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Conger ! Conger l › Zaad

lp | 8 titres | 26:48 min

  • Face Why
  • 1 Why Making Child Tonight ? [1:20]
  • 2 Why Making Child ? [4:11]
  • 3 Why Making ? [3:01]
  • 4 Why ? [5:15]
  • Face Let
  • 5 To Let Them Play with Fire ? [3:14]
  • 6 To Let Them Play ? [4:37]
  • 7 To Let Them ? [4:28]
  • 8 To Let ? [0:42]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré en deux jours début décembre 2012 au studio K, par Pascal Julien, assisté de Philippe « Pilou » Marrau. Mixé et masterisé fin janvier 2013 par Nicolas Dick au studio Kill.

line up

Didier Bautzmann (basse, claviers, percus, voix), Patrice Benedetti (voix, batterie, machines), Pierrot Gon (guitare, voix), Julien Lemonnier (sax, voix)

remarques

Zaad : graine, semence. « Lyrics about the slaughter of young kids ni Marseille. Since 2010 ».
Coproduction Asso’Y’Song/Katatak. Vinyle 12’’ + CD sous la même pochette. Artwork : Roland&Patrice.

chronique

Le vinyle est blanc. Le revers de l’insert, à l’intérieur, balance en caractères neutres une réalité bien sale – noire, rouges caillés, matières grises et cartilages, bouts d’os étalés sur la chaussée. Litanie : cinquante-huit dates, « faits divers » perpétrés dans Marseille et alentours (du 26 janvier 2010 au 23 novembre 2012… liste pas close, ô grand dam). Règlements de comptes. Morts par balles, exécutés dans la rue, dans leurs caisses (de location parfois), devant chez leurs mères. D'autres à l’arme blanche. Blessés. Mineurs ou pas, les uns, les autres. Petite pègre et grand banditisme. « Pourquoi faire des gosses », alors, « pour les laisser jouer avec le feu » ? Conger ! Conger !, de Marseille donc, envoient dur. Sec. Mais pas terne, leur musique – pas désespérée mollement, de constater le désastre. Directe et pleine de recul. La production – nette, brute, minimaliste – souligne les reliefs, les angles. Les matières – sous la couche de suie, de nuit – sont prises partout. Post-punk, noise rock, rock tout simplement, new-wave rugueuse. Patrice Benedetti – encore à la batterie, en plus du chant, ici ; maintenant ils sont quatre, lui uniquement au micro – n’a sans doute encore pas, à ce stade de l’histoire, la même présence scénique tout à fait, sis derrière l’instrument. (Le mec est aussi – et avant ça – danseur, de profession... et je peux vous dire que comme ça, maintenant qu’il est au-devant des autres, ça se sent !). Il n’empêche : sa voix habite complètement leurs espaces. Vivace. Rude. Multiple pourtant : caverneuse par moments, presque growlée ; ailleurs, « de tête », flottante sans perdre ses arêtes, géométrique, tendue, mais l’articulation souple – comme le reste en fait, section rythmique qui groove sans desserrer les poings, les dents, sans que les visages se détendent, riffs pareil, sax qui trace à la pointe chauffée dans le noir. Histoires de morts, de nuits qui se suivent passées dans la caisse pour éviter les limiers d’en face (flics et autres clans ?). Regrets. Mais l’excitation du feu, aussi – ce piège aux vivants pas encore figés – pas niée, même pas jugée. Les conséquences sont au dos de la feuille, disais-je. Conger ! Conger ! ne s’en amusent pas – les paroles sont imprimées au recto, au fait. Mais ne moralisent pas. Trop de recul, je répète, pour ça. Et pas assez de froideur abstraite. (La voiture crame… « I’m so sorry sorry sorry Mom’… ». La peur, la colère, les substances peut-être bien, aussi – « Feeling so fine/In my car on fire »…). Trop vieux et pas assez usés, aussi, pour la jouer compassés – Patrice Benedetti chante un truc à ce propos, d'ailleurs, sur un autre disque ; et ces trois-là ont décidé de former le groupe « sur le tard » pas du tout comme un coup d’éclat, une sortie de néant juvénile. De là sans doute aussi que cet équilibre, qu’ils trouvent, ne sonne pas tiède, pas mixture sans goût. Informée, certes, pleine de tout ce qu’ils ont dû traverser, bouffer – époques, genres, disques, concerts, péripéties, bouquins… et toutes les vies qu’on se fait ou qu’on attrape, une fois qu’on a commencé, surtout. Alors oui : on s’en fout un peu si quelquefois ça donne dans l’anglais-de-France question tournure – et tant mieux même s’ils n’essayent pas de singer l’accent de l’un ou l’autre coin où ce serait de l’idiome maternel. On s’en cogne tout autant, au fond – une fois la surprise passée – si à l’aveugle on aurait plutôt cru que les mecs venaient du Havre, de Rennes, de Caen… – de cette côte ouest/ces contrées nord où le rock a toujours sonné plus compact, plus nerveux, plus asséché de corps, à l’essentiel, qu’ailleurs dans le pays. Peu importe. Oui : Gang of Four peuvent se balader en marcel le flingue à la ceinture, chalouper dans l’air chaud – et si au détour d’après, dans la cassure d’une même chanson, ça tourne tôle froissée façon Deity Guns ou Portobello Bones, ça ne sonne pas plus… artificiel, fabriqué. Approprié, au contraire – ouvragé, oui, mais les délais qu’ils se donnent débités peut-être bien, comme le reste, à lame nue et pressée. Cutter… Voilà, donc : Conger ! Conger ! chantent et jouent d’où ils sont – dans une langue naturelle aux sources toutes personnelles et mélangées. Là, sur ce disque, ils exhalent un Memento Mori. Avec amour. Avec douleur. Avec la niake et le regard pas embué. Et puis expédient, à la fin : We’re gonna make some noise/Cos’ there’s Silence in the Streets »…(To Let – quarante-deux secondes… Je me demande encore si le jeu de mots/dénégation avec « too late » est voulu. Dans les deux cas : tant mieux. Qu’il en soit – et que le fracas fuse).

note       Publiée le mercredi 27 novembre 2019

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