plus, vu de l'intérieur. L'élasticité du temps et de l'espace est étroitement liée à ce genre de disque, à la perception décalée de son auteur. Y a un truc fluide-acide qui prend au cortex avec ce Old acidulé, souvent et à tort considéré comme simple album de transition, frayant même entre ses moments relax avec ce qui pourrait être une sorte de zolo du hip-hop, renvoyant autrement à des ambiances planantes singulières dignes du meilleur de la new wave expé ("Wonderbread"). Sans sonner platement synthétique malgré les beats plast-tic-tic-tac-tac typiques de son époque. Même, truffé de motifs ciselés au micro-burin qui travaillent le creux des synapses, tranquillou, sans en faire trop (ni pas assez comme 99% de la trap/mon cloud sur la commode...) Même s'il est bouffi par quelques pistes qui meublent froidement - mais en fait aussi parce qu'il est comme ça - Old reflète au fil de sa cinétique unique un malaise latent, prégnant, une sensation urbaine que je fuis depuis des années par crainte des grandes villes, de leurs nuits, et de ces gens qui accumulent les gens comme des choses, et qui m'effraient et me fascinent. Old, avec son megamix d'angoisse et de plénitude touillées dans la boîte crânienne corrompue du Sewell, dans son espèce de jouissance molle de la défonce en réunion, veut aller plus loin dans la nuit, tenter plus d'approches sonores : l'enchaînement constitué par le groove visseur-perceur de "Dope Fiend Rental" et l'obsédant "Torture" imprégné de traumas infantiles et magnifié par le pur cratedigger Oh No, restera pour moi comme l'un des plus mémorables du hip-hop. Surtout qu'on en est ressorti un peu groggy par la voix cristalline de... Marlène Jobert - si si, La Marlène Fuckin' Jobert des contes en livre-cassette dont j'ai soupé petiot (enfin, surtout l'Audiard-girl à qui on doit la bonnasse au teint de C) - sur "Lonely", oasis de pure douceur xanax-colada au milieu du skeud. Flash mental suivi d'ambiances spatiales-alien-trucmuche-on-sait-plus-quoi, où le vieux bidule ringard nommé vocoder est préféré à sa descendance merdique l'autotune. Danny Brown s'avachit dans sa brèche avec Old. Il pose son cul sanctifié par les geeks dans le canapé central massif de sa boîte-manoir, et capte un truc, au milieu du chaos callipyge qui twerke au ralenti (ou en accéléré), au milieu des histoires de fellation imposée par une groupie en plein concert... Old saisit à sa manière, camouflé dans la jungle d'écrans miniatures, ce truc délié mais angoissant des années 2010, et la dépression latente couverte par toutes ces molécules interdites qui ont bon dos. Danny gère sa soirée en hôte à la fois surexcité et désinvolte, avec sa voix toujours plus canardo-canardeuse slalomant entre des beats de logiciel nauséeux... "Kush Coma" : ascenseur final. Ambiances où la temporalité est floutée-mixée par le technoïde, comme une crème de réel, pleine d'arômes artificiels envoûtants, et dans laquelle les moments passés au sein du manoir Old se confondent - le début, la fin, le lendemain de la soirée ? - tout comme les lieux d'où point sa lueur magnétique - salon, chambre à l'étage, sous-sol ?... Chandeliers ou néons ? Manoir... ou hosto ?

note       Publiée le dimanche 8 décembre 2019

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E. Jumbo › mercredi 11 décembre 2019 - 15:50  message privé !

Jamais écouté son premier album mais j'accroche bien à celui-là, j'aime l'évolution de la production au fil des morceaux, les sonorités trap ont un son plus electro et y a une poignée de titres vraiment excellents. Et puis cette voix de cinglé cartoonesque drogué.

Note donnée au disque :