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Planningtorock › All Love's Legal

cd • 12 titres • 42:30 min

  • 1Welcome
  • 2All Love's Legal
  • 3Human Drama
  • 4Answer Land
  • 5Let's Talk About Gender Baby
  • 6Words Are Glass
  • 7Misogyny Drop Dead
  • 8Steps
  • 9Beyond Binary Binds
  • 10Public Love
  • 11Purple Love
  • 12Patriarchy Over & Out

line up

Jam Rostron

remarques

chronique

En phase accrue de mutation, PTR sniffe des fleurs. Le rose envahit tout, la mélancolie est comme une odeur de lessive d'une autre galaxie, les notes sont des minéraux sensibles aux variations de températures. Les mélodies flashy-nounouilles ondulent, plus gentilles que du Jean-Michel Jarre. PTR développe encore son truc spécifique, mélange d'hypersensibilité la rendant plus fragile qu'une aigrette de pissenlit et de puissance mélodique lui conférant un pouvoir capable de bouger les montagnes. C'est difforme et fascinant, même si ça ne parlera évidemment pas à tout le monde. C'est aussi pour ça que c'est beau, alors qu'il y a tant d'éléments pour que ce soit laid. Pudiquement cachée derrière son anthurium comme une courtisane d'antan avec son éventail, bouffée par des couleurs en négatif, Janine, que nous devrons désormais appeler Jam, a l'air mieux dans sa peau. Elle semble désormais non plus être prisonnière de sa musique, mais flotter au-dessus d'elle, en symbiose avec ses artefacts. Le thème central et raison d'être de la musique du caméléon Planningtorock n'est jamais un alibi. Même si l'intitulé et la tracklist nous interpelant sans ambiguïté veulent précisément le contraire, l'émotion de la musique est seule reine ici. Ou roi, selon l'angle. Cette musique n'est, réellement, ni masculine ni féminine, et en même temps elle est les deux à la fois. Elle me rappelle les propos de ce petit briton perché au club : "Le monde change. La musique change. Les drogues changent. Même les hommes et les femmes changent. Dans 1000 ans, il n'y aura ni mec, ni nana." Même si l'entreprise est ouvertement LGBT(QIASMZFRBD...) on est, ça va sans dire, à un tout autre niveau que des bidules type drag queen mal rasée d'Eurovision, trolls qui ne servent qu'à en activer d'autres ; on parle ici au contraire de délicatesse musicale pure, et d'une volonté profondément bienveillante : celle de faire entendre un cri du cœur, en somme, un truc vieux comme le monde. "La musique est le langage des émotions", disait Kant - c'était écrit dans l'emballage d'une papillote - et Planningtorock le prouve de belle façon encore. On ne réduira pas à la facile évocation de Jimmy Sommerville ou Neil Tennant, mais PTR est bien dans leur lignée. Avec un feeling qui peut tout autant rappeler le grand Morten Harket. Sur All Love's Legal l'émotion glaciale-brûlante de W est désormais étalée, diluée dans une sorte de brume electro/techno, frappée de mélodies de digicode ou de jeu Simon doués de mélancolie... Pastel... Aquarelle... Moins intense, mais plus homogène assurément. Une crème de Planningtorock, mentholée et réconfortante. La voix a lâché le "canard sous hélium" d'obédience Yello et a mué - du moins en début de disque - en un timbre plus moelleux-albino, aussi hermaphrodite que du Cher période "Do you believe" (mais bien plus atypiques que les emplois usuels de l'auto-tune), voire à la Q Lazzarus dans les moments les plus fondants. Soyeusement soyeuse, cette pop-house évanescente semble atteindre des zones encore insoupçonnées, qu'on ne réduira décidément pas comme nombre d'imaginaires mélomanes moignons à The Knife, même si la parenté est évident sur la mélodie "Let's Talk About Gender Baby" : il y a chez PTR quelque chose de résolument moins "biennale d'art contemporain", de plus spontané. Une âme musicale qui est comme un papillon insaisissable, que ces chroniques ne font qu'évoquer maladroitement à la manière d'un voyageur esquissant avec un trait de crayon fébrile l'espèce inconnue qu'il vient de découvrir. "Words Are Glass", toute en glaces fines et synthés-baccarat, bref à l'image de son intitulé, ou la troublante et très belle "Human Drama", sont de ces moments de stupeur face au gracile, où on ne sait plus très bien qui croire, ni dans quelle réalité évolue PTR... On entend une sorte de disco de space opera... Puis on se perd dans les labyrinthes en sucre-glace d'un dancefloor hors de la gravité. Oui... On a quitté cette planète décidément trop lourde, avec ses cases bleues ou roses. En apesanteur, dans le rose infini.

note       Publiée le mardi 31 décembre 2019

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